Dimanche soir, je vous parlais d’un cri. Celui d’une personne qui s’est dressée face à M. Bauchet, premier adjoint, alors qu’il voulait interdire l’accès de la mairie à la petite foule qui venait d’être expulsée du conseil municipal. Dans ce cri, il y avait de la colère. Et Geneviève – c’est son nom – nous représentait tous lorsqu’elle donnait de la voix : « La mairie, c’est à nous, c’est chez nous ! » Elle ajoutait même, que cette mairie était « à tout le monde ! A tout le monde ! » 1
Ce 9 juin 2023, nous étions le peuple réclamant son dû. Rien de spectaculaire en apparence : certains voulaient juste traverser le bâtiment pour rejoindre leur voiture ! Mais le refus entêté de M. Bauchet a suffi. Devant le symbole d’une porte close, la colère est montée : la mairie a été confisquée par une minorité, elle nous appartient, elle symbolise nos droits de citoyens.
Plusieurs colères se sont agrégées
Vous savez, ce n’est pas parce que nous sommes à Pénestin que tout devrait se jouer en miniature. Dans toutes les grandes occasions, les Pénestinois ont été nombreux à répondre présent. En 1906, ils étaient 1200 à entourer l’église pour empêcher les gendarmes de faire l’inventaire des biens du clergé ! 2
La colère dont il est question ici s’est agrégée à celle de trois élues enthousiastes et actives, confrontées à un système totalement verrouillé par 5 ou 6 personnes. Lorsqu’elles ont fini par démissionner, elles ont décrit leur atterrissage comme une épreuve aussi étrange et difficile que d’échapper à l’emprise d’un mouvement sectaire… Il leur restait à subir des mesures de rétorsion qui se prolongeraient jusque dans leur vie professionnelle.
Quelques mois plus tard, c’est Christian Mahé qui quittait le navire après avoir été littéralement traîné dans la boue. Puis survient la tentative de suicide supposée (selon l’expression usuelle) du maire, imputée au harcèlement de deux opposants qui se voient ainsi livrés à la vindicte. Le maire et M. Bauchet sont parvenus à imposer le silence sur toutes les affaires en cours, ainsi qu’une sorte de jugement moral qui rendait « honteuse » toute velléité de le rompre. Ils ont eu tort, car mettre des mots sur les événements de cette séquence leur aurait certainement été plus profitable.
C’est ainsi que le mandat s’est poursuivi dans un calme étrange après la démission groupée des élus d’opposition. Toutes les voix dissonantes se sont senties humiliées, piétinées par un maire qui ne répondait à aucune de leurs demandes et dont les décisions ne faisaient plus la moindre place à la concertation. Il arrivait même que l’on perçoive chez lui une forme de désinvolture, comme lorsqu’il nia pendant plusieurs semaines, sur le site officiel de la mairie, l’avis négatif de la commission d’enquête sur la première version du PLU de 2024. Dès lors, la confiance était atteinte, la parole publique perdait sa crédibilité.
Nous étions voués à subir
La situation était à ce point insaisissable que les opposants en sont même venus à se diviser. Nous étions voués à subir : Puisay serait réélu, Vallée lui succéderait, et Pénestin continuerait à s’enfoncer dans l’impuissance.
Si vous avez voté dimanche pour la liste Puisay-Vallée, n’interrompez surtout pas ici votre lecture en pensant que je règle des comptes avec M. Puisay. C’est à vous que je m’adresse maintenant en priorité. J’aimerais vous aider à comprendre comment cette campagne a été vécue par ceux qui pensaient différemment. Et accessoirement pourquoi vous avez perdu. C’est comme au foot, on refait le match.
Ceux dans l’opposition qui ont commencé à préparer la campagne des Municipales ont à nouveau laissé apparaître leurs divisions. Décidément ! En face, l’équipe Puisay-Vallée était gonflée à bloc. Communication tardive, mais efficace, vidéos bien construites, ton volontariste. Restait une question décisive : comment les électeurs jugeraient-ils des promesses qui contredisaient aussi nettement leur expérience du mandat écoulé ?
Les conseils municipaux transmis en vidéo, le « quart d’heure citoyen »… : ces propositions avaient été évoquées au début du mandat, puis abandonnées. L’absence de dialogue, elle, avait été constante. Comment croire à un discours de renouveau, souvent porté par des visages jeunes, quand il s’avérait aussi éloigné de ce que beaucoup avaient vu et vécu ?
