Énergie, climat et mobilité

Dans Ouest France hier matin, un entrefilet rectifie une erreur d’un article précédent et nous précise que le maire de Pénestin, M. Puisay, est vice-président de Cap Atlantique à la Transition écologique pour les aspects « énergie, climat et mobilité ».

Je vous propose ici quelques éléments afin de mieux comprendre ce que recouvrent ces responsabilités. Les 52% de Pénestinois qui ont voté en faveur de M. Puisay le 15 mars dernier ont, par le même bulletin de vote, élu un vice-président et une conseillère communautaire (Mme Girard) de Cap Atlantique, dont l’action à l’échelle de la presqu’île rejaillit évidemment sur leur propre commune. Un nombre croissant de décisions affectant la vie des habitants d’une commune sont, on le sait, prises à l’échelle des intercommunalités. Chacun s’en rend compte facilement en ce moment, à propos du retraitement des ordures ménagères, en constatant que c’est un camion de Cap Atlantique et non pas de la mairie qui sillonne les rues de la commune afin de distribuer les nouveaux bacs.

Chaque maire exerce désormais une vice-présidence

Outre M. Criaud, maire de Guérande élu par ses collègues président de Cap Atlantique en juillet dernier, chacun des 14 autres maires exerce désormais une vice-présidence, qui correspond à une ou plusieurs compétences parmi celles qui ont été progressivement transférées des communes vers les intercommunalités, notamment depuis la promulgation de la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République, 7 août 2015) sous le quinquennat de François Hollande. Ces « délégations » ont été réparties lors du conseil communautaire de rentrée, le 10 septembre.

En voici l’organigramme complet (https://www.cap-atlantique.fr/linstitution/fonctionnement/les-instances)

On remarquera que la Transition écologique s’attribue la part du lion, si l’on peut dire, avec 4 vice-présidences portant cet intitulé. M. Joseph David, maire d’Assérac, lui aussi vice-président à la Transition écologique, a en charge la « qualité des eaux, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations ». Mme Christelle Chassé, maire d’Herbignac, exercera celle des « économies primaires », de la biodiversité et des milieux naturels. C’est elle qui devra assumer les toutes prochaines décisions concernant le projet de parc conchylicole de Loscolo à Pénestin. M. Norbert Samama, maire du Pouliguen, aura la responsabilité du SCOT (schéma de cohérence territoriale), ainsi que des « stratégies foncières et littorales ». Quant à M. Puisay, comme déjà indiqué, il aura la charge d’un ensemble comprenant énergie, climat et mobilité.

Que signifie l’association dans un même portefeuille de ces trois domaines ? On observe tout d’abord qu’ils se situent dans le prolongement des attributions de M. Baudrais lors de la mandature précédente. L’ancien maire de Pénestin avait la charge de « l’aménagement, l’énergie et les transports ». Il est clair cependant que le remplacement du terme de transports par celui de mobilité n’est pas neutre : le terme de mobilité sous-entend un lien avec la logistique et le concept de flux, ce qui implique des changements dans le périmètre concerné, ainsi que dans la méthode, dont on peut s’attendre à ce qu’elle fasse une plus large place aux approches quantitatives.

Une volonté politique du nouveau président de Cap Atlantique

Quant au remplacement de l’aménagement par le climat, c’est bien plus qu’une inflexion. Les questions d’aménagement relèvent des attributions de M. Samama. M. Puisay sera le seul, pour sa part, à devoir affronter les questions liées au climat, ce qui est nouveau, sauf erreur de ma part, dans le tableau des délégations des vice-présidents, et représente en tant que tel à l’évidence une volonté politique du nouveau président de Cap Atlantique.

U. von der Leyen

Nouveau et d’une actualité brûlante : il fait 28° au moment où j’écris ces lignes, sans parler de la « température ressentie » évaluée à 33° ! L’Ouest américain se consume. Aujourd’hui même, Mme von der Leyen, présidente de la Commission européenne, franchit un pas supplémentaire dans la lutte contre le réchauffement climatique en préconisant un passage de 40% actuellement à 55 % pour l’objectif de réduction des émissions de gaz à effets de serre d’ici 2030. Il est vrai qu’aucun des objectifs qui avaient été fixés pour 2020 lors de la COP de Nagoya au Japon en 2010 (rapport du secrétaire général de l’ONU du 15 septembre sur la biodiversité, cf. Le Monde de mardi et https://news.un.org/fr/story/2020/09/1077302 ) n’a été tenu. Comme le disait déjà Jacques Chirac il y a une vingtaine d’années, « la maison brûle », et M. Criaud, président de Cap Atlantique, a raison de rendre enfin explicite cette urgence comme une priorité à l’échelle territoriale.

