« Recycler, c’est quelque chose qu’il va falloir qu’on se mette dans le crâne »

Interview de Gilles Foucher, 52 ans, mytiliculteur et mareyeur. Il est président de l’entreprise Foucher Maury, président de l’association du « Hameau de Loscolo », cogérant et membre fondateur du Groupement de producteurs mytilicoles de Pénestin.

Gilles Foucher : Je voudrais parler, pour commencer, de la place de la mytiliculture à Pénestin. Elle est symbolisée sur la bannière de la commune par la présence de pieux de bouchots.

 Sur ton blog, la mytiliculture a été présentée comme une « industrie ». C’est quelque chose qui m’a énervé et choqué. A Pénestin, elle représente 3 500 tonnes par an. A titre de comparaison, au Mont Saint Michel, ce sont 15 000 tonnes. On ne joue pas dans la même cour. Nous, nous sommes 35 mytiliculteurs. En moyenne, cela fait donc 100 tonnes par entreprise. A 2 euros le kilo (je ne parle pas du prix public, évidemment), cela fait par entreprise une moyenne de 200 000 euros h.t. de chiffre d’affaires.  

Donc, quand on me parle d’industrie, cela me choque, parce que quand on parle de milliards ou même de millions d’euros, nous, nous n’arrivons pas même pas au million. Si on multiplie 35 par 200 000, on retrouve les fameux 7 millions d’euros qui correspondent au chiffre d’affaires global de la profession à Pénestin.  

Gérard Cornu : D’accord. Si tu critiques mon blog en pensant qu’il est parfois partisan, je ne sais pas si tu te rappelles qu’au début de la deuxième réunion publique, tu étais avec Sylvain Chiquet, et je vous ai dit que j’allais montrer de quoi j’étais capable en faisant un compte rendu de cette réunion qui satisferait et les uns, et les autres. Je l’ai fait en trois parties, tu te rappelles sans doute. J’ai fait un vrai boulot que personne ne fait, ni Ouest France, ni L’Écho de la Presqu’ile, ni le Bulletin Municipal, ni personne d’autre. 

« Je suis un paysan de la mer. » 

GF Je veux te dire que je suis un agriculteur de la mer, un paysan de la mer et le mot industriel me choque. Moi, je fais un peu plus de 300 tonnes.  

GC Je pense être capable de t’expliquer dans quel sens j’ai dû utiliser ce terme. Je ne sais plus si c’est moi-même qui l’ai écrit, ou si c’est une personne que j’ai interviewée. Je pense qu’il y a des « processus d’industrialisation ». Ca ne veut pas dire que vous êtes une industrie : selon un critère de taille, vous restez effectivement à une petite échelle. Mais à un moment donné, quand vous mécanisez la production, etc., ce n’est plus la même façon de travailler, il y a un processus qui s’industrialise

GF … qui se mécanise, plutôt. Je n’ai pas connu cette époque-là, mais les gens ramassaient les moules au râteau à lames pour prendre les paquets qui sortaient des pieux de bouchots. C’est un travail qui était très physique. Les moules étaient plus grosses et on ne prenait que ce qui sortait du pieu. C’est un travail qui était compliqué et qui cassait le dos. Le schéma que tout le monde a ensuite adopté, partout en France, a été la “pêcheuse“, qui prend l’ensemble du pieu avec dedans des petites moules, et évidemment des moyennes et des grosses. 

GC Tu expliques qu’il y a eu une série d’évolutions dans la mytiliculture. C’est bien cela ? 

GF Oui, bien sûr. Par contre, la surface des concessions reste la même. La densité des pieux a pour sa part évolué à deux niveaux. Le premier, c’est qu’il y a eu un remembrement à Kervoyal, il y a eu création de zone. Au niveau de l’aménagement de la Vilaine, compte tenu de la dessalure, il a fallu reculer nos bouchots. On a créé la zone de Kervoyal, et ça s’est mécanisé encore plus. Mais la mytiliculture a commencé à se désengager de la Vilaine pour aller plus vers Maresclé, le Bile et surtout la baie de Pont Mahé. C’était trusté par une famille, la famille Métayer, notamment Pascal Métayer avec son GFA, groupement foncier agricole. Et puis, au fur et à mesure qu’il revendait, ceux qui reprenaient, dont moi, nous avons un peu plus densifié les pieux, parce que, vraiment, il avait ses pieux très espacés. Comme il faut aussi rembourser la concession, nous avons dû densifier un peu plus. Mais on fait toujours la même qualité de moules à Pénestin. La preuve, c’est qu’elles sont quand même très reconnues, au point qu’elles vont même entrer dans le patrimoine immatériel du goût de l’UNESCO, via la confrérie des bouchoteurs. 

