On a besoin d’avoir des contradicteurs

Je voulais que Dominique Durand, membre de la liste Pénestin 2026, me parle concret. Comment on fait, dans la pratique, pour gérer des désaccords, des intérêts contradictoires, des positions antagonistes, ou encore des tempéraments opposés ? Dominique a été pratiquement toute sa vie en position d’autorité. Quelques années comme prof d’économie, et il se retrouve déjà principal de collège, responsable de formation continue, puis proviseur, d’abord dans la Meuse, puis, pour se rapprocher de Pénestin où il vient depuis 40 ans, à Josselin et à Nantes.

Parallèlement, il est maire de sa commune, Dombasle-en-Argonne, 400 habitants, et président de la communauté de communes de Centre-Argonne pendant 12 ans. Entre l’éducation et la politique, « il faut fermer un tiroir pour en ouvrir un autre. » Mais par certains aspects, cela se ressemble : quelquefois, il faut faire comprendre en douceur aux enseignants que « l’élève n’a pas toujours tort, que le professeur aussi doit progresser. »

« Si tu as une bande de oui-oui en face de toi, tu n’avances pas »

Reprenons dans l’ordre. Dombasle-en-Argonne a un Conseil municipal de 11 membres. Un ou deux agriculteurs, mais aussi un directeur de banque, un ingénieur, le cuisinier d’un centre hospitalier… Parmi eux, il y a des personnalités fortes et c’est mieux ainsi : « si tu as une bande de oui-oui en face de toi, tu n’avances pas, on ronronne. On n’a pas le choix : il faut absolument qu’on puisse dialoguer, discuter, et à la fin, chacun doit avoir le sentiment d’avoir été écouté. » Nous voilà dans le vif du sujet. Je lui demande des exemples concrets.

Premier exemple, la poste : « je m’étais battu au maximum pour la conserver, mais ils savent faire. Ils réduisent les horaires, ou ils les limitent au matin, ou à l’après-midi… » Au Conseil, ils se disent qu’il va falloir faire quelque chose. On propose d’abord à la boulangère de devenir un relais de poste, mais elle n’est pas intéressée. Ils réfléchissent longtemps et l’idée, qui n’était pas prévue au départ, germe lors d’un Conseil municipal : pourquoi ne pas créer un relais de poste communal, c’est-à-dire installé à la mairie ?

La secrétaire de mairie était à 30 heures, ce qui était supérieur aux besoins. « On s’est dit qu’on pourrait lui proposer de passer à 35 heures et d’occuper les deux fonctions. Avec deux bureaux dans une même pièce : un pour la mairie et un autre pour la poste. » On allonge ainsi les horaires d’ouverture : deux jours par semaine, la « poste » reste ouverte jusqu’à 19 heures, à quoi s’ajoute le samedi matin. « Une poste, pour moi, c’est un service public. Ça doit être ouvert quand les gens sont là, après leur travail plutôt qu’au milieu de la journée. »

« Les sceptiques finissent par dire ‘ben ouais, ça se tient’ »

Il a dû falloir en passer, du temps à écouter les habitants (et la secrétaire elle-même !), pour construire une solution qui satisfasse les uns et les autres. Mais au Conseil, qu’est-ce qui facilite la décision ? « Parfois, c’est dans le problème que réside la solution. Dans la fonction publique, on ne peut pas réduire le nombre d’heures comme ça. Mais la direction de la poste nous proposait 900 euros. Passer à 35 heures ne nous coûtait donc rien. Et puis, dans les petits villages, les secrétaires de mairie doivent souvent cumuler 3 ou 4 emplois pour arriver à un temps plein. Cela fait plusieurs arguments qui amènent les sceptiques à dire ‘ben ouais, ça se tient’… »

Un autre exemple, très significatif : en plein centre du village se trouvait un serrurier dont l’activité était devenue trop bruyante pour le voisinage. L’idée : lui racheter son local afin de financer son installation en périphérie. Mais en Conseil, certains s’interrogent : que faire du bâtiment ? La discussion dure plus d’une heure et finit par rejoindre un autre projet en réflexion : installer dans l’ancien local un cabinet médical avec un logement à l’étage permettant de maintenir deux médecins sur la commune, et une mini-crèche.

