Penestin-infos a deux ans : l’âge de raison ?

Cela fait juste deux ans que j’ai commencé à tenir ce blog. Et je me pose plus que jamais ces trois questions : pourquoi ? / pour quoi faire ? / à quoi bon ?

La réponse se trouve peut-être, comme je vous l’ai déjà dit, dans les articles eux-mêmes, 320 à ce jour, et dans les commentaires que vous m’avez adressés. J’ai commencé à en faire une rétrospective par thèmes. Je vais continuer. J’en profite pour remercier et féliciter encore toutes celles et ceux dont j’ai publié des textes.

En août 2018, j’ai rédigé un texte, toujours disponible dans la rubrique « À propos de », qui présentait les orientations du blog naissant. Je n’ai pas beaucoup varié depuis. « Un blog au service des habitants de la commune et de ses visiteurs. » « Penestin-infos a un vrai rôle de communication à jouer. Communication interne en faisant mieux circuler les informations dans la commune. Communication externe en développant la notoriété et l’image de Pénestin à l’extérieur. »

J’y parlais aussi d’esprit critique : « Ne rien considérer comme acquis avant de l’avoir vérifié, et ce quel que soit l’interlocuteur. Ça ne leur fait pas toujours plaisir ! Et pourtant, l’esprit critique, et la liberté qu’il suppose face aux pouvoirs, c’est exactement le contraire de l’esprit partisan, engoncé dans ses certitudes. » J’avais écrit une longue lettre au maire, M. Baudrais à l’époque, pour lui présenter ce projet. Il ne m’avait pas répondu, considérant que mon initiative relevait du domaine privé. En fait, pratiquement tout journal, tout média se crée avec des capitaux privés, sur la base d’une initiative privée, et exerce dans l’espace public une activité consistant à faire circuler les informations et les opinions. C’est la nature même de la presse que de se situer ainsi à cheval sur le public et le privé.

La tonalité de l’année a été moins légère, plus âpre

Je n’ai pas varié sur l’essentiel, mais cette deuxième année a été différente de la précédente. Certains articles, comme « Confinés dans les confins occidentaux de l’Eurasie », conservent une veine un peu poétique. Mais dans l’ensemble, la tonalité de cette année a été moins légère, plus âpre. Trois sujets ont occupé une grande place, au détriment de reportages et d’interviews plus variés comme l’année précédente : le projet de parc conchylicole de Loscolo, la campagne électorale des Municipales, et la Covid, bien sûr.

Le projet Loscolo va me servir d’exemple pour illustrer les évolutions du blog penestin-infos, et surtout, les nouvelles missions, si je puis dire, qui lui incombent. Il y a une dizaine de jours, j’ai publié un article intitulé « Vers un ‘Hauts de Vilaine’-bis ? », où il était question du permis d’aménager signé le 13 août dans la plus parfaite discrétion. Ce permis est une étape importante, qui ouvre la voie à la réalisation du réseau viaire, puis à la construction des ateliers.

Parmi les visas de l’arrêté, le 8e et le 9e font référence à une convention entre l’État et Cap Atlantique, en date du 9 janvier 2020, portant sur une « concession d’utilisation du domaine public maritime destinée à la pose des canalisations desservant le parc conchylicole de Loscolo », et à l’arrêté préfectoral du 22 janvier approuvant cette convention. Ces deux documents, ni moi, ni personne d’autre ne les avions jamais vus, et pour cause : la convention est introuvable sur internet. Ni Cap Atlantique, ni la mairie de Pénestin, ni la préfecture du Morbihan ne l’ont publiée sur leurs sites respectifs. Quant à l’arrêté préfectoral, il a été publié le 1er février à l’intérieur d’un document de 85 pages : « Recueil des actes administratifs N° • 56-2020-016 ». Il est consultable uniquement là (p. 39-40).

Il est bon de savoir que cet arrêté pouvait faire l’objet de recours dans les deux mois suivant sa publication, auxquels s’ajoute un délai supplémentaire en raison de la Covid. Le délai courait jusqu’à lundi de cette semaine. Parmi les personnes qui suivent le dossier, mytiliculteurs, associations, avocats, personne n’en a eu connaissance avant… mardi. Moi non plus, malgré une veille régulière.

