La curiosité, la vie, le 14 juillet

Deux jours et aucune réponse à propos de ce que vous aimeriez savoir sur les Manouches. Rien, vous ne voulez rien savoir ? C’est vous qui l’avez décidé : il n’y aura pas de reportage.

A la base du journalisme, il y a la curiosité. Celle du journaliste lui-même, et celle de ses lecteurs, qu’il s’efforce de satisfaire. Ce qui suscite la curiosité, c’est souvent ce qui étonne, ce qui intrigue, ce qui diffère de l’habitude. La différence… Voilà bien un sujet qui semblait s’appliquer aux Manouches. Des nomades dans une société de sédentaires. C’est d’ailleurs ce qui m’aurait intéressé : que disent les nomades sur « vous, les sédentaires » ? Quelle part de notre vérité sont-ils susceptibles de nous révéler à nous-mêmes ? Qui sommes-nous, à partir du moment où nous acceptons de nous reconnaître comme l’autre d’un autre ? (ce qui constitue selon les psychologues la base même de l’identité…)

« Ça va ? » « Ça va. Et toi ? »

Bergson enseignait que l’habitude est aussi nécessaire à l’homme que l’innovation. On s’épuiserait, disait-il, s’il fallait tout réinventer chaque jour. Faites vous-même l’expérience : quelle est, dans nos conversations quotidiennes, la part de la répétition (« Ça va ? » « Ça va. Et toi ? ») et celle de l’invention (« Tu as l’air fatiguée aujourd’hui, je te trouve un petit air de Madame Bovary… » « Tu veux une baffe ? ») ? Il faut un juste équilibre entre les deux, disait cet homme, conformiste, de la 3e République.

Privilégier ce qu’on connaît déjà par rapport à ce qui est nouveau. Le terroir, les moules-frites, la téloche, un bon polar… Vous me répondrez : « Mais on aime bien aussi commander des sushi ! Et on part en vacances en Turquie ? » Pour y faire quoi ? Avez-vous appris trois mots de turc ? Avez-vous pensé un jour que les Turcs pourraient vous apprendre quelque chose d’utile pour vous, pour votre vie, quelque chose d’essentiel ?

Et puisque nous sommes nous-mêmes une destination touristique, que nous sommes les autres de ces autres que sont les touristes, que proposons-nous à ceux qui auraient la « curiosité » de vouloir nous découvrir ? Rassurez-vous, ils n’acceptent jamais si vous leur proposez de venir boire un café chez vous. Nous nous croisons, c’est tout, avec, dans le regard qui se détourne, un soupçon de mépris. Si, si ! Nous n’avons évidemment aucune politique du tourisme dans notre municipalité, et ce n’est pourtant pas faute de l’avoir réclamée pendant la campagne électorale.

Ils se contentent de peu. Nous aussi…

Alors nous laissons les estivants se contenter de vacances au rabais. Oui, je dis bien « au rabais ».  Des campings qui veulent faire du fric en les maintenant au maximum à l’intérieur et dans un statut de consommateurs, des plages où la baignade et la pêche à pied sont encore une fois interdites, à cause de la merde qui continue à déborder des stations de relevage déjà réparées 10 fois. Se balader sur un marché où on les considère comme des pigeons. Ce n’est pas grave, me direz-vous, ils sont contents. Oui, ils ne sont pas difficiles, ils se contentent de peu, et nous aussi.

Ce n’est pas le monde dont nous rêvions quand nous étions plus jeunes. Et un 14 juillet, le moment est bien choisi pour s’étonner que notre pays si frileux, si conformiste, ait choisi l’une de ses Révolutions, la plus grande, celle de 1789, pour en faire sa fête nationale. Pourquoi ne pas avoir choisi le 2 décembre ?

Je vais trop loin, sans doute. J’exagère. Je secoue un cocotier qui ne m’a rien demandé. Je fais de la provoc… OK. Vous savez, quand on est un peu déprimé, on ne voit pas les choses en noir. On les voit simplement comme elles sont. Ou plutôt, peut-être, comme elles devraient être. On est lucide.

2 commentaires sur “La curiosité, la vie, le 14 juillet”

  1. çela me rappelle un jour que j’étais dans un restaurant à Galway où un petit groupe rentre en disant bonjour et merci. Un petit Hello ou thank you leur coutait trop sans doute.

  2. Bonjour Gerard
    toujours autant de plaisir à lire tes billets.
    Je suis curieux de lire le prochain: de quoi vas tu parler? écrire?
    La surprise , la découverte est plus intéressante que tout autre modèle pour ma part.
    Je te souhaite un bel été même si notre monde n’est pas toujours/souvent comme on le souhaiterait.
    Amicalement
    Bruno

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