La « petite musique » distillée dans Ouest-France : une analyse des articles parus hier

Ouest-France est le premier journal (payant) de France par son tirage, avec ses 650 000 exemplaires quotidiens lus chacun en moyenne par 4 personnes. Avec ses 53 éditions, il est reconnu comme un « journal de proximité ». Il est réputé pour sa bonne « tenue » qui tranche avec certains autres quotidiens régionaux : maquette de qualité, relecture soignée, informations vérifiées et fiables, relative prééminence de l’argumentation sur le spectaculaire. Il compte dans sa rédaction de Vannes, qui couvre notre région, des professionnels de qualité.

Ouest-France a deux défauts :

–  une tendance légitimiste qui conduit ses éditions à favoriser, dès lors qu’il y a un enjeu politique, les positions des pouvoirs locaux face à leur opposition. La ligne du journal fluctue ainsi selon ses éditions, même s’il est vrai que globalement, il reste fidèle aux préceptes chrétiens-démocrates qui ont présidé à sa création en 1944. Tout cela a été relevé de longue date par les historiens de la presse, mais bien entendu, comme toute règle, elle connaît ses exceptions.

–  un niveau de qualité qui tend à baisser, en lien avec la place croissante occupée par les correspondants locaux, sans formation, mal rémunérés (même s’il est vrai que Ouest-France est un peu plus généreux que d’autres), et parfois insuffisamment encadrés, ce qui conduit à de grandes inégalités en fonction des qualités individuelles que possèdent ou ne possèdent pas les correspondants.

Le modèle économique de la presse de proximité repose largement sur les correspondants

Ce deuxième point est souvent ressenti comme « douloureux » par les journaux locaux et régionaux en général, qui doivent gérer une situation qu’ils n’ont pas nécessairement choisie. Le modèle économique de la presse de proximité repose largement sur ces « soutiers », dont la rémunération est plus symbolique que financière. La position de correspondant dans une commune procure certains avantages, dont la fréquentation des lieux du pouvoir local et des décideurs, ces derniers étant souvent rendus plus accommodants, voire indulgents, en raison de leur intérêt pour ce qui sera publié sur leur compte. Il se trouve, par ailleurs, que ceux parmi les correspondants qui sont sensibles aux bénéfices symboliques de leur fonction tendent à occuper leur poste durant de longues périodes, allant dans certains cas jusqu’à une vingtaine d’années ou plus encore. Il renforcent ainsi leur ancrage local et en arrivent parfois à se faire craindre de leur journaliste référent dans la rédaction.

J’ai déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de m’exprimer à propos d’articles de la correspondante du journal dans notre commune (dont je tairai le nom par principe). Elle y officie de longue date et, sous couvert d’éviter les polémiques et de privilégier l’humain, comme elle me l’a un jour confié, elle a toujours été extrêmement dévouée aux intérêts des équipes au pouvoir à la mairie. C’était vrai à l’époque de M. Baudrais, qui pourtant ne la traitait pas toujours bien. Cela le reste aujourd’hui. On se souvient sans doute aussi qu’au printemps dernier, un article concernant la campagne des Municipales particulièrement biaisé et partial avait suscité de vives réactions ( http://www.penestin-infos.fr/m-boccarossa-proteste-vivement-contre-un-article-de-ouest-france-qui-caricature-sa-reunion-publique-du-29-fevrier/ ). Il ne semble pas que la rédaction de Vannes en ait tiré des conséquences.

Articles « Constructions non autorisées, actions en justice » et “Restauration des dunes et réalisation de pistes cyclables”, du 9 décembre 2020

Retirés sur injonction du journal Ouest-France, qui évoque le non respect des « droits moraux et patrimoniaux » des auteurs :

Dans ma réponse, que je publierai, j’indique au directeur départemental :

« L’esprit critique est une valeur qu’a priori nous sommes supposés partager, vous l’homme de presse et moi l’ancien universitaire. Répondre à l’esprit critique par la menace et par la référence à vos « droits », c’est une approche que j’ai du mal à comprendre. [Néanmoins,] je vais céder avec tristesse à votre injonction. (…) Je n’ai nulle vocation à être un pot de terre affrontant un pot de fer ». (vendredi 18 décembre 2020)

Les deux articles publiés hier matin sont dans la norme, on n’y décèle rien de réellement saillant : ils relèvent simplement du « massage » auquel procèdent beaucoup de médias, de la « petite musique » distillée dans les esprits et qui finit par y ancrer, à force de répétition, les lieux communs contribuant à donner une valeur d’évidence à certains points de vue plutôt qu’à d’autres. On notera que les éléments développés dans mon article du 8.12 (lu 250 fois en un jour et demi) auraient totalement échappé aux citoyens de Pénestin s’ils avaient eu Ouest-France comme seule source d’information.

Un préjudice éventuel d’image et de réputation

Dans ces articles dont le premier débute par deux actions en justice engagées par la commune contre des personnes accusées d’enfreindre la loi, la municipalité est présentée comme décidée à faire respecter les règles de l’urbanisme (elle « entend bien le faire appliquer »), ce dont doutent pourtant de nombreux Pénestinois. Je me suis étonné que le journal mentionne les noms des « contrevenants » alors que les jugements n’ont pas encore été rendus. Il n’est sans doute pas agréable de voir mentionné publiquement son nom associé à un contexte comme celui-là, alors que l’on est, comme chacun sait, présumé innocent jusqu’au jugement. J’ai téléphoné à la rédaction pour demander si cela correspondait à l’usage, et la réponse qui m’a été fournie est que les noms étaient déjà cités dans l’ordre du jour du conseil, consultable sur le site de la mairie. C’est donc peut-être à la mairie de s’interroger sur le préjudice éventuel d’image, de réputation, que subissent des citoyens de la commune dans des cas comme ceux-là.