Des documents sur lesquels les citoyens devraient pouvoir exercer leur vigilance

Que conclure ? Qu’« ils » ont été les plus malins… en réussissant à soustraire aux regards des documents sur lesquels il aurait été utile que les citoyens puissent exercer leur vigilance. En effet, le projet Loscolo ne respecte pas, sur certains points, la directive européenne sur l’eau, et lorsque l’on sait à quel point les océans sont devenus un véritable dépotoir, avec des conséquences vitales pour nous et pour nos enfants, nous avons tous de bonnes raisons de vouloir vérifier que nos élus et l’administration ne font pas n’importe quoi. N’allez pas croire, cependant, que les « cols blancs » des institutions concernées prennent le risque d’enfreindre la loi. Ils savent, grâce aux conseils de leurs juristes et spécialistes divers, se situer à l’extrême limite de ce qui est autorisé, afin d’atteindre leurs objectifs. Le principe est plus ou moins le même que celui de l’optimisation fiscale.

En tous cas, la tâche des médias indépendants apparaît clairement dans ce contexte. Elle est de permettre aux citoyens de disposer des informations auxquelles ils ont droit, face à ceux qui essaient de les maintenir sous le sceau du secret ou d’un accès restreint. Ce faisant, ces médias défendent la démocratie, ni plus ni moins, avec qui ils ont partie liée, face à certaines instances élues ou administratives qui se laissent tenter par un glissement progressif vers une technocratie teintée d’autoritarisme.

La même chose s’est produite au comité de suivi Loscolo de septembre 2019, lorsque l’ancien maire, M. Baudrais, a accepté, à l’issue d’une discussion serrée, de transmettre au comité un document contenant le devis demandé par la mairie de Pénestin pour des travaux de goudronnage de l’un des accès secondaires à la zone Loscolo, alors qu’il avait toujours promis que ces accès ne seraient pas goudronnés. (Le maire avait plaidé la bonne foi, expliquant que ses services avaient commis une erreur de transmission.) Un mois plus tard, le compte rendu de cette réunion est adressé aux membres du comité de suivi : l’engagement de M. Baudrais, de même que toute la discussion sur ce sujet, n’y apparaît pas. J’adresse des courriers demandant une rectification du procès-verbal de la réunion. Je n’obtiens aucune réponse. Puis arrive un courrier de M. Métaireau, encore président de Cap Atlantique et maire de La Baule, qui m’accuse de « harceler » ses collaborateurs et me menace de poursuites judiciaires.

Occulter une information, cela laisse supposer que l’on a mauvaise conscience 

À ce jour, je n’ai pas encore réussi à obtenir ce document, mais j’en fais, là encore, une question de principe. Je considère que si l’on en vient, comme c’est le cas ici, à occulter une information, cela laisse supposer que l’on se sent fautif. Je ne peux pas croire qu’un projet est bon s’il faut mentir, manœuvrer et exercer des pressions pour le défendre. Cet argument prime sur tous les autres : lorsque l’on est sûr de son bon droit, on n’a pas besoin de jouer à cache-cache, on avance à visage découvert.

Vous l’aurez compris sans que j’ajoute encore d’autres exemples, l’atmosphère de cette année a été celle de batailles menées sur différents terrains et dans une certaine confusion. La presse poursuit un idéal de transparence qui, en paroles, dans notre société, fait consensus. Dans la pratique, les informations ne s’obtiennent que de haute lutte et les diffuser, c’est mettre les pieds dans le plat. Un blog comme penestin-infos gêne : après avoir subi diverses mesures de rétorsion de la part de M. Baudrais, le nouveau maire, M. Puisay, qui en avait encouragé la création, a changé lui aussi d’attitude à partir d’avril, pendant le confinement où l’absence de contacts directs s’est révélée propice à de multiples malentendus.