Voilà, ça, c’était la partie sur nos concessions. Mais le nombre de concessions n’a pas bougé depuis 100 ans. On les a densifiées un petit peu, mais ce sont les mêmes. A part Kervoyal où il y a eu un glissement de zone qui se trouvait près de l’embouchure de la Vilaine, et qui s’est remembrée, au sud de Damgan. 

3 entreprises commercialisent plus de 50% de la production de Pénestin. La famille Bizeul, au Lomer, qui sont les plus grands mytiliculteurs de Pénestin et qui veulent venir sur la zone de Loscolo. Puis il y a L’Estran, anciennement maison Richeux. Ils rachètent les moules aux autres producteurs de Pénestin, et travaillent 8 mois sur 12. Eux aussi veulent venir sur le site de Loscolo. Et puis, il y a Le Groupement où nous sommes 8 mytiliculteurs. Avant, nous étions 10, mais il y en a deux qui sont partis à la retraite. Jean-François Gouret, notamment, a vendu à des jeunes du Groupement. A 8, nous faisons maintenant à peu près 800 tonnes, on revient aux mêmes proportions. 

« Il y a la turbidité, le réchauffement et un peu de dessalure. » 

Pourquoi veulent-ils tous déménager à Loscolo ? Parce que nos bâtiments sont quand même inadaptés. Les dernières constructions remontent aux années 1980. L’opportunité pour nous, c’est de partir à Loscolo. Moi, quand j’ai commencé en 2005, on m’a dit « ne t’inquiète pas, dans un an ou deux, Loscolo va ouvrir. » Sur les trois qui veulent aller à Loscolo, il y en a deux qui viennent du Logo, et le Logo est le site qui va poser le plus de problèmes dans les années à venir. Il y a la turbidité, le réchauffement et un peu de dessalure. Avec Loscolo, nous aurons un site de grande qualité pour l’eau de mer. Tu vois bien que si les touristes viennent au Maresclé, c’est que l’eau y est belle. Il faut voir aussi que si nous sommes au site de Loscolo, nous ne sommes pas loin du Maresclé et de Poudrantais, et pas loin non plus de la zone du Bile et donc de la baie de Pont-Mahé. Pas très éloignés non plus de la Vilaine. C’est vrai que ceux qui sont à Kervoyal auront un peu plus de route. Avec Loscolo, nous ne sommes pas au milieu, mais un peu plus vers le Sud. Mais ça correspond également à la mytiliculture de Pénestin qui a dévié plus dans cette direction. C’est pour ça que Loscolo est un site qui me paraît bien. 

Alors, on va toujours parler de biodiversité. Tu vas me dire que 8,5 ha, ce n’est pas rien. Effectivement, ce n’est pas rien. Mais c’est une zone qui nous est réservée depuis 2008. C’est une zone qui est marquée en ACA, zone réservée à la mytiliculture, depuis cette époque. C’est vrai qu’en 10 ans, la nature a repris ses droits. Les arbres ont grandi et ont grossi, les feuillus se sont étoffés, les batraciens sont revenus y nicher. Je comprends tout ça. Mais c’est une zone qui nous était réservée depuis 2008. Je vois bien que Dominique Boccarossa nous dit « 8,5 ha, c’est énorme ».  

GC 8,5 ha, plus les voies d’accès et les ronds-points.  

