« La transparence, ça fait partie d’un engagement et c’est une valeur »

Dominique Boccarossa est assis les pieds en arrière de sa chaise, plutôt posé, sérieux. Il y avait de la curiosité à son égard samedi soir à la salle des Fêtes de Pénestin, autant parmi ceux qui le connaissaient déjà que parmi ceux qui ne le connaissaient pas.

Après 5 minutes, il touche déjà à l’essentiel de ce qui le différencie des autres candidats : « J’ai fait une demande à mes colistiers, ils devront déclarer avec leurs conjoints toutes leurs propriétés foncières. La population sera au courant de ce que nous possédons et au moment de la révision du PLU, s’il y a un changement, il y aura forcément des comptes à rendre s’il y a du plus ou du moins. Je prends mon exemple : j’ai une maison et derrière elle, un terrain non constructible de 2000 m2. Imaginons que mon terrain passe constructible. Je pense que beaucoup de gens viendront me voir et diront : non, monsieur, excusez-nous, vous profitez de votre situation pour gagner de l’argent, disons-le. »

C’est clair, c’est net, comme rarement. « Cette transparence est le point de départ d’une parole sans tabous. Il y a des choses qui doivent être dites, ce n’est pas facile, mais il n’y a aucune raison pour qu’elles ne soient pas dites. On n’a rien à cacher, et surtout, on ne veut rien cacher. Ça fait partie d’un engagement et c’est une valeur. Et cette valeur accompagne la manière dont nous travaillerons. Tout sera lié. »

« Là, je baisse mon chapeau, je dis que c’est très bien »

Philippe Jarousse, maire de Pénestin de 1989 à 1995, prend la parole après une intervention de Manon Leparmantier, l’une des colistières : « Les anciennes municipalités ont été attaquées à propos du PLU. Soit disant, nous avons laissé faire n’importe quoi, et c’est vrai qu’il y a des choses très contestables. » « Par endroits, j’ai dit par endroits », se justifie Mme Leparmantier. Il poursuit : « J’ai été conseiller municipal au moment de l’élaboration du PLU. Beaucoup d’intérêts privés ont été pris en compte et là, je reconnais volontiers votre volonté de transparence vis-à-vis de tous les problèmes d’urbanisme. Rendre les choses claires pour tous les élus, afin qu’ils ne profitent pas d’un certain nombre de situations : là, je baisse mon chapeau, je dis que c’est très bien. Ceci étant dit, j’ai essayé personnellement de freiner un certain nombre de choses sur le PLU et cela n’a pas été simple. Lorsque l’on commence à vouloir faire respecter, simplement respecter, la loi, on se heurte à beaucoup de choses. C’est tout ce que je voulais dire : on a essayé de faire au mieux, tout n’est pas parfait sur le plan urbanistique, mais on a essayé. »

Dominique Boccarossa reprend la parole : « Merci, Monsieur Jarousse. Je suis arrivé sur la commune au moment où vous étiez maire et j’ai vu évoluer les choses d’une autre manière ensuite. J’ai vu ce que vous aviez fait et j’ai vu aussi ce qu’a fait M. Baudrais, et donc je sais comparer les choses. Mais je préfère oublier l’avant pour aller de l’avant. On a su protéger certains aspects et on en profite aujourd’hui. On a la chance à Pénestin d’avoir des parcelles de 60 hectares ou plus qui appartiennent au conservatoire du littoral, d’avoir des marais qui sont des zones protégées pour les oiseaux, etc. Pénestin reste une commune extrêmement riche, malgré, je dirais, toutes ces années. Mais c’est pour ça qu’il faut faire en sorte qu’elle le reste. »

Prenons la question à bras le corps. Pour une partie des 130 présents à cette réunion, ce qu’on veut savoir à propos de M. Boccarossa, c’est : est-ce qu’il correspond à l’image pas toujours bien acceptée d’un « écolo » ? A son stéréotype, à sa caricature ? La réponse se fait assez vite jour. Il l’est ni plus ni moins que presque tous les décideurs, désormais, devenus soucieux de préserver une biodiversité menacée et une nature bien mal en point. Tout est aujourd’hui plus lié que jamais : pas de tourisme sans qualité des paysages et de l’eau de mer, pas de mytiliculture non plus. Économie et environnement ont partie liée. Par ailleurs, ces questions sont devenues de plus en plus techniques, elles sont affaires de faits scientifiques plus que de pathos.