Le déclic semble avoir été la publication d’un texte que m’avaient proposé deux personnes (« Chers citoyens et élus de Pénestin », 2 avril 2020), se plaignant que l’ancienne mairie toujours en place ne manifeste pas plus de solidarité avec les commerçants et avec les personnels de santé. Dans son édito de juillet du bulletin municipal, M. Puisay écrit d’ailleurs que durant cette période, il aurait « préféré le silence à la multiplication des remarques. » Pourtant, cette « multiplication des remarques » est le principe même de la démocratie et le silence la marque des systèmes autoritaires.

La complexité et la technicité des questions gérées à l’échelle de la commune ou de l’intercommunalité réduisent de plus en plus la place laissée à la discussion, au débat et à l’écoute des habitants, que M. Puisay vantait encore il y a peu durant sa campagne électorale. Cela devrait au contraire nous inciter à approfondir et à développer d’autant plus l’information des habitants, au lieu de se demander s’ils ont vraiment besoin d’en savoir autant sur les dossiers en cours – qui sont tellement « techniques » ! -, et quel usage ils en feront. À Cap Atlantique et dans certaines administrations, on va plus loin : certains se demandent si des opposants ne tenteront pas de retourner contre eux les informations qu’ils leurs fourniraient et justifient ainsi d’en diffuser le moins possible…

Tout ce qui permet aux citoyens d’exercer leur vigilance et leur esprit critique mérite d’être défendu 

La position d’un blog comme penestin-infos est claire à cet égard. Toute information est bonne à diffuser. Tout ce qui permet aux citoyens d’être mieux informés est positif. Tout ce qui leur permet d’exercer leur vigilance et leur esprit critique mérite d’être défendu. 

Il y a fort à penser, alors, que ce blog apparaîtra comme un empêcheur de tourner en rond et suscitera l’hostilité de certains pouvoirs locaux. Ce n’était pas sa vocation au départ. J’ai toujours défendu jusqu’à présent une vision consensuelle de la communication. J’ai cherché à écrire de façon à être lisible par des personnes de toutes opinions, et surtout par celles qui ne pensent pas comme moi. Rien ne me fait plus plaisir que les gens qui me disent : « Je ne suis pas d’accord avec vous, et ce que vous écrivez m’énerve parfois, mais je vous lis toujours avec plaisir. » Je ne serai jamais un apôtre du quant-à-soi, l’un de ceux qui entretiennent les préjugés d’une communauté ou d’un clan en accentuant leurs différences avec le clan opposé. 

Pour avoir enseigné et pratiqué la communication pendant plus de 30 ans, je sais que l’une des motivations qui conduise à s’engager dans ce domaine est celle de vouloir plaire à tous, de trouver les mots et les images qui touchent tout le monde par-delà les clivages. Eh bien, cette année, j’ai appris que les murs dressés entre les clans sont parfois plus forts que nos tentatives pour les abattre. Il faut accepter l’idée que l’on ne peut pas plaire à tout le monde, accepter que des inimitiés s’expriment. Ce n’est pas si grave, finalement, tant que l’on ne va pas jusqu’à distiller les ferments de la haine. Des inimitiés, admettons. De la haine, c’est inacceptable.

À ceux qui seraient tentés néanmoins par cette voie, je rappellerai que les affrontements peuvent être nobles, lorsque les adversaires se respectent, et parfois même s’admirent mutuellement. Comme le font les sportifs entre eux. D’ailleurs, le terme « sport » est encore utilisé comme un adjectif légèrement suranné pour qualifier cette attitude. En fin de compte, je crois avoir encore des choses à dire sur la vie locale, qu’elle soit politique ou autre, et ce blog est l’un des moyens dont je dispose pour réagir avec les quelques bribes de connaissances que je tire de mon expérience et de ma réflexion. Je rempile !

10 commentaires sur “Penestin-infos a deux ans : l’âge de raison ?”

  1. Heureusement, que ce blog existe pour sensibiliser les penestinois qui sont aveuglés depuis tant d’années par un consortium, maire et conseil municipal !. Rien ne bouge. En espérant que la nouvelle génération ne se laisse pas bouffer…. Réagisse et fasse en sorte de remettre de l’ordre dans un système trop longtemps sectaire et sans opposants.