GF Oui, mais 8,5 ha qui ne seront pas entièrement bitumés, on va y revenir. M. Boccarossa me dit aussi : vous ne vous rendez pas compte, vous n’avez pas retiré le projet d’accès à la mer dont il avait été question via une cale aménagée entre Maresclé et Loscolo. Si cela peut rassurer Dominique, je suis président du « Hameau de Loscolo », et c’est évident que ce projet est abandonné. Je suis écologiste autant que Dominique, et je suis persuadé qu’on ne peut pas aller vers un saccage complet de la falaise. Évidemment, on n’y touchera pas. Ce qu’il faut bien voir, c’est qu’avec une zone dédiée à la conchyliculture, on va enfin pouvoir séparer (ce qui n’est le cas jusqu’à présent sur aucun site de Pénestin) : l’eau de mer va repartir à la mer ; les eaux usées – quand on lave nos tracteurs ou nos bacs, ça peut contenir des bactéries et autres cochonneries -, ça retournera dans le domaine des eaux usées ; et les eaux pluviales, on pourra les récupérer et s’en servir en recyclage pour nettoyer nos camions et compagnie. Ça, c’est l’avenir. L’eau, pour moi, c’est très précieux. Au moins autant que la nature des 8,5 hectares. Et donc, il faut absolument que l’eau de mer reparte à l’eau de mer, après traitement, évidemment, mais ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle à Pénestin. Et puis les eaux usées qui sont vraiment dégueulasses actuellement, on fout un coup de jet et inch allah, ça repart à l’eau. Là vraiment, il faut arrêter et maintenant ce sera séparé. On va aussi apporter à nos salariés un confort de travail bien meilleur que ce qu’on a actuellement. On a essayé de pousser les murs, on n’y arrive pas, on est rendus dehors. Évidemment, je comprends bien qu’il y a des nuisances à l’extérieur avec nos bâtiments. A Loscolo, les nuisances seront maîtrisées. On sera dans des bâtiments confinés, donc il y aura beaucoup moins de bruit. Aux réunions publiques, les gens disaient « faites attention avec les feux de recul de vos chariots élévateurs ». Il n’y aura plus de chariots élévateurs. Les tracteurs arriveront dans nos bâtiments. On va vraiment améliorer les choses. Tant qu’à avoir un projet nouveau, on va faire les choses différemment. Avec Sylvain Chiquet, nous allons emmener Chloé Denise et d’autres personnes de Loire Atlantique Développement voir à L’Aiguillon, à La Plaine sur Mer et à Cancale comment les choses se passent. 

« Faire venir le public pour découvrir notre métier. » 

Pour les bâtiments nouveaux à Loscolo, en tout cas ceux du Groupement, il y aura du photovoltaïque. Il faut être autonomes le plus possible. Donc on va améliorer les choses par rapport à maintenant où on dépense sans compter. Nous, ce qu’on veut, c’est revendre notre électricité, parce que nous, le Groupement, nous ne travaillons que 4 ou 5 mois dans l’année. Donc, le reste du temps, on pourra peut-être revendre notre énergie. Le bâtiment nous coûte cher et on ne vendra pas plus cher nos moules parce qu’on a un bâtiment neuf. Il va bien falloir qu’on l’amortisse. Donc pour amortir, il faut réduire les coûts et le photovoltaïque fait partie des choses à mettre en place, et aussi le fait que le tracteur rentre directement dans notre hangar en évitant le bruit et beaucoup de choses comme ça qui constituent des améliorations. Et puis, mais ce n’est pas encore complètement décidé, il n’est pas exclu que certains d’entre nous fassent venir le public pour découvrir notre métier, avec une mezzanine pour que les gens puissent monter et nous voir travailler en-dessous. Puis on fera une petite dégustation en espérant que les gens viendront manger et qu’ils emporteront deux ou trois kilos de moules pour nous aider à amortir un peu les frais du bâtiment. Il nous faut donc un bâtiment neuf pour être en toute sécurité pour nous, nos familles et le public. 

Le point suivant, c’est que Loscolo est un projet long. Comme je t’ai dit, quand je suis arrivé en 2005, on m’a dit que d’ici un an ou deux je serais là-bas. C’est un projet qui est très long, qui remonte à 1996 à ce qu’on m’a dit, à la demande de quelques mytiliculteurs, dont Bernard Thobie qui avait 35 ans à l’époque et qui maintenant est rendu à la retraite et a donc passé la main. En 2003, l’IAV (institut d’aménagement de la Vilaine), qui avait déjà à cette époque-là des prospectives d’envasement – mais ne voulait pas nous le dire – avait dit « tiens on va regarder comment faire pour améliorer » – j’avais noté la phrase – ils souhaitaient « évaluer et développer la conchyliculture, compte tenu de la dessalure des eaux ». Ils avaient donc prévu leur coup, plus ou moins, en disant « le Logo et le Scal, ça va être foutu, ou disons ça va être plus problématique dans les années qui viennent ». Et malheureusement, on se rend compte 20 ans après… 

GC Le Logo plus que le Scal. Parce que les personnes qui sont au Scal n’ont pas tellement envie de bouger… 

GF Pour l’instant, non. 