Le premier adjoint se rebiffe : sa femme est assistante maternelle à domicile. « Si tu fais ça, tu vas les tuer toutes », lui dit-il. Il faut reprendre le dossier. L’étude montre finalement que le regroupement pourrait au contraire sécuriser leur activité, avec des horaires mieux définis et un statut renforcé. Plusieurs, dont la femme du premier adjoint, y trouvent finalement leur compte.

Le niveau plus complexe et conflictuel de la communauté de communes

Au niveau de l’intercommunalité, les choses sont plus complexes. Dans une des communes, l’école primaire était en très mauvais état et réclamait de gros travaux. Les discussions ont duré presque un an, car c’était un investissement important : plus de deux millions d’euros. Il y avait aussi une dimension politique : « J’avais des dissensions assez fortes avec le vice-président aux affaires scolaires que j’avais battu à l’élection du président et qui me gardait de la rancoeur. »

« Contrairement à lui, poursuit Dominique, je souhaitais une révision complète, car il y avait des problèmes d’isolation, de chauffage et de taille. Une salle de classe n’est plus comme dans le passé un lieu où l’on reste assis toute la journée devant sa table. Maintenant, les élèves bougent, font des activités. Il leur faut plus d’espace. » Finalement, les propositions ont été assez innovantes : une toiture végétalisée, un chauffage par géothermie, la récupération de l’eau de pluie… Et le caractère fédérateur de ces éléments conduit à déplacer le centre de gravité du conflit et à oublier en partie les dissensions.

Travailler avec le désaccord

Et sur la liste Pénestin 2026, quel est son rôle ? « Avec Christian Mahé, nous sommes complémentaires : nous ne nous sommes pas présentés comme un binôme, mais si nous sommes élus, il s’occupera des affaires de la commune, qu’il connaît bien, et je suivrai celles qui se situent au niveau de Cap Atlantique.

Et je renoncerai à mon indemnité de vice-président pour en faire bénéficier les conseillers de l’équipe, car si on s’engage, c’est pour se mettre au service de la collectivité, pas pour cumuler des primes ! »

Dominique dit qu’on n’avance pas avec des oui-oui. Toute la question est peut-être là : accepter le contradicteur comme une condition du travail collectif.

2 commentaires sur “On a besoin d’avoir des contradicteurs”

  1. Bien diriger une entreprise ou une mairie c’est savoir s’entourer des personnes compétentes, leur faire confiance et les laisser prendre des décisions dans le domaine qui est le leur.
    Dans le sujet évoqué, on constate que cette bonne gouvernance se heurte aux intérêts personnels des uns et des autres, c’est bien humain, le pouvoir donne des ailes mais elles n’elèvent pas celui qui les porte.
    Il faudrait donc élargir le débat et parler de démocratie directe. Est ce envisageable à Pénestin, je n’en sais rien.
    Je constate et j’ai déjà déploré que deux listes d’opposition aux professions de foi très semblables (clarté, transparence, dialogue, intérêt général avant particulier..) nous sont proposées comme alternative à la liste actuelle.
    Je n’ai toujours pas de réponse. L’union fait la force mais les forces se dispersent dès lors qu’il y a un gâteau au menu.
    Pourquoi donc ne parler ici que de Pénestin 2026 et pas de Pénestin citoyenne vraiment ?
    Les élections sont dans trois semaines, n’est il pas temps d’une action commune pour changer veritablement le visage de notre commune ?

    1. Je vous réponds pour la partie qui me concerne. Penestin-infos se tient à équidistance entre les deux listes d’opposition. Avant Dominique Durand, j’avais donné la parole à Jean-Paul Tual. Chacun de ces deux articles est centré sur un thème : le logement social, la gouvernance. C’est ainsi que je prévois de poursuivre ces prochaines semaines. J’ai aussi présenté les deux Lettres de CAPPenvironnement, qui abordent de nombreux aspects du bilan de l’équipe sortante et présentent une série de propositions, sur lesquelles elles engagent les deux listes d’opposition à se prononcer.

      Quant à la liste de M. Puisay, ses promesses sont identiques à celles qu’il faisait il y a 6 ans et qu’il a trahies à peine élu : je m’en tiens donc au bilan qui est le seul sujet valable pour un journaliste soucieux de la vérité des faits.

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