Quatre petits jours et puis s’en vont !

Voilà 4 jours que le temps est à nouveau doux, après une période de froid qui a laissé sans voix rouges-gorges, piverts et mésanges et forcé les poissons de mon étang à découvrir comment survivre sous la glace. Quatre jours, il ne leur en a pas fallu plus. Qui ? Ma voix s’étrangle, je ne peux pas le croire. Le printemps, le réveil de la nature, ne signifient rien pour elles. Elles les ont jugés insipides, inconsistants ! Ce qu’elles aiment, ce sont les aurores boréales, les monticules de neige durcie encore entassée lorsque arrive l’été, les étendues d’eau qui charrient d’énormes blocs de glace. Et le soleil de minuit, surtout le soleil de minuit ! Deux mois, pas un jour de plus. Deux mois pour nicher. On dit que c’est la plus grande poussinière du monde. Je ne connaissais pas ce mot. Une péninsule petite sur la carte, énorme en réalité, 200 km de large, 500 de long, avec un grand lac au milieu qui lui donne son nom, Taïmyr, Таймыр, tout au Nord de la Sibérie qu’elle prolonge en s’avançant dans l’Océan glacial Arctique, comme si l’Asie ne montait pas assez haut vers le Nord, dans cette immensité du Nord où l’on entend seulement craquer les blocs de glace et siffler le vent froid qui carbonise tout sur son passage. C’est là-bas qu’elles retournent en été. Les bernaches, oui, les bernaches !! Et aussi tous ces petits tournepierres agités qui les insupportent, mais qui partiront bientôt dans la même direction et qu’elles retrouveront là-bas.

Je croyais qu’elles ne repartaient qu’en mars. Nous sommes le 17 février. Je suis allé rejoindre les bernaches à leur rendez-vous habituel, un peu avant la pointe de Loscolo. C’était l’heure de leur promenade, par groupes d’une dizaine, placides sur les vagues qu’elles chevauchent comme de vieux marins, fières avec leur col noir et leur cul blanc. Au début de l’hiver, j’allais là-bas pour les tournepierres qui virevoltent à l’extrémité des vagues, lorsque la marée vient lécher le bas des falaises. Noirs et blancs, eux aussi, mais petits et nerveux. Leur destin est de retourner indéfiniment galets et coquillages pour chercher de la nourriture, d’où le nom, presque un surnom, dont on les affuble partout où ils vont : girapiedras, turnstones, Steinwälzer… Mais plus encore que cela, leur destin est de se chamailler. L’un d’entre eux a-t-il jeté son dévolu sur un coin de la crique où ils ont coutume de se retrouver, un autre va aussitôt chercher à l’en chasser, arrivant sur lui tellement vite, sur ses pattes minuscules, qu’on croirait un danseur glissant sur le sol. Puis surgit une vague plus forte que les autres, et tous s’envolent en piaillant. Je suis injuste en disant cela, car leur cri est en réalité lumineux, argenté comme une guirlande de Noël. Et leurs ailes battent comme un stroboscope qui ferait étinceler le blanc et le noir de leur duvet sous le soleil d’hiver. Ils sont beaux d’une beauté acide. Ils vivent dans un stress permanent et même lorsqu’ils se reposent,  regroupés à une cinquantaine sur l’arête d’une falaise, il suffit qu’un retardataire cherche à se poser au milieu d’eux pour déclencher les protestations de toute la colonie.