GC Ils y sont plutôt bien. Ils ont les ateliers à côté de leurs maisons. 

« C’est un gars de Paris avec de l’argent qui viendra pour avoir une vue sur la Vilaine » 

GF C’est sûr. Mais est-ce que ce sera autorisé dans les années qui viennent, d’avoir sa maison à côté de l’atelier ? Parce qu’il faut bien voir, c’est que quand ces gens-là partiront à la retraite, s’ils n’ont pas de descendants ou s’ils ne peuvent pas vendre, ça va être un gars de Paris qui va venir, qui aura de l’argent pour avoir vue sur mer 

GC Vue sur la Vilaine… 

GF Oui, vue sur la Vilaine. Il faut se poser les bonnes questions. Alors, évidemment, on demande 8,5 ha pour le site de Loscolo. Mais tous les sites conchylicoles, tous les mytiliculteurs, ostréiculteurs, conchyliculteurs dans le golfe du Morbihan, reculent et vendent à des particuliers qui ont de l’argent pour avoir une vue sur le golfe. Ça me gêne un peu. Normalement, si c’est de la conchyliculture, ça reste dans la conchyliculture. En 2005, l’Etat a choisi Pénestin comme site pilote pour trouver une zone conchylicole. En 2006, l’IAV a commencé à racheter les terrains, dont le Groupement, là où nous sommes actuellement.  

GC C’est-à-dire que les terrains vous sont loués pour un euro symbolique. 

GF C’est ça. Et il faut être honnête. Le deal, c’est que quand Loscolo se fait, vous êtes les premiers à partir. Les bâtiments ont été vendus et voilà pourquoi maintenant on est prêts à partir. C’était le deal. Il date de 2006, ça fait 13 ans. On nous avait dit à l’époque, ça va durer 5 ans grand maximum pour aller à Loscolo. Ça a redémarré en 2016 quand le projet a été voté par Cap Atlantique, à l’unanimité, les élus de tous bords, de droite, de gauche, les écolos au milieu. Après, ça a été voté par la mairie, avant ou après, je ne sais plus très bien. Mais ça a été voté à l’unanimité aussi. Dominique Boccarossa est en colère contre les gens qui ont voté ainsi, mais il y a certainement une raison si ils ont voté à l’unanimité. Il faut toujours se poser des questions. Cap Atlantique, à l’unanimité, la mairie à l’unanimité, le CoDERST (conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques) à l’unanimité. 

GC J’allais le dire. Le CoDERST à l’unanimité alors qu’il y a des gens comme Bretagne Vivante, etc., c’est un peu surprenant. J’ai contacté Bretagne Vivante pour les rencontrer et savoir comment la réunion s’est déroulée, quels ont été les arguments échangés, mais je n’ai pas de réponse. 

GF Parce qu’ils n’ont peut-être pas lieu de te répondre, mais moi j’étais au CoDERST… 

GC Ah, tu y étais, au CoDERST ? 

GF Oui, pour représenter les mytiliculteurs. Il y avait une trentaine de personnes, le représentant du préfet, la DDTM, le président du CRC…

GC Alors, la discussion sur Loscolo a duré combien de temps ? Il y avait une série de dossiers, une trentaine, j’imagine. 

GF Ah non, il y avait 4 ou 5 dossiers.  

GC Et il y a un rapporteur ? 

GF Oui, il y a un rapporteur. Il y une présentation qui est faite de notre dossier. Et après, les gens autour nous posent des questions et on y répond du mieux qu’on peut. 

GC Et il y a eu beaucoup de questions ? 

GF 5 ou 6. Ça a duré à peu près 15 à 20 minutes, et c’est l’un des dossiers qui ont été votés à l’unanimité. 

GC Et les associations comme Bretagne vivante vous ont posé des questions ? 

GF Oui, je suppose que c’était cette dame. Elle nous a interrogés tant sur la prise d’eau à la mer que surtout sur la partie environnementale et sur les compensations, on va en parler tout à l’heure. 