Beaucoup de Pénestinois – parfois jusqu’à 80 personnes – avaient assisté aux conseils municipaux dans les moments les plus tendus de 2023 et en avaient parlé autour d’eux. Les discours pouvaient être convaincants dans la forme. Ils ne suffisaient plus à modifier une image solidement installée.
Parallèlement aux vidéos, une campagne intensive de bouche à oreille a visé des publics ciblés, et on a pu voir quelques opposants notoires, mais bénéficiaires de menus services, avouer à demi-mots qu’ils voteraient Puisay. C’est pour contrer ces méthodes, certes fréquentes dans les zones rurales, mais qui tendaient à se rapprocher d’une forme de clientélisme, que j’ai proposé un petit dialogue sur « l’isoloir » qui mettait en regard les petites lâchetés ordinaires avec le courage, ordinaire lui aussi, d’exprimer ses opinions.
La campagne était tendue, quoique bon enfant. On a tort de voir les Pénestinois comme des «frondeurs » prêts à basculer dans la violence. M. Puisay en a fait un fantasme : il insistait dans toutes ses interviews pour dire que « jusque là » tout allait bien, mais qu’il craignait des débordements. Le premier tour a redonné des couleurs à l’opposition, qui a même réussi à fusionner sans susciter de protestations trop visibles de la part de ceux qui en faisaient les frais (j’y reviendrai).
Entre les deux tours, l’incrédulité est redevenue colère. Une colère froide, décidée à user du bulletin de vote pour en finir avec ce que l’on percevait comme les excès et les anomalies du mandat de M. Puisay. Certains espéraient un simple retour à la normalité. D’autres étaient bourrés de projets. En quelques jours on a a vu se cristalliser sur les réseaux sociaux un véritable courant d’opinion. Un discours simple et clair qui a retourné comme une crêpe le projet de débat lancé par le maire : « A quoi bon ! Cela fait 6 ans que vous avez enterré tout débat ! Et vous vous réveillez la veille du second tour !» Un discours marqué du sceau de l’évidence : le maire nous parle de combats et de batailles alors que nous aspirons à une vie politique locale apaisée. La vie municipale n’est pas un affrontement, mais « un exercice démocratique fondé sur le respect, le débat et l’intérêt général ».
M. Puisay a sans doute perdu des suffrages entre les deux tours
En face, on a rarement vu une équipe au pouvoir aussi décidée à s’y maintenir. Dans les tous derniers jours avant le second tour, les initiatives se multiplient : une vidéo désolante d’une colistière de 23 ans proférant des attaques ad hominem contre tous les principaux membres de l’équipe adverse (interrogé par M. Mahé, M. Puisay prétendit ne pas en être responsable, que c’était une demande de son équipe…) Un feuillet inséré dans les enveloppes officielles d’Osons Pénestin (est-ce légal ?) pour annoncer un débat quand on savait que M. Mahé l’avait refusé. M. Puisay lui-même, le dimanche du vote, interpellant bruyamment et serrant les mains des électeurs se dirigeant vers les bureaux de vote.
On avait dit que le beau temps en conduirait certains à aller à la pêche. Que d’autres ne revoteraient pas Mahé au second tour à cause de son alliance avec Pénestin citoyenne, suspectée d’être infiltrée par des militants de La France insoumise. Que le report des 13 % d’électeurs de ce même groupe risquait lui aussi d’être aléatoire. En fait, tout cela est certainement vrai. Tout cela s’est produit. A part la pêche, car le taux de participation de 76 % est lui tout à fait exceptionnel.
Mais en parallèle, M. Puisay a sans doute perdu des suffrages entre les deux tours et M. Mahé en a gagné, car le mouvement de cristallisation d’une nouvelle majorité était en marche et, parvenu si près du scrutin, un tel mouvement ne pouvait plus être stoppé.
Dimanche, devant les bureaux de vote, M. Puisay me disait : « Les gens votent. C’est cela la démocratie ! » Non, la démocratie est bien plus que cela. Elle suppose des contre-pouvoirs, une vigilance constante des citoyens, un accès aux informations publiques, la possibilité d’interpeller les élus et d’être entendu. Elle suppose, surtout, une capacité de leur part à écouter.