Les bernaches, elles, vivent dans un univers différent. Elles se laissent flotter paresseusement à une dizaine de mètres du rivage. Elles se suivent par 4 ou 5, obliquant vers un espace libre entre les rochers, puis se ravisant. Les groupes se rejoignent, mettent le cap vers Loscolo ou Maresclé, puis paraissent changer d’avis. Parfois, elle se rassemblent et forment un rond comme si elles tenaient un colloque. Elles sont tellement humaines ! Lorsque la mer est forte, elles se comportent exactement comme nous le ferions, se laissant porter par certaines vagues, offrant leur dos à celles qui risqueraient de les désarçonner, ou bien plongeant sous elles s’il ne leur reste pas d’autre issue. Le secret de leur placidité est peut-être lié à leur nourriture composée exclusivement d’algues vertes et de zostères, ces sortes d’herbes qui poussent sur les fonds sableux ou vaseux. Elles ne sont pas confrontées à la recherche aléatoire de proies. Cependant, les zostères diminuent en quantité et en taille du fait de l’activité humaine qui les asphyxie, tout comme de nombreuses autres formes de vie dans l’océan. En conséquence, les colonies de bernaches diminuent elles aussi. Leur mort est statistique, elles dont les traits sont reconnaissables entre mille pour le partenaire qu’elles se sont choisi pour la vie, elles si proches de nous qu’on pourrait leur donner à chacune un nom. Duchesse, baronne… Alphonsine, Rolande… Je suis persuadé qu’elles sont saisies d’effroi et se laissent gagner par la panique lorsque la nourriture vient à leur manquer. Vous les voyez vaquer ensemble comme des familles bourgeoises satisfaites et repues. Mais leur placidité est sans doute trompeuse. Je crois qu’en période de disette, l’amour qu’elles se portent mutuellement les conduit à vouloir se sacrifier les uns pour les autres. Prenez ce dernier brin de zostère, ma chère et tendre, je me sens faiblir, je vous fais mes adieux ! Les bourgeois de la IIIe République sont partis mourir dans les tranchées de la Guerre de 14 en étreignant leurs frères ouvriers dans la boue et le sang, au milieu des rats. Les bernaches qui traversent l’Europe et l’Asie deux fois par an ne sont pas moins prêtes à affronter les épreuves, elles conjuguent la force de rêver, rêve de Sibérie au printemps, rêve de Bretagne à l’automne, et celle de survivre dans les environnements les plus rudes et les conditions les plus harassantes. Hambourg, Gdansk, Riga, Saint Pétersbourg, Mourmansk, Nosovaya, Vrontsovo… Mon regard sur elles a changé lorsque j’ai découvert tout cela. J’ai pour elles du respect, de l’admiration. Le monde animal a tellement à nous apprendre !

Mais voilà qu’aujourd’hui, j’approche de la falaise et… rien ! Quelques mouettes. Les deux aigrettes qui ont élu domicile là, au milieu des rochers en contrebas. Mais de bernaches, aucune. J’écarquille les yeux, parcours du regard toutes les directions, cherche en vain leur présence familière. Je me tourne vers la crique. Pas de tournepierres non plus. Je regarde à nouveau vers le large. La mer est vide. Elle est déserte. Elles sont parties sans crier gare. Peut-être se sont-elles rassemblées face à la plage de Loscolo un peu plus loin. Je peine à le croire. Elles sont parties, et si par hasard ce n’était pas le cas, ce ne serait que partie remise. Je sais désormais qu’elles peuvent disparaître ainsi du jour au lendemain. Elles auront tenu l’un de leurs colloques. Le temps doux est revenu, dit l’une, bientôt il fera trop chaud, l’été d’ici ramollira la faune, la flore et le cerveau des humains qui détruisent nos zostères. Restons vives, droites et fières ! Mais ma chère, 4 jours ce n’est pas grand’chose, l’air ne s’est pas encore chargé du parfum des fleurs et des bourgeons, sur la côte, seuls les mimosas ont fleuri, restons encore quelques semaines. Mais non mon brave, la Baltique, la mer Blanche et l’Arctique nous appellent ! Nous ferons escale sur la mer de Wadden (1) comme d’habitude, avant de longer les côtes polonaise et balte, si la nature n’est pas très avancée, nous y resterons un peu, puis à nous l’été boréal, à nous le soleil de minuit qui dardera ses rayons avec précautions et réchauffera doucement nos poussins sans les éblouir lorsqu’ils briseront la coquille de leurs oeufs ! Volons ! Cap à l’Est ! Cap au Nord ! Oui, oui, volons !, ont crié les autres de leurs voix légèrement gutturales comme l’est la langue des Samoyèdes (2). Leur décision concertée confirmait la voix de leur instinct. Et celle de leur désir, désir de Sibérie, désir de combat, pour que vive leur espèce !

Je me suis rendu à l’évidence : elles avaient disparu. Les tournepierres sont encore là, ils ne tarderont pas à les suivre. Ces petits êtres qui ne pèsent chacun que 150 grammes et qui affronteront comme de petits soldats les dangers d’une longue traversée. Je suis resté seul sur cette terre bretonne devenue pour eux objet de mépris après avoir été désirée. J’ai éprouvé pour la première fois la nostalgie de l’hiver. Sa rudesse à peine vaincue, voilà qu’il me manquait déjà. Ces oiseaux intrépides en étaient les symboles. Je suis reparti à pas lents et lourds, ressassant des pensées sombres. Une part de moi s’était exilée avec les bernaches, une part toujours déjà là depuis l’enfance, un rêve d’aventures, de voyages, de vastes espaces enneigés, de ciel, d’étoiles. L’espace est froid comme le sont les grands fonds sous-marins. Seuls le confort niais et la paresse sont tièdes.