« Arrêtons de nous battre sur le passé, il faut regarder l’avenir »

C’est le sens de l’intervention de Raphaëla Le Gouvello, spécialiste réputée des activités liées à la mer. « Je suis contente que Dominique Boccarossa ait commencé à aborder des questions comme celle des risques de submersion marine. Il faut se projeter sur l’avenir. Or, l’avenir c’est que Pénestin est une commune littorale avec beaucoup de côtes, et que par endroits celles-ci sont vulnérables aux risques de submersion, mais aussi aux risques d’érosion marine. Une nouvelle étude montre que le trait de côte sur lequel on basait jusqu’ici les PLU a reculé en certains points de Pénestin de 45 mètres entre 1962 et 2011. Je peux vous dire qu’il y a des endroits en France où les maisons ne valent plus rien. Un débat municipal est nécessaire, quelle que soit l’équipe en place, car il faut arrêter de ne rien dire. Le PLU est un vrai sujet et il faut mettre toute la population de Pénestin autour. Si on est dans la transparence, tant mieux ! En tous cas, arrêtons de nous battre sur le passé, il faut regarder l’avenir, parce que l’avenir qui se prépare n’est pas évident. »

On assiste certes à quelques épisodes confus sur le lotissement Cofreno ou sur la ligne qui délimite le proche littoral, dont on ne sait si c’est elle qui se rapproche du littoral ou le littoral qui vient à elle du fait de l’érosion. Dominique Boccarossa, lui, a vérifié : cette ligne n’est pas très juste et elle devra être reconsidérée.

Mais une intervention marque le débat, celle de Philippe Mirassou, qui ne fait pas partie de la liste, mais en est proche : « Je n’ai jamais vu, sur une quinzaine de lieux où j’ai habité, une telle discorde. Je pense que l’objectif d’un maire et de son équipe, c’est la concorde. La concorde et pas la discorde. Les gens arrivent à se détester sur cette commune, mais c’est parce qu’il a été mis en place des choses invraisemblables, et il y a nécessairement des responsables de cela. Il faut en arriver à créer quelque chose de plus serein, et moi je fais confiance pour cela à cette équipe. »

Camoufler l’immeuble des Hauts de Vilaine

La discussion se poursuit et sur beaucoup de thèmes, M. Boccarossa manifeste sa différence avec les autres candidats. Sur les Hauts de Vilaine, il reprend l’historique, malgré quelques protestations de ceux qui souhaitent juste savoir ce qu’il compte faire. L’occasion d’apprendre qu’en 2009, M. Guillaume, le promoteur, a gagné en justice contre la mairie et contre l’Etat, condamnés à verser au total 585 000 euros, dont 45 000 destinés à la démolition. « La mairie n’avait alors pas engagé la procédure judiciaire permettant la démolition alors que c’était possible : pourquoi ? », demande-t-il. Aujourd’hui, la famille a refusé l’héritage, le bâtiment appartient aux Domaines. M. Boccarossa l’a visité, en effraction. Le bâtiment a été très bien conçu, il ne porte ni rouille, ni humidité. L’idée serait d’enlever les parties hautes le plus visibles, puis de « camoufler » le cube restant durant le temps nécessaire à la négociation avec les Domaines. Au moins pendant ce temps, on ne le verra plus, conclut-il.

Le parking de l’ancien supermarché Unico, en face de la zone du Closo, est envisagé du point de vue de sa situation géographique en entrée de bourg.  Y construire des logements proposés en location pour les plus jeunes ? Certes. Mais lorsqu’il rencontre le propriétaire, il pose avec lui comme principe de base que l’édifice réponde à des critères esthétiques. « Il faut que l’entrée de bourg devienne « belle », et on essaiera de faire de même pour l’autre entrée côté Camoël. Cela contribuerait à faire en sorte que le bourg retrouve une identité de village. Cela fait partie des orientations générales à l’échelle nationale, mais depuis 20 ans, on a assisté à des entrées de bourg avec des hangars de toutes sortes. Cela entre aussi dans le projet global du centre bourg : les gens auront à donner leur avis, mais sachant que le propriétaire reste propriétaire. » Ce dernier verrait la proposition plutôt d’un bon œil, semble-t-il.

Une maison médicale ? Les autres candidats en parlent comme s’il s’agissait d’une évidence. Or, les professionnels de santé, à Pénestin, y sont majoritairement défavorables. « S’il y a une demande, je l’attends au moment où nous ferons la consultation sur le centre bourg. Si les gens réclament en majorité qu’il y ait une maison médicale, à ce moment-là, on retournera vers les professionnels, on leur reposera la question et on verra comment on peut concilier les attentes des uns et des autres. Je ne prendrai pas la décision à la place des gens. »

« La demande crée l’offre »

Et la culture ? « À Pénestin, il y a beaucoup plus d’infrastructures sportives que culturelles. Donc, il manque un truc. Quelque chose qui puisse convenir à d’autres personnes, notamment ceux qui s’intéressent à la culture. Il y a dans les associations des gens intéressés par le chant, la danse, la peinture… On peut imaginer dans les périodes hors saison, notamment de mars à juin, une succession de mini-festivals qui ne seraient pas créés par nous, mais qu’on irait chercher. À Lorient, il y a un festival de cinéma qui passe de très bons films sur les métiers de la pêche et de la mer. Nous pourrions devenir un relais et ils nous en prêteraient 5 ou 6 pour qu’on puisse les présenter. Pareil pour le festival de la magie à Rennes : on pourrait faire venir des artistes sur 3 ou 4 jours. Il y a aussi des festivals de chorales partout en Bretagne, et notamment près de nous à Mesquer depuis 20 ans. Nous pourrions le faire aussi. Mais attention, s’il y a 200 ou 300 personnes dans le bourg pour une chorale, il n’est plus question que les commerces restent fermés. Il faut bien que les gens aillent manger ou boire un coup. La demande crée l’offre. De toutes façons, on part de rien, alors autant essayer de faire quelque chose. »