Mais reprenons la question : qu’ont à voir ensemble l’énergie, le climat et la mobilité ? La réponse est facile à trouver. Le site internet de Cap Atlantique fait une large place au PCET, Plan Climat Énergie Territorial, mis en place en 2012. L’action des 3 ou 4 premières années y est exposée dans un intéressant fascicule de 70 pages, concret et accessible à tous, où l’on apprend beaucoup sur l’élaboration des politiques publiques : https://www.cap-atlantique.fr/fileadmin/Cap_Atlantique/Institution/Politiques_publiques/Energie_Climat/PCET/PCET_Cap_Atlantique.pdf

Le premier poste est celui des transports et des déplacements (54%)

Le constat est posé d’emblée : « L’impact des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux activités humaines est aujourd’hui clairement démontré. » Le document expose ensuite la démarche consistant à comparer le bilan carbone des différentes activités présentes sur un territoire, mesuré en teqCO2 (tonnes équivalent carbone). Le premier poste est celui des transports et déplacements (54% de l’ensemble). Voilà pourquoi la « mobilité », envisagée du point de vue des émissions de gaz à effet de serre qu’elle occasionne, se trouve associée à l’action prioritaire concernant le climat, sachant bien sûr que la mobilité doit aussi être appréhendée selon d’autres problématiques.

Vient ensuite l’« énergie des bâtiments », 20%, notamment le chauffage et l’électricité. Puis l’ensemble « agriculture, pêche et alimentation » qui atteint 16% si l’on prend en compte les carburants, l’énergie et le méthane produit par les bovins. Et enfin, les immobilisations (constructions et voirie) et les déchets (10%).

Une fois définis les objectifs chiffrés de réduction, il s’agit de définir les axes stratégiques (transports, bâtiments) et la hiérarchie des actions, principal levier d’une organisation efficace. Dans le domaine des transports, on a ainsi privilégié les modes de déplacement doux, le rail là où il existe, ou encore le covoiturage, avec le développement des aires de covoiturage et la communication vers les entreprises et le grand public. On a acquis ainsi l’assurance que l’on agissait là où l’effet produit sur la diffusion des gaz à effet de serre et de la sorte sur le climat, à l’échelle modeste d’un territoire, sera le plus sensible. Certains relèvent toutefois l’insuffisance des actions menées, au regard de l’urgence climatique, ou le fait que Blablacar, dont le rôle n’est plus à démontrer, est totalement extérieur aux politiques mises en place par les collectivités.

Dans le domaine des économies d’énergie pour les bâtiments, on retrouve encore une politique de sensibilisation et d’incitation à l’échelle des ménages et à celle des entreprises et des collectivités. Mais la production des énergies renouvelables offre un autre terrain d’action, d’autant plus que Pénestin abrite justement une expérience pilote en matière de production d’électricité photovoltaïque et d’autoconsommation collective à l’échelle locale, « Partagélec ». Le tableau récapitulatif de l’ensemble des actions (à la date de parution du document) se trouve p. 45.

Un créatif pour animer et stimuler des équipes parfois dispersées

Cap Atlantique ne dispose pas d’un service spécifique dédié à ce Plan Énergie Climat Territorial. L’impulsion est donnée par une commission composée d’élus et les tâches sont réparties entre les différents services de Cap Atlantique. Ce mode transversal de fonctionnement ajoute à la difficulté de la fonction de management exercée par le vice-président qui aura la haute main sur ce Plan (ou d’autres à venir) pour les 6 prochaines années. On peut supposer qu’il lui reviendra, plus que jamais, d’être une tête chercheuse, un créatif, qui ne se contente pas de gérer selon des critères quantitatifs les « suivi et évaluation » des différentes actions engagées, mais qui oriente et qui impulse à partir d’une vision de l’avenir, qui favorise les initiatives, qui anime et stimule des équipes parfois dispersées.

On aura noté, dans les paragraphes qui précèdent, que les actions menées font une large part à la communication, puisqu’il s’agit souvent de modifier des comportements par le biais de la sensibilisation, de l’information, du dialogue et de l’argumentation. Qu’il soit permis à un ancien professeur de sciences de l’information et de la communication qui a souvent conseillé des décideurs dans le passé, de faire à M. Puisay une première suggestion : ouvrez donc un compte Twitter ! Cela peut paraitre anecdotique, mais quel meilleur moyen pour un élu de se frayer un accès direct aux citoyens de base de toute la presqu’île, de partager avec eux ses découvertes et ses enthousiasmes, de mettre en relation l’actualité internationale (l’année prochaine sera notamment celle de la COP 15 en Chine) avec celle de notre territoire ? Et tout simplement, d’alimenter et de renforcer chemin faisant, au fil des expériences et des récits qu’il partagera avec ses « followers », la passion sans laquelle personne n’a jamais pu s’engager efficacement dans une mission d’une telle importance, puisqu’il y va de notre survie collective. Abonnez-vous dans un premier temps au fil de Ursula von der Leyen qui fait cela très bien, puis n’hésitez pas à l’imiter.

Un dernier point : un vice-président de Cap Atlantique reste un maire. Il « joue » sur les deux tableaux. Plus que jamais, la cohérence indispensable à l’action politique s’impose à lui. Il se doit d’être exemplaire dans sa propre commune par rapport aux principes qu’il défend à l’échelle de l’intercommunalité.

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