Mais la journée allait me réserver d’autres surprises. La lande qui borde la côte est peuplée de prunelliers et de ronces. L’atmosphère était étrange. Je vis quelques ronces qui s’étaient enroulées autour de prunelliers comme s’ils se tenaient par les épaules. Mon esprit rendu confus les associa à « la paix des braves », un peu comme ces soldats français et russes opposés par les armes et proches dans la mort, pendant la retraite de Russie en 1812, et que l’on a choisi il y a peu d’enterrer ensemble. Mais soudain, une vision plus étrange encore vient interrompre le cours de mes pensées et de mes pas occupés à construire les premières phrases de ce texte. J’aperçois sur les branches d’un prunellier de minuscules boules orangées qui signalent sans erreur possible que le printemps s’apprête à poindre. Plus étrange encore : sur les épines acérées de ces arbustes des prolongements sont apparus, de très fines tiges jaunâtres ou blanches, ou parfois une sorte de coussinet qui remplit le même office d’en émousser la pointe. Toutes les épines n’en sont pas encore pourvues, certaines sont encore prêtes à égratigner les intrus qui s’approcheraient sans précautions. La mutation est en cours. Hier encore, les prunelliers incarnaient une géométrie faite d’angles droits, puis d’autres angles droits encore, puis à nouveau une troisième fois, à la manière des objets fractals des mathématiciens (3). Ils associaient noblesse et survie, ils survivaient avec noblesse. Comme les gentilshommes rompus à la violence des combats et des saisons, comme les dignes trappeurs du Grand Nord au verbe rare. J’aimais leur beauté sèche qui déjà s’amollit. Le printemps s’apprête à tout affadir de sa tiédeur et de ses parfums mièvres. Il fait fuir au loin les oiseaux d’hiver, il estompe les lignes hérissées des prunelliers et celles de tous les arbres dont les ramées dessinaient face au ciel des formes comparables au ramage des rênes et des cerfs.

Rentré chez moi, je me rappelle que l’hiver a aussi ses musiques. Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à jouer la cantate « Wachet auf, ruft uns die Stimme » (4). Trop difficile ! Je pose la partition sur le pupitre du piano numérique, 3 pages d’un Bach porté par le génie pur. J’entame les premières notes, lentement, plus lentement que je ne les ai jamais jouées auparavant. Je fais ressortir la basse dont la montée se poursuit alors que le mouvement de la mélodie touche déjà à sa fin. Basse et mélodie prennent ensuite leur élan sans cesser de diverger. Je m’efforce de respecter la nuance qui indique pianissimo. Une première note isolée sonne entre les deux voix qui s’observent à distance. Puis deux, comme une clochette qui avertirait : « réveillez-vous ! » Le trille s’enroule, puis la basse, toujours pianissimo descend, descend, toujours plus bas, laissant le champ libre à… Nous y voilà. Entre basse et mélodie, une voix émerge comme sortie d’une cave, d’une grotte, des entrailles de la terre ! « Zion hört die Wächter singen », « Sion entend les veilleurs chanter ». Le si bémol résonne quatre fois de suite. Après cette irruption, la mélodie se poursuit pianissimo. Puis la voix reprend de plus belle : « Son cœur saute de joie. » Le pouce de la main droite doit jouer fort tandis que les autres doigts jouent la mélodie pianissimo. Mission quasiment impossible pour qui ne possède pas une technique à toute épreuve, à moins de se laisser gagner soi-même par cet enthousiasme qui rend possibles les réalisations les plus improbables.

La voix est celle du chœur des fidèles. Ce n’est pas une voix forte, c’est une voix collective : elle est puissante et architecturée. Il faudrait l’interpréter mezzo forte… Dites cela au pouce de ma main droite ! Il faudrait lui faire comprendre que ce chœur, qu’il a pour fonction d’interpréter, est le témoin et le récitant des sentiments qu’éprouvent les habitantes de Sion alors que Jésus fils de Dieu vient à leur rencontre. Ces sentiments ne sont pas ceux du chœur, mais il les partage. L’empathie qu’il ressent lui fait connaître la joie qui déborde du cœur des jeunes filles. C’est beaucoup pour un pouce !