Isabelle Letirand, future conseillère en charge de la culture, poursuit : « J’aimerais monter un ciné-club pour l’hiver, tous les mois d’hiver. Un ciné-club, ce n’est pas le cinéma, c’est un film avec un débat, avec des idées que l’on partage, et qui peut être très convivial. C’est applicable aussi pour les enfants, avec des films pour enfants. »

M. Boccarossa a un côté « tête chercheuse ». Il innove. Il connaît les dossiers. Il a le sens du terrain (je ne vous parle pas aujourd’hui, par manque de place, de ses visites à l’EHPAD ou à la cantine scolaire, ni de Loscolo). Cela fait-il un projet cohérent ? Il lui reste trois réunions pour le prouver. Et pour vous, trois réunions pour approfondir votre ressenti et vos opinions face à l’homme, à son équipe et à leurs idées…

Ah ! J’oubliais. Dominique Boccarossa est parfois un peu long et ses diapos ne sont pas toujours lisibles. Il a besoin de construire son raisonnement : « commençons par le commencement », « je reprends l’historique, parce qu’il faut être précis », « je vais vous répondre, mais je termine d’abord ce que je disais. » Pourtant, vous aurez remarqué que ses colistiers sont mois disciplinés que ceux des autres listes et n’hésitent pas à l’interrompre. Alors, quoi vous dire ? Faites de même ! Vu ce qui se disait au pot après la réunion, je crois que certains se chargeront de le briefer à ce sujet.

Prochaines réunions les samedi 29 février, 7 mars et 14 mars, à 18 heures, à la Salle des Fêtes (derrière la poste).

6 commentaires sur “« La transparence, ça fait partie d’un engagement et c’est une valeur »”

  1. Bonjour,
    J’aimerais savoir ou en est la procédure en cours concernant le lotissement du Cofreno ?
    Plus globalement, quelle est la vision de M Bocarossa et de son équipe sur l’urbanisation de Pénestin demain ? Est-ce que continuer à accepter la multiplication des lotissements avec des parcelles de 400M2 est de nature à conserver un Pénestin harmonieux, écologique, et attractif ?
    Pour obtenir la “concorde” …il faut tenir compte de l’environnement avant d’accepter et de délivrer des permis de lotir ou de construire “à tout va “!!!
    Merci pour votre attention.

    1. Réponse à M. Berthelot
      Bonjour,
      Concernant la procédure en cours sur le lotissement du Cofreno, nous n’avons pas accès au dossier. La municipalité actuelle devrait pouvoir répondre à vos interrogations puisqu’elle possède un ou deux lots.
      De plus, M. Picard, colistier de M. Puisay, est également intervenu sur le sujet lors de ma première réunion publique car il est un des promoteurs du lotissement Cofréno. La liste de M.Puisay a prévu une réunion vendredi prochain. Peut-être aurez-vous l’occasion de lui poser la question et d’en savoir un peu plus.
      L’urbanisation sur Pénestin est dépendante du Scot voté en 2018 par la communauté d’agglomération. Dans un second temps , le PLU devra être compatible avec les orientations du Scot. La prochaine municipalité a toutefois la possibilité de définir les limites ou les extensions d’urbanisation. Le développement durable vise la limitation de l’impact des activités humaines sur l’environnement naturel. Nous allons privilégier le potentiel constructible à l’intérieur des enveloppes urbaines tel que le Scot les a définies. L’étalement urbain ne sera admis qu’après avoir démontré l’insuffisance de ce potentiel.
      Dominique Boccarossa

  2. En effet j’y étais et très bon rapport de réunion mais si Mr BOCAROSSA connaît ses sujets parfaitement , je trouve qu’il s’est trop étendu sur le restaurant scolaire (la 1ere demie heure)
    En fait il a le défaut de ses qualités : trop de précisions et donc pas le temps de tout parcourir .
    Manque la présentation de ses coéquipiers et la petite avocate qui lui coupe la parole…..
    Je serai de nouveau dans la salle demain soir car c’est quand même super agréable cette transparence : enfin du nouveau !

  3. Bonjour,
    Merci pour ce nouvel article :
    “La transparence, ça fait partie d’un engagement et c’est une valeur” de Mr Bocarossa
    La précision sur les paroles du candidat, merci pour votre professionnalisme.
    Il a parlé également d’un item important pour le devenir de Pénestin, suite à une question sur le camping caravaning sur des zones et parcelles privées de reclassement et non reclassées (qui étaient déjà des zones de loisirs). Merci d’avance pour votre résumé sur ce point, qui si j’ai bien compris nous ferons avec l’existant ? …
    Merci pour tous vos articles publiés, j’aime à vous lire.
    Bien à vous

  4. très bon compte rendu de cette réunion . ( j’ y étais)
    en espérant que samedi, nous n’ aurons pas droit au récurrent sujet des Hauts de Vilaine . Quand on construit avant que la justice ne se prononce , on ne vient pas pas nous bassiner sur une mocheté ….
    les temps doivent changer .

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