La démocratie est une fête pour ceux qui gagnent, et les danses avaient des allures de Carmagnole ! Elle est amère pour les perdants. Un vote est un jugement. Il est anonyme, mais douloureux pour ceux qui le subissent. Une défaite, cela signifie : vous n’avez pas convaincu, et parfois, plus durement encore, que vous avez mal travaillé. Dimanche soir, certains regards disaient tout. Je le répète : vous avez fait une belle campagne, mais ceux que vous défendiez n’étaient plus crédibles, et le rejet vis-à-vis de M. Puisay avait dépassé la majorité de la population, quoi que vous fassiez. Certains l’ont hué lors de l’annonce des résultats. Je vous présente mes excuses en leur nom.
On ne se sentira plus un intrus en pénétrant dans la mairie
Un vote, c’est aussi un instant magique : une ou deux secondes séparent un avant et un après. On réalise soudain que l’on change de monde, que ce qui semblait impossible devient envisageable. On n’attend pas de miracles, juste, pour commencer, un retour à la normalité. On ne se sentira plus un intrus, espérons-le du moins, lorsque l’on pénétrera dans la mairie, la maison du peuple.
Lors de la passation de pouvoir, un détail a frappé, comme un écho inversé de ce que beaucoup ne veulent plus revoir. Alors que le micro venait d’être tendu à M. Mahé pour sa première prise de parole, Mme Robin, la DGS, a obtenu de M. Puisay qu’il le lui reprenne pour faire une annonce administrative. Dans une mairie « normale », l’administration accompagne, elle ne précède pas. Elle permet le bon déroulement des décisions, mais ne s’y substitue pas.
De même, les techniciens d’une mairie, d’une interco, ou pire, d’une agence-conseil, ne devraient pas prendre la place des élus. Ceux-ci ont souvent tendance à leur céder la main : par commodité, manque de temps, sentiment de leurs propres limites. Mais on bascule alors bien vite de la démocratie à la technocratie. Le projet de raser le bâtiment du Saint-James, proposé par une agence dans le cadre de la « revitalisation du centre-bourg » et repris par l’équipe Puisay, a été perçu par beaucoup comme un révélateur. Et il a sans doute, lui aussi, coûté quelques voix à la majorité sortante.
2 – Alain Pérais, Pénestin entre terre… et mer, 250 ans d’histoire paroissiale, Bayard 2018, p. 92-93
Je suis content de voir partir ce personnage minable, à la fois homme et maire. Je suis stupéfait de voir que tant de gens n’ont pas su ou n’ont pas voulu voir la contradiction entre ses paroles et ses actes. Il ne fait aucun doute qu’à l’avenir, ceux qui ont tiré profit de leur association avec M. Puisay.
Pour finir, un mot à l’intention de la nouvelle administration. Comme nous le savons, les belles paroles sont faciles (voir les six dernières années) ; ce sont les actes qui comptent. Et nous, les habitants de Pénestin, nous observons et attendons de voir ce qu’il adviendra de vos belles promesses.
Enfin une bouffée d’air frais sur Pénestin. La chappe de plomb est levée. Bravo à la nouvelle équipe.
Un bel article, une nouvelle fois, qui effectivement pourrait se résumer, avec une note d’espoir à : « On n’attend pas de miracles, juste, pour commencer, un RETOUR à la NORMALITE ». L’obstination et l’intransigeance dont aura de plus en plus fait preuve M. P. sont quand même un peu difficiles à comprendre dans le contexte d’une « petite » commune comme Pénestin. Mais, n’ayant eu aucune expérience municipale avant, ne fut-il pas finalement le prisonnier (voire le jouet ?), dès le début de son mandat, de ses « vieux » et même « très vieux » adjoints et autres croyant sans doute pouvoir perpétrer éternellement les « (mauvaises) manières de faire » d’un autre temps ?
C’est une page qui a visiblement du mal à se tourner car son poids est lourd, mais j’espérais plutôt une note d’espoir sur le futur de notre village que de revenir à nouveau sur le passif .. du passé.
Et que les intentions des deux listes élues soient bientôt concrétisées dans la transparence, la co-gestion et l’écoute des citoyen.ne.s promises, que l’on parle davantage de consolider les falaises de la mine d’or et d’ouvrir le village sur un écotourisme vert (puisqu’il y en a) que d’entériner un complexe de vidéosurveillance ridicule et des projets d’un autre âge.
Merci à vous de poursuivre la rédaction de ce blog souvent pertinent et toujours intéressant.
Très bel article . J’ajouterais quej’ai remarqué qu’avec pourtant une participation encore en hausse au 2 ème tour le peu de votes blancs ou nuls du 1 er tour ont carrément fondus , un détail qui montre aussi cette volonté farouche de tourner la page .