L’information, ça sert à quoi ?

Ce blog existe depuis presque 3 mois. Le premier article date du 26 août et celui-ci est déjà le 40e article. Le blog compte à ce jour 31 abonnés. Le nombre journalier de lecteurs varie de 20 à 50 et celui des pages visitées de 40 à 200. Le premier article sur la monnaie locale du 1er octobre a été lu 614 fois et le dernier en date sur les résultats de l’enquête publique 85 fois à ce jour.

Le moment est venu de faire un petit point. Et d’abord d’essayer de répondre à la question de l’utilité de ce blog. Je vais me risquer à vous donner une opinion à propos des informations que j’ai traitées pendant ces 3 mois ! Terrain glissant ?!

le déclencheur d’une prise de conscience

Non, je ne crois pas. J’ai des idées très claires sur le type d’informations que j’aime. J’éprouve une grande admiration pour Albert Londres, le « prince des reporters ». Il ne prétendait pas à l’objectivité, mais il savait compter. Par exemple le nombre des obus allemands tombés sur la cathédrale de Reims, en septembre 1914, alors qu’il se trouvait sous son porche. Il savait regarder. Par exemple ce chien terrorisé, au même endroit, et saisi de la danse de Saint-Guy. Il n’y a pas de petits détails pour qui sait observer. Il disait : « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Je n’oublie pas ses pages sur Saint-Pétersbourg dans les mois qui ont suivi la Révolution d’octobre 1917. Plus de rats : mangés. Plus de bois aux fenêtres : brûlé pour se défendre du froid. Ces images ont été en leur temps pour moi le déclencheur d’une prise de conscience.

J’admire aussi Florence Aubenas ou Anne Nivat, qui explorent le monde des déclassés et des laissés-pour-compte. Ou Christophe Ayad au Rwanda, Jean Hatzfeld en Bosnie. Les Américains : Upton Sinclair sur les abattoirs de Chicago, John Hersey sur les survivants d’Hiroshima… Les Espagnols (Arturo Perez-Reverte, en Bosnie lui aussi). Les Allemands, comme l’extraordinaire Günter Wallraff, glissé pendant une année entière dans la peau d’un travailleur immigré turc ou infiltré dans la rédaction du journal à scandale « Bild ».

Je me fais peur en citant tous ces grands noms qui, bien mieux que quiconque, savent allier la curiosité pour l’humain et le bonheur de l’écriture. Alors, à quoi bon ?

A ma petite échelle, j’ai traité ces derniers mois deux types de sujets : des sujets « consistants » comme l’enquête publique sur le parc de Loscolo ou la visite à Pénestin du maire de Taberno, notre ville jumelle en Espagne ; des sujets « impressionnistes » sur le quotidien des Pénestinois et des gens de passage (pourquoi on refait tous les jours la même promenade ; qu’est-ce que les gens lisent sur la plage ; de quoi on parle à l’apéro sur un terrain de camping…)

« qui sont les touristes, ce qu’ils cherchent, ce qu’ils attendent de nous… »

Je vais m’expliquer d’abord sur ce dernier sujet. Une dame m’a dit qu’on n’en avait pas grand chose à « fiche » de ce dont les touristes parlent à l’apéro. Il valait mieux leur poser des questions utiles, leur demander ce qu’ils pensent de Pénestin, de son accueil, ce qui leur plaît ou leur déplaît. Cette dame avait le ton de l’évidence et un sourire en coin. J’ai évité de la contredire, mais j’avais encore à l’esprit la phrase par laquelle j’avais conclu cet article : « Après tout, c’est important pour nous Pénestinois de savoir qui sont les touristes, ce qu’ils cherchent, ce qu’ils attendent de nous… » Et cette certitude à laquelle je tiens beaucoup, que c’est en prenant le temps et en acceptant de faire des détours que l’on a le plus de chances d’aboutir à des réponses et à des découvertes intéressantes.

Pour moi, le journalisme rejoint l’ethnologie qui fut ma formation de départ. L’ethnologie m’a appris à considérer l’importance des détails, la valeur du quotidien, le plaisir d’emprunter les chemins de traverse. Il faut avoir conscience que les sujets que l’on aborde sont complexes, tissés de multiples nuances, et qu’une approche un peu « pointilliste » a plus de chances de cerner la vérité d’un sujet qu’une approche frontale. J’ai dû consacrer 3 ou 4 reportages à la question du tourisme : je crois qu’il en faudrait au moins une vingtaine avant de commencer à voir se dégager des lignes de force. Il faut voir large : la vérité à laquelle je crois est comparable à un puzzle constitué d’un grand nombre de petits morceaux. Petit à petit finit par émerger une forme : affaire de patience et de constance !

être en mesure de se forger sa propre opinion

Les pointillés que je propose sont des outils en vue d’une synthèse qu’il ne m’appartient pas d’effectuer moi-même : c’est l’affaire des lecteurs, qui sont par ailleurs des citoyens. Un citoyen est quelqu’un qui s’exprime et intervient dans le débat public sur la base de ses opinions. Or, il n’y a pas d’opinion possible sans des informations qui en sont en quelque sorte la matière première. Le rôle de la presse est de fournir ces informations et de laisser le lecteur conclure. Un genre comme le reportage n’a pas à énoncer des opinions. Il fournit au lecteur les éléments qui lui sont nécessaires pour être en mesure de se forger sa propre opinion.

