Entre ordre et chaos

Ce texte est dédié à l’auteur/trice, ou aux auteurs/trices, de cette œuvre de cailloux. Et aussi à tous ceux qui s’exercent avec bonheur, j’imagine, à l’écriture, dans les différents ateliers qui lui sont dédiés et constituent l’une des richesses de Pénestin.

Dans la série « les plaisirs de la plage », vous avez certainement observé, agenouillés dans le sable, des papas qui creusent, qui brassent et qui bâtissent avec zèle et enthousiasme châteaux ou barrages. Soudain, leur petit garçon vient lancer de grands coups de pieds dans leur œuvre et ils s’écrient : « Mais pourquoi tu as fait ça ? »

Affaire d’hommes en effet, qui miment avec soin, en vacances, l’acte de travailler. Affaire de petits garçons pour qui le moment le plus drôle d’une construction est celui de la destruction. L’ordre des choses.

Certains vont plus loin et éliminent carrément, semble-t-il, les enfants de leur jeu. Étaient-ils tout un groupe à Loscolo pour bâtir cette splendide ville de cailloux ? Ou bien s’est -il agi d’un individu seul, déployant des trésors de patience ? Un couple peut-être ? Une femme ?

Une ville à la plage. Minérale. Vide, comme le sont les ruines des cités antiques, figées par une catastrophe soudaine. C’est affaire d’imagination que de se la figurer bruissante de vie, parcourue de cris, de rires et de chants, comme les Babylone et les Jérusalem de carton-pâte dans les fascinants péplums des années 1950.

Construire une ville, c’est créer un monde, c’est se croire démiurge face aux éléments – ciel, vent, océan, roches, falaises -, que Pénestin expose avec tant de grâce et de puissance. Leurs couleurs changeantes semblent éveiller chez nos amis estivants un désir de créer qui hésite à dire son lien avec… le religieux ? la philosophie ? la littérature ?

Est-ce pour cela que prédominent dans cette œuvre les colonnes de pierres empilées, les chapelets de cailloux alignés ? Ordre teinté de fragilité, inquiétude face au désordre menaçant, équilibres instables, formes penchées, tout cela pour dire que le chaos guette inévitablement les efforts que nous autres, pauvres humains, prodiguons afin de bâtir le monde plus beau – et plus juste ! – que nous suggère la contemplation d’une nature aussi engageante.

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