On nous dit que le texte repris par Bach est une adaptation de la parabole des 10 vierges dans l’évangile selon Saint Matthieu : le royaume des cieux est comparable aux 10 vierges, 5 sages et 5 folles, qui vont à la rencontre de l’époux. Au milieu de la nuit, on crie « Voici l’époux ». Toutes préparent leurs lampes, mais les folles ont oublié l’huile. Les sages refusent de leur en donner et les folles partent en acheter. Quand elles reviennent, les 5 sages sont avec l’époux dans la chambre des noces. Les folles crient : « Seigneur, ouvre-nous ! », mais il leur répond : « Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure. »

Un agnostique vous dirait que cela n’est guère chrétien… Pas plus d’ailleurs que les autres paraboles auxquelles il est également fait référence. Celle des mines, par exemple, dans l’évangile de Saint Luc, où le maître conclut ainsi : « Je vous le dis, on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence. » Quant à la parabole des talents qui se termine à peu près de la même façon, vous y verrez un Christ qui conseille à ses disciples de faire fructifier leur argent et demande de jeter dans les ténèbres extérieures, où « il y aura des pleurs et des grincements de dents », le serviteur qui n’a pas placé à la banque le « talent » qu’il lui a laissé et ne lui a pas rapporté d’intérêts ! Voilà un Dieu peu connu des Catholiques, et pour cause ! Le choral de Bach s’inscrit dans un genre typique de la Réforme luthérienne qui s’est produite chez un peuple de commerçants, de banquiers et d’entrepreneurs. La joie qu’expriment les Allemands réformés est vive. Pensez à une autre cantate, « Jésus que ma joie demeure », qui tournoie comme un derviche pendant 4 pages et cause aux pianistes qui s’y risquent tendinites, crampes et inflammations ! Mais le pendant de cette « joie » est pour les lecteurs assidus de la Bible que sont tous ces Luthériens, la représentation d’un dieu sévère, cruel, vengeur, un dieu qui serait perpétuellement en colère !

Voilà, auguste pouce, ce qu’il y a dans cette cantate. Voilà, cher appendice, pourquoi on te demande de répéter la même note 5 fois dans une phrase musicale dépouillée de toute sentimentalité, ou carrément, pour mieux dire, de toute humanité ! As-tu remarqué, que les autres doigts ne te demandent jamais d’amorcer un crescendo ou un diminuendo qu’ils poursuivraient ensuite ? La raison en est que la musique produit ici l’équivalent des à-plats en peinture : tu restes dans une même couleur jusqu’à un contour à partir duquel tu la remplaces brusquement par une autre, un procédé habituel dans les bandes dessinées, mais presque inexistant dans la nature où tout, quasiment, repose sur des continuités. Eh bien, dans cette cantate, tu appliques une nuance, puis tu la modifies brutalement, puis la même chose encore, tu les fais s’entrechoquer, puis tu en mets deux en même temps qui se regardent en chiens de faïence, puis tu les sépares à nouveau. C’est un jeu abstrait, arithmétique pourrait-on dire, comme passer d’un chiffre à un autre, comme passer d’une réalité naturelle à une abstraction mathématique. Oui, c’est remplacer la vie par autre chose, non, pas la mort, l’au-delà peut-être, sans doute riant, du moment que l’on n’appartient pas à la catégorie des vierges folles qui ont oublié l’huile pour leurs lampes. Mais malgré le mal que je m’autorise à en dire de façon quelque peu irrespectueuse, comment vous faire comprendre à quel point cette cantate me touche ? Serait-ce parce qu’elle vise une perfection, et qu’elle la vise si bien qu’elle finit par l’atteindre, contre toute évidence, mais pour s’apercevoir qu’elle a tort de faire ainsi croire, par son exemple, que l’on peut atteindre la perfection, tort de dénigrer en actes l’imperfection qui sied tellement mieux à notre condition d’humains ?

Et maintenant, tout s’explique, comme à la fin d’un roman d’Agatha Christie !  Écoutez Vercors, qui exprime, dans Le silence de la mer paru en février 1942, ce que fut le long hiver de l’Occupation allemande. Un officier cultivé et francophile a réquisitionné une chambre chez un Français âgé et sa nièce, qui se sont murés, face à lui, dans le silence. Il finit par jouer sur leur piano le 8e prélude et fugue extrait du Clavecin bien tempéré de Bach.

« Il joua seulement le Prélude. Il se leva, rejoignit le feu.

–  « Rien n’est plus grand que cela », dit-il de sa voix sourde qui ne s’éleva pas beaucoup plus haut qu’un murmure. « Grand ?… ce n’est pas même le mot. Hors de l’homme, — hors de sa chair. Cela nous fait comprendre, non : deviner… non : pressentir… pressentir ce qu’est la nature… désinvestie… de l’âme humaine. Oui : c’est une nature divine et inconnaissable … la nature… musique inhumaine. »

Il parut, dans un silence songeur, explorer sa propre pensée. Il se mordillait lentement une lèvre.

— Bach… Il ne pouvait être qu’Allemand. Notre terre a ce caractère : ce caractère inhumain. Je veux dire : pas à la mesure de l’homme.