L’accent mis sur l’environnement dans ce premier sujet est prolongé dans le deuxième article, où l’on voit le maire, présenté comme très investi dans ce type de dossier, se rendre sur place, évoquer la biodiversité, et « se réjouir » – ce qui témoigne d’une personnalisation de son engagement – que la dune reprenne sa dimension autour de la plage de Loscolo. Un Pénestinois relativement intéressé par les affaires de la commune et moyennement informé à leur sujet a, avant de lire cet article, deux ou trois choses en tête concernant les rapports du maire avec les questions d’environnement : d’un côté il a été nommé 12e vice-président de Cap Atlantique à la transition écologique, chargé de l’énergie, du climat et de la mobilité, mais on ne connaît encore rien à ce jour de ses engagements et de son action ; de l’autre, il n’a quasiment jamais parlé d’écologie durant sa campagne électorale, a signé en août le contrat d’aménager du projet de Parc Loscolo qui ne défend pas spécialement la biodiversité, et a proposé lors d’un récent conseil de remplacer par des points de suspension la mention des associations environnementales présentes dans la commune.

Notre Pénestinois est donc en possession d’informations ambivalentes sur le sujet des relations du maire avec des questions d’environnement. Une information nouvelle est susceptible de faire basculer son opinion dans un sens ou dans l’autre. On peut supposer que l’article « Restauration des dunes… » jouera un certain rôle dans la formation de son opinion. Inutile de préciser dans quelle direction.

L’article mentionne cependant à trois reprises des propos tenus par M. Boccarossa, conseiller d’opposition, ainsi qu’un fois ceux de M. Lebas, également conseiller d’opposition. Il s’efforce dont de garantir une certaine équité.  Bornons-nous à analyser la première de ces occurrences : au troisième paragraphe, M. Boccarossa « relève » que le parking bitumé pourrait ne plus l’être et « en enlevant ce bitume, on reconstituerait les mouvements naturels ». Vous avez compris quelque chose ? « les mouvements naturels », « pourrait ne plus l’être »… Dommage ! Rien de délibéré ici, certainement, de la part de la correspondante. Simplement, on ne voit pas les choses de la même façon, depuis Vannes ou Billiers, qu’un habitant de Pénestin.

Une proposition réaliste, sensée et constructive qui sera certainement reprise dans 6 mois ou un an

Il faut rappeler que l’on parle ici d’un site d’une beauté exceptionnelle et que le sujet intéresse, évidemment, les Pénestinois. Ceux-ci savent, pour commencer, qu’il y a, juste derrière le parking bitumé, un très vaste parking enherbé, ce que M. Boccarossa avait d’ailleurs mentionné. La correspondante ne s’arrête pas sur ce point, essentiel cependant pour comprendre que la proposition est « réaliste ». La partie de la dune protégée par les services techniques est effectivement quelque peu « riquiqui », si vous me pardonnez l’expression, comparée avec l’ampleur qu’elle aurait en réintégrant la zone qui a été bitumée pour dédoubler le parking. Il est peu probable en tous cas que la biodiversité dispose d’un espace suffisant, en l’état actuel des choses, pour se développer.

Enfin, ceux qui suivent avec un peu d’attention les affaires de la commune auront remarqué que M. Boccarossa, dans les différentes commissions dont il fait partie, émet un grand nombre de propositions dont beaucoup sont reprises par la municipalité. Peut-être pas 99 % comme le maire affecte parfois de le dire dans ses bons jours, mais certainement plus de la moitié. C’est un fonctionnement assez original, bien qu’il ne soit pas propre seulement à la commune de Pénestin : une personne se situant dans l’opposition parvient à faire accepter une assez grande partie de ses propositions par l’équipe adverse, ou bien, selon le point de vue d’où l’on se place, se fait en quelque sorte « parasiter » par une équipe à laquelle font défaut certaines compétences et où la créativité est quelque peu bridée.

Voilà des éléments intéressants pour éclairer les articles d’hier, il me semble. Il en ressort que la proposition (mal) résumée en 6 lignes était en fait réaliste, sensée et constructive, contrairement à ce qui ressort de l’article, et il y a toutes les chances pour qu’elle réapparaisse dans 6 mois ou un an, du côté de la majorité cette fois. Je vous suggère un petit exercice qui pourrait occuper un moment de votre après-midi de confinement : présentez vous-mêmes cette même proposition en 6 lignes, en veillant à ce que votre texte soit compréhensible et conforme à la réalité. Ne m’adressez pas vos textes, envoyez-les directement à Vannes, à la rédaction de Ouest-France, accompagnés ou non de votre lettre de motivation en vue d’occuper le poste de correspondant local à Pénestin !

Je deviens méchant en cette fin d’article, trouvez-vous ? Non, je veux simplement aller jusqu’au bout de mon analyse et montrer que ce qui s’écrit dans un journal n’est pas neutre, que cela a des conséquences concrètes sur la vie de la commune dont il se veut le témoin et le rapporteur. C’est une responsabilité qu’il convient d’assumer en connaissance de cause, plutôt que de se défausser sur le manque de place ou le respect d’une impartialité de surface.

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