    1. Brigitte, tu parles d’un système sectaire et sans opposants. Non, il y a eu depuis longtemps des personnes qui se sont regroupées, dans un esprit de résistance, dans des associations : Mès et Vilaine, Autre Regard et plus récemment Cappenvironnement.

  2. Ping : Les langues se délient chez les mytiliculteurs » - penestin-infos

  3. Merci pour tous ces commentaires qui m’encouragent dans l’idée de poursuivre !

    Joëlle, tu emploies un mot fort, “tacler”, qui ne correspond pas à mon ressenti lorsque j’écris, mais peut-être à celui de certains lecteurs. Dans une écriture journalistique, on s’efforce d’être clair et de donner du relief à son propos (je n’ose pas parler de concision…) lorsque l’on traite des aspects factuels. Lorsque l’on argumente, on procède de même, et il est possible que ce soit interprété comme une volonté de frapper les esprits ou de marquer des points… Je vais y réfléchir.

    1. Gérard, tu as raison le mot est sans doute trop fort et je me suis mal exprimée . je voulais dire que ce blog a tout ce qu’il faut pour montrer à nos élus qu’il s’agit bien d’informer largement (sur de nombreux sujets) et non comme ils semblent le ressentir, de ne pointer que leurs manquements.

      1. Tout à fait d’accord avec toi. Je rêve toujours d’avoir soit un(e) stagiaire, soit des correspondant(e)s, capables d’écrire tous les articles que j’aimerais proposer, mais auxquels je renonce par manque de temps. Il y a tellement à dire sur le tourisme sous une multitude d’aspects, sur la culture afin de recenser plus complètement dans un premier temps ce qui existe, puis de voir ce qu’il est possible de développer, sur les “talents” autour de nous dans toutes sortes de domaines, sur la faune et la flore, les roches, la mer, l’agriculture, etc. !!

  4. Merci à vous d’avoir choisi de rempiler.
    Ayant découvert l’existence de ce blog voilà seulement 6 mois, j’aurais été très déçue que le petit plaisir que me procure la lecture de ses articles aux thèmes variés s’arrête en si bon chemin.
    Nouvellement installée dans la région, J’en apprends beaucoup sur Penestin, les enjeux actuels, les diverses sensibilités…le tout dans un style que j’apprécie.
    Sans compter que les articles plus légers me donnent l’occasion de sourire, ce qui ne se refuse pas en ces temps de morosité ambiante.

  5. J’abonde totalement au commentaire précédent. Que la vie serait triste sans débat, si tout le monde était toujours d’accord… dès lors, soit on se tromperait toujours…soit jamais (et ce serait dans doute pire). Mais pour débattre il faut avoir des éléments d’information, et ce blog y contribue largement. Je suis toujours optimiste et espère encore que ces manquements à l’information surtout de la part de nos collectivités de proximité deviendront dans l’avenir de mauvais exemples de pratiques du passé. D’ici là, ce blog est important et doit continuer dans le large champ qu’il propose (Je pense qu’il faut aussi démontrer à nos élus que son objectif est d’informer les Penestinois sur un grand nombre de sujets et pas seulement de les tacler sur leurs manquements sur certains projets majeurs). Merci pour cette persévérance.

  6. Bravo!
    La Libre Expression issue de la Révolution, est une conquête majeure de notre époque. J’espère que tu continueras dans ce sens.
    Pour des raisons familiales, je n’ai pas pu exprimer mon vote lors des dernières élections. Mais, la libre expression, la discussion du point de vue des uns et des autres autorise selon sa logique personnelle d’étayer un avis sur une question. C’est logique que nous ne soyons pas tous d’accord. Une personne est plus sensible à tel argument, pendant qu’une autre est plus réactive à tel autre. Pourquoi ? Parce que si nous sommes tous égaux en droits et devoirs, nous sommes tous différents.
    L’éducation devrait sensibiliser les uns et les autres à ces valeurs. L’exemple que tu donnes sur le “Recueil des actes administratifs N° • 56-2020-016 ” est caractéristique. On cache, alors que l’on devrait montrer les avantages et les inconvénients, d’une réponse à une question.
    Nous vivons en démocratie, ce qui peut être résumé par le pouvoir au peuple. Rappelons-nous en.

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