“Les chênes de Loscolo”, de Thierry Fériot

Sa grand-mère tenait le café du Halguen dans la maison où sa maman habite encore. Son père était gendarme. En mai 68, il était garde mobile à Paris et s’est trouvé face à Cohn-Bendit qu’il n’a pas matraqué, par chance. Cela leur a permis de se revoir et de discuter posément 15 ans plus tard, lorsque l’anarchiste franco-allemand eut l’idée de passer des vacances à Pénestin en louant chez eux.

Des histoires comme celle-là, vraies, inventées, arrangées, Thierry Fériot en connaît des quantités, qu’il dissémine dans les pages de ses romans, « Madji », « La larme d’éléphant »… Il croit à une chose, une seule : la liberté. Il m’a dit : oui, je vais faire un texte, mais à une condition, tu publies tel quel sans toucher une seule virgule ! J’ai laissé les virgules, il n’y en a d’ailleurs presque pas… Mais comme il n’y avait pas de titre, j’en ai ajouté un qui me fait penser à Malraux : « Les noyers de l’Altenburg ».

Les chênes de Loscolo

Soyons lucide à l’extrême et ne cherchons pas à tergiverser dans le méandre des épithètes, synonymes et autres adjectifs plus ou moins ronflants voire soporifiques.

Non, loin de moi cette idée réflexe du jongleur de mots, du dompteur de la syntaxe, du pourfendeur de la faute de goût et de l’équarisseur de l’écriture dirigée.

Donc pointons du doigt l’essentiel… enfin promenons-nous en cette après-midi où le soleil nous fait l’honneur de briller.

La mer alanguie étale sa nappe myosotis en érodant distraitement la plage de sable blanc. Et là n’est pas le but, pour une fois, de notre divagation.

Nous bifurquons derechef vers le lieu-dit LOSCOLO. Une petite route sinue sans vraiment y croire et finit par laisser la place à un chemin de gravillons qui serpente entre un bois de chênes et un landier.

Une nature à l’abandon ! Non car ci et là, trouant les fourrés, les occupants des lieux laissent trace de leur passage : empreintes, poils, déjections. Ce petit monde erre donc au milieu des ajoncs, des genêts, des pruneliers et des chênes ; certains gringalets, d’autres majestueux.

La végétation semble vouloir faire barrage à l’avancée du quidam entrevoyant la possibilité d’une escapade bucolique mais néanmoins distraite. Faisant fi de l’adversité non sans courage et abnégation, le promeneur contourne les obstacles et poursuit sa route.

A l’ombre d’un grand chêne pousse de la mousse au terme si scientifique qu’il émousse la velléité de savoir du simple marcheur. Mais il se rassérène en voyant les prémisses rayonnantes de ses enfants aventuriers dans l’âme et joyeux de cette quête. Découvriront-ils un champignon ? Débusqueront-ils un écureuil ? Dérangeront-ils un faisan ou une perdrix ? Ils doivent maintenant en profiter pleinement, car ce silence d’or va laisser la place aux tronçonneuses et débrousailleuses, puis ce sera le tour d’engins de terrassement et de construction.

Place au projet mytilicole. Chacun à ses opinons sur celui-ci. Mais dans ce billet je ne cherche pas à prendre parti, non j’expose simplement le fait que l’on va détruire ce territoire vierge.

Exit la faune et la flore de cet Eden.

Bon, j’ai une petite question qui me titille, une question mais aussi un desiderata.

Ces beaux chênes, qu’en faire ?

Peut-être pourrons-nous les transformer en pieux pour les bouchots ?

Après tout, si leur mort peut engendrer la vie de millions de moules, mon regret en sera légèrement amoindri ! Légèrement !

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