Un silence, puis :

— Cette musique-là, je l’aime, je l’admire, elle me comble, elle est en moi comme la présence de Dieu mais… Mais ce n’est pas la mienne.

« Je veux faire, moi, une musique à la mesure de l’homme : cela aussi est un chemin pour atteindre la vérité. »

Mon texte s’arrête ici lui aussi. En dire plus serait inutile, vous avez déjà compris. L’hiver dit la vérité des formes mises à nu. La vérité se dit en grec « alètheia », α – λήθή – ια, ce qui signifie « dé-voile-ment », « lever le voile » (5). Bach et son arithmétique m’évoquent les prunelliers et leur géométrie. Les bernaches ont la passion de l’hiver et du Nord, conjuguée à celle de l’aventure et du voyage. Elles connaissent beaucoup de secrets. Je les imagine chanter en choeur dans une église réformée de Saxe, avant de repartir vers l’Est, elles aiment certainement aussi Tchaïkovsky…

(1) La mer de Wadden couvre sur 10 000 km2 la côte baltique de l’Allemagne. Composée de chenaux de marée, de barres sableuses, de vasières, de lagunes et d’îles, elle est reconnue comme réserve de biosphère depuis 1990 par l’UNESCO. Les bernaches cravants s’y arrêtent deux à trois semaines à l’aller comme au retour de leur traversée entre les côtes françaises et la Sibérie.

(2) Les Samoyèdes sont l’un des peuples nomades qui vivent sur la péninsule de Taïmyr.

(3) Ce sont des objets mathématiques qui, à l’image des poupées russes, présentent une structure similaire à toutes les échelles.

(4) « Réveillez-vous, nous appelle la voix ». C’est une cantate de Jean-Sébastien Bach écrite pour 8 instruments, 3 voix solistes et un chœur de 4 voix, composée à Leipzig en 1731. Bach lui-même l’a transcrite pour orgue. Ferruccio Busoni, compositeur italien de la fin 19e siècle début 20e  en a fait la transcription pour piano. On peut l’écouter par exemple par Jean Lisiecki : https://www.youtube.com/watch?v=6J83f5Mblrw

(5) voir Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part.

5 commentaires sur “Quatre petits jours et puis s’en vont !”

  1. merci Gérard pour ce beau texte aux airs “Kunderien” (le néologisme de Kundera) qui, si ma mémoire ne me trahit pas trop, fait le lien avec la réponse de VL, car il me semble qu’il y a un passage sur la parabole des talents dans un de ses romans.
    Tout cela comme une plage ensoleillée sous le ciel un peu plombé actuel!
    jm

  2. Magnifique texte , quel talent !
    Belle illustration de la parabole des talents, bien connue de ceux qui ont reçu une éducation catholique.
    Parabole , qui va plus loin que la parole

    Tu es la « banque «  de tes dons , talents , que tu te dois de faire fructifier, et cet « art » est une des façons de vivre qui t’élèveras au dessus des émotions primaires qui te dominent car tu n’en est pas responsable ni coupable .
    Les textes mystiques des religions monothéistes nous donnent à voir des facettes différentes d’un Dieu qui nous ressemble forcément, puisque décrit avec nos mots , nos émotions et notre conscience .

    Faire que ces interprétations et projections cessent de nous faire nous entretuer un jour !!!

    Les hindouistes ont la chance d’avoir autant de dieux à vénérer que d’émotions à exprimer !

    Vive la biodiversité !!!

    1. Merci à toi, François, pour ce commentaire ! Oui, je connais le choral Ich ruf’ zu dir, Herr, je l’ai un peu joué il y a quelques années. Je n’avais encore jamais écrit autant sur la musique, sur Bach, comme par hasard, mais c’est aussi que je n’ai pas osé pousser au-delà de Vercors et imaginer ce qu’il se passerait si on mettait à la place de la culture allemande celle des Russes, les Orthodoxes à la place des Luthériens… Ç’aurait été aussi mon seuil d’incompétence. Tu dis que je parle de la paresse. J’ai dû me relire, pour voir qu’effectivement, le mot apparaît une fois et pour dire qu’elle est tiède, sous-entendu comme le confort et comme le printemps auquel j’ai pris le parti dans ce texte de préférer l’hiver. Voilà sincèrement un sujet sur lequel je ne saurais pas écrire et encore moins après avoir passé deux nuits à travailler sur ce texte ! Je respecte la paresse, comme tout, mais j’avoue que j’ai quelquefois du mal… Quant à l’Open d’Australie, mon kiné le regardait en me massant mon épaule abimée. Je l’ai fait rigoler en lui parlant de MacEnroe…

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