A propos de la série que j’ai entamée sur les « Talents de Pénestin », une amie me disait que les Pénestinois n’ont pas confiance en eux, qu’ils ne se croient pas capable de réaliser de grandes ou de belles choses, et que cela leur fera certainement du bien de découvrir toute les richesses que recèle leur commune. L’information n’est pas quelque chose de « sec » qui consisterait à porter des faits à la connaissance d’un public – point-barre ! Informer, cela peut être aussi, effectivement : développer une fierté. Ou créer du lien, rapprocher des gens, renforcer une identité. Faire circuler des idées qu’on aura envie de se réapproprier. Aiguiser des curiosités. Ou plus simplement encore : faire réfléchir !

D’autres séries sur l’histoire de Pénestin, les maisons de Pénestin, la flore, la faune, sont en préparation. Dans la période à venir, il y a aura aussi des textes de fiction écrits par des Pénestinois et se passant à Pénestin. Et d’autres choses encore découlant, je l’espère, de vos propositions.

favoriser l’exercice de l’expression citoyenne

J’ai aussi abordé des sujets à caractère événementiel. L’enquête publique sur le projet de parc conchylicole de Loscolo a été un moment privilégié où les Pénestinois avaient la possibilité de s’exprimer à propos d’un grand projet à l’échelle de la commune (et de l’intercommunalité). Les autres médias, Ouest France, L’Écho de la Presqu’Île, auxquels il faut ajouter le Bulletin Municipal et la Lettre Municipale de Pénestin, ont été peu présents et leur fonctionnement mériterait une analyse. J’ai écrit pour ma part 12 articles sur ce sujet. J’avais conscience de m’adresser autant à des personnes favorables que défavorables à ce projet. Je me suis donné pour rôle de contribuer à favoriser l’exercice de l’expression citoyenne quelle que soit l’opinion défendue, et bien sûr indépendamment de la mienne. On sait qu’en règle générale, les citoyens participent peu aux enquêtes publiques, car ils ont l’impression que les sujets sont trop techniques, ou encore que les décisions sont déjà « ficelées ». J’ai exposé sous divers angles les procédures et les règles du jeu afin que chacun puisse plus facilement s’approprier la démarche de l’enquête. J’ai d’ailleurs insisté sur la notion de « devoir citoyen » inscrite dans la Charte de l’Environnement. J’ai aussi fourni à mon humble échelle, car je ne suis pas spécialiste du sujet, des informations de base destinées à faciliter la compréhension des questions abordées. J’avais aussi souhaité organiser un débat entre défenseurs et adversaires du projet, mais l’un des parties s’est finalement récusée.

Parmi les sujets événementiels, on peut citer également la messe de prémices en août, la rentrée scolaire, le passage de témoin au Bateau Livre, la visite du maire de Taberno aux Mouclades, la manifestation des coquelicots, des réunions publiques sur le lancement de l’Ourse, nouvelle monnaie locale, et sur la démocratie participative, diverses manifestations culturelles… Je crois à l’effet boule de neige que peut produire la présence d’un organe d’information comme ce blog au sein d’une communauté, afin de soutenir les initiatives et de développer son dynamisme.

Il reste de nombreux sujets dans l’actualité de Pénestin que je n’ai pas pu traiter, étant seul pour assurer l’ensemble des reportages. Je le fais avec plaisir et j’espère apporter ma pierre – d’autres diraient ma « part de colibri ». Ce blog fonctionne comme une initiative complètement privée, je l’ai décidé seul. J’ajoute qu’il ne coûte rien et ne rapporte rien.

trouver des renforts

A terme, tout cela devrait évoluer un peu. J’imagine pouvoir vendre certains articles à des médias extérieurs à la commune, par exemple des hebdos nationaux d’information. Il faudra pour cela donner au blog un nouveau statut et pour ma part acquérir celui de micro-entrepreneur. Je ne compte pas sur ces rentrées d’argent pour m’enrichir ! Mais par exemple pour recruter et payer des stagiaires d’écoles de journalisme qui viendraient renforcer la rédaction de ce blog. Un autre avantage de cette évolution sera de faire parler de Pénestin dans les médias qui diffuseront ces articles. Notre commune a tellement d’atouts : elle devrait interagir plus avec son environnement et l’information est l’un des moyens essentiels de cette interaction.

J’ai parlé de stagiaires. Je souhaiterais en effet trouver des renforts. Mais je les recherche en tout premier lieu ici même, à Pénestin. Contactez-moi si vous désirez participer à cette expérience. Écrire sur des événements, réaliser une fiche sur l’un des animaux ou l’une des plantes présents ici, faire un reportage photos sur un thème qui vous tient à cœur, proposer une courte fiction se déroulant à Pénestin… Ou autre chose si vous avez d’autres propositions. Ce blog a vocation à devenir celui de vos talents.

 

Gérard Cornu – cornu.gerard@orange.fr

1 commentaire sur “L’information, ça sert à quoi ?”

  1. Bravo ! J’ai beaucoup apprécié cet éditorial. J’apprécie ce que tu dis à propos de ta prise de conscience sur la Russie à partir des articles d’Albert Londres, et aussi ton travail d’approfondissement sur PENESTIN. A propos des renforts, je te proposerai bientôt, après sa rédaction qui peut prendre un certain temps, un article sur l’expression citoyenne et la pratique de la démocratie.
    Amicalement.

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