GC Et c’était plus questions / réponses ou discussion, c’est-à-dire que eux ne s’expriment pas sur leurs analyses, etc. ? 

GF Oui, on nous pose des questions, puis on nous fait sortir, ils délibèrent. Ensuite une dame sort et nous dit : « votre projet a été accepté à l’unanimité ». On s’en va merci au revoir.  

GC Et vous allez boire un coup pour fêter ça ? 

GF Même pas. D’ailleurs, tu avais écrit ça pour la première enquête publique, quand le préfet a donné un avis favorable. Tu avais écrit « tiens, ils ont dû sabler le Champagne ». Ça m’a choqué. Personne n’a sablé le Champagne. 

GC Je ne sais plus exactement, mais j’ai dû écrire « peut-être » et faire une supposition : « certains doivent sabler le Champagne et d’autres non »

GF Eh ben non ! Moi, ça me semble tellement logique comme processus, quand c’est voté par tout le monde… 

GC C’est étonnant. Donc ça, ça t’es resté. C’est intéressant à savoir, parce que moi, je… 

« Il nous faut une zone, et il nous faut cette zone-là. » 

GF Un combat comme celui pour Loscolo – je n’en fais pas un combat personnel, c’est un combat pour le compte de l’entreprise du Groupement – ce n’est qu’un début. Une fois qu’on aura la zone, il faudra rembourser, rentabiliser, donc si tu veux, ce n’est pas gagné. Ce sera gagné dans 10 ans, quand on aura remboursé notre prêt. Voilà, moi je n’ai aucune victoire dans ce domaine-là. Il nous faut une zone, et il nous faut cette zone-là. On va y revenir. 

GC Oui, on va y revenir. Moi, j’ai quelques questions, mais je te laisse développer tes arguments avant de les poser. 

GF Mais sabler, sabrer le Champagne, non. D’ailleurs, je ne sais pas si tu te souviens, je t’avais envoyé un mail pour te dire que tu avais écrit « sabler le Champagne », alors qu’on dit « sabrer »

GC Ah oui, c’est vrai il me semble. Oui, c’est vrai (rires). 

GF Mais donc, tu vois bien, on a gagné, enfin… on a eu gain de cause sur la première enquête publique où la dame avait jugé que Loscolo était d’utilité publique. Il n’y a pas eu de recours. Je pense que là, il y a eu une erreur de votre part, enfin de la part des opposants en tous cas. 

GC Oui, ne me mets pas dans le même panier. Je t’interviewe en tant que journaliste. 

GF Après, il y a eu une deuxième enquête avec la partie environnementale et la partie eau de mer, la partie prise d’eau à la mer. Ce n’est pas ça qui pose problème, puisque l’eau de mer, il y en a tellement. Mais il est vrai qu’on pouvait nous reprocher deux choses : la première d’être trop près de la côte et la seconde que la pompe risquait d’aspirer des petits jeunes, comme semblait vouloir dire Madame Dupé pour ses enfants. Alors on la rassure. Plus tard, dans le comité de suivi, dans le cahier des charges, on peut très bien dire : on ne pompe que la nuit, on ne rejette que la nuit. 

GC Donc ça, vraiment, c’est un choix possible ? Si c’est un point qui pose problème. 

GF Dans le cahier des charges qu’on va faire tous ensemble, ça peut très bien être une des choses qu’on va décider, et dans ce cas, il n’y a plus aucun problème.

« L’eau de mer, maintenant, c’est plus open bar ! » 

GC Mais vous avez aussi des impératifs de rentabilité… 

GF Non, mais non. C’est de l’eau de mer pour une réserve d’eau de mer, et après, chacun va en prendre et va la traiter chez soi. On ne va pas tout claquer en une journée, d’autant plus que l’eau de mer, maintenant, on va la payer. Ce sera symbolique. Il y aura un coût d’entretien pour la pompe, etc. On va devoir gérer, même de l’eau de mer. Donc, plus on pourra la recycler, plus on pourra la remettre en circulation, et mieux ce sera – parce que maintenant, c’est plus open bar ! S’il faut gérer l’eau de mer comme on gère déjà l’eau du robinet, il faudra qu’on soit plus intelligents et qu’on pense à recycler. C’est un mot qu’il faudra bien qu’on se mette dans le crâne. 

GC Est-ce qu’à ton avis, il y a des risques que la pompe se bouche avec des méduses ? 

GF Non, impossible. Parce que le principe qui a été retenu, c’est une buse qui est en hauteur avec un chapeau, et en fait l’eau va passer sous le chapeau. Et regarde bien chez tous les mytiliculteurs qui pompent, au Scal, au Lomer et compagnie, il n’y a aucun problème de cet ordre-là. Il y a des crépines qui se bouchent, il y en a qui cassent, ce sont des problèmes mécaniques, c’est de l’entretien courant, parce que le problème de l’eau de mer, c’est que ça ronge. Ça, c’est indéniable, mais des problèmes avec les méduses, non. Pour la distance de la prise d’eau, je ne suis pas technicien, on m’a présenté le projet comme étant au large de la plage. Dont acte. 

GC Il y a un riverain pas loin d’ici qui a répondu à l’enquête publique en disant que les pompes devraient se trouver derrière l’île de Belair. Là, c’est vrai qu’on est proches de la plage. 

GF Je t’invite à venir voir la prise d’eau qu’a Damien Richeux, qui pompait anciennement chez Noël Delalande. C’est un genre de chapiteau comme ça, tu verras, c’est rien. C’est un truc qui est large comme ça, comme ta table, en béton, et la pompe se trouve au fond. Évidemment, lorsque l’eau passe par-dessus, elle passe sous le petit toit qui est très large. Il n’y a aucun risque. 

GC Vous êtes une profession assez complexe, assez technique, et il y a beaucoup de petits éléments comme celui-là. Si on les traite un par un, on avance progressivement vers une meilleure connaissance de vos métiers. 

GF C’est pour ça que quand tu disais : « j’espère que le préfet ne suivra pas l’avis du commissaire enquêteur »… 

GC Oui, là je m’étais exprimé à titre personnel. Ce n’était pas un reportage, mais un article d’opinion. 

GF Quand tu vois la mairie, Cap, le CoDERST qui votent à l’unanimité, comment tu voulais que le préfet puisse faire autrement ? 

GC J’ai des arguments que je te soumettrai, je ne sais pas si maintenant ou tout à l’heure.  

GF Oui, tout à l’heure. Moi, dans ma tête, je me suis dit que c’était évident, si tout le monde votait à l’unanimité. Je n’ai pas voulu répondre sur ton blog… 

GC Sincèrement, si tu avais répondu, ça aurait lancé le débat, d’autres personnes auraient répondu aussi. L’écrit est un excellent moyen pour confronter les idées. 

GF Oui, mais à un moment donné, on ne voulait pas communiquer. Maintenant, je viens chez toi, tu m’accueilles et c’est hyper sympa, on échange et tu feras ton papier. Et je communiquerai encore dans les semaines à venir suivant ce qui va se passer. Mais je ne suis pas quelqu’un qui aime se montrer. Je suis plutôt un homme de l’ombre. 

GC Oui, je comprends très bien. Ton boulot, c’est la mytiliculture et le mareyage. Ce n’est pas de communiquer. Mais il y a de moments où ça devient nécessaire.  

GF En tous cas, le planning tel qu’on le prévoit, c’est : dépôt du permis de construire fin 2019 ; début des travaux en 2020. Mais nous, notre saison commence en juillet et on ne peut pas faire un bâtiment en 6 mois. Donc on serait prêts pour être dans nos bâtiments en juillet 2021.

A suivre…

1 commentaire sur “« Recycler, c’est quelque chose qu’il va falloir qu’on se mette dans le crâne »”

  1. Bravo Gérard pour ta persévérance à vouloir instaurer un débat sur Loscolo ce que ni CAP, ni la municipalité n’ont fait. J’ai apprécié qu’après avoir donné la parole à D Bocarossa opposé au projet, tu ouvres tes colonnes à G Foucher qui apporte son point de vue d’une façon clairement argumentée.
    Je suis Pierre Blaize habitant Pénestin à l’année, s’intéressant à la vie de ma commune d’adoption. J’ai étudié les dossiers fournis par CAP Atlantique, participé aux deux réunions publiques au cours desquelles j’ai posé des questions. Depuis je suis cette affaire au fil des informations qui paraissent de différentes sources. Je m’estime donc assez informé pour donner un point de vue argumenté sur l’affaire Loscolo, d’autant plus que je n’ai aucun intérêt personnel en jeu.
    Tout d’abord, un aveu, je ne suis ni pour ni contre l’implantation de la mytiliculture à Loscolo. Non, je ne suis pas normand, mais 100% breton du Finistère.
    Je vais essayer d’éclaircir ma situation inconfortable “entre deux chaises”.

    Je suis pour car :
    Les chantiers du Scal, du Lomer et celui du Logo ne bénéficient pas de conditions de travail satisfaisantes (j’ai pu m’en rendre compte lors de la visite que j’ai faite).
    L’envasement de la Vilaine ne va pas aller en s’améliorant et la qualité des eaux sera de moins en moins bonne et nécessitera des traitements.
    La montée des eaux des océans semble s’accélérer comme l’ont constaté les spécialistes de la question, et à part le Scal, les deux autres chantiers seront de plus en plus soumis à des inondations, sinon à submersion. C’est déjà arrivé au Logo lors de la tempête Cynthia.
    Il est possible que les bouchots de l’embouchure de la Vilaine ne soient plus exploitables à moyen terme comme ce fut le cas pour ceux situés en amont. Cela réduira l’intérêt d’avoir des chantiers à proximité.

    Je suis contre car :
    Seule une petite partie des chantiers ira à Loscolo même si ce sont ceux qui revendiquent la part la plus importante du tonnage traité.
    Les autres mytiliculteurs, principalement des récoltants n’ont pas manifesté d’intérêt pour un déménagement pour différentes raisons dont le coût.
    La renaturation des sites libérés est reportée à une date indéterminée et conditionnées par des financements de différents organismes. Pour le moment on en est aux déclarations d’intention.
    Rien n’est fait pour inciter les mytiliculteurs qui ne veulent pas déménager à le faire. A la fin de la première réunion publique, monsieur Baudrais, à qui je posais la question en aparté, m’a répondu que l’on ne pouvais pas les obliger à aller à Loscolo, mais qu’ils y seraient contraints par l’évolution des normes sanitaires et de conditions de travail sans préjuger d’autres contraintes.
    Une surface importante de terres est sacrifiée pour un projet qui n’intéresse que peu de mytiliculteurs.

    Voilà le constat que je fais à partir de la connaissance que j’ai du projet. Alors que faire ?
    Voici mon idée que je soumet au débat de celles et ceux qui voudront bien me lire sans à priori.

    L’objectif que vise ma proposition est de regrouper la totalité des chantiers à Loscolo et d’inclure dans le financement de cette opération le budget nécessaire à la renaturation des sites libérés.
    Pour cela je fais les propositions suivantes :
    Le projet actuel doit être arrêté et les travaux ne doivent pas débuter, malgré les approbations préfectorales. Les études diverses contenues dans le dossier seront actualisées en fonction des besoins réels.
    Le financement de la renaturation fera partie de l’étude et apparaîtra clairement
    Le projet sera redimensionné aux besoins des entreprises mytilicoles de Pénestin exclusivement.
    Des prêts sans intérêt seront consentis aux entreprises qui devront obligatoirement s’installer à Loscolo. La commune de Pénestin a des finances saines et les taux d’emprunt sont faibles actuellement. De nombreuses communes de France ont choisi des formules de ce genre pour inciter boulangers, épiciers ou médecins à s’installer chez eux.
    La mytiliculture est vitale pour notre commune. Quand l’activité du bâtiment baissera, ce qui est inévitable, ce sera la principale source d’activité.
    De nombreux mytiliculteurs vont partir en retraite dans les prochaines années. Que ce soit un de leurs enfants ou un jeune voulant s’installer, la situation actuelle qui laisse sans perspectives claires ceux qui n’iront pas à Loscolo, ne va pas les inciter à s’engager. (voir la réflexion du Maire ci-dessus).

    Je pense qu’il faut sortir d’une situation d’opposition stérile entre les “pour” et les “contre”.
    Ma proposition qui n’est sûrement exempte de défaut présente à mes yeux l’avantage de se projeter à moyen terme et d’éclairer l’avenir de la mytiliculture de Pénestin dont nous sommes fiers.

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