Il m’est arrivé de critiquer Ouest-France, mais là : chapeau ! Lundi matin, Sylvie Ribot publie dans l’édition de Vannes un article intitulé « Qu’attendent les habitants de leurs candidats ? ». La veille, sur le marché de Pénestin et sous un fin crachin, elle a interviewé une quinzaine de personnes parmi lesquelles des résidents à l’année et des résidents secondaires.
Parmi les réactions recueillies, il y a quelques « classiques » que l’on retrouverait partout ailleurs : toujours pas de dentiste à la maison médicale, des actions souhaitées sur la circulation, pour les vélos et les piétons, ou encore le prix trop élevé des terrains.
Mais très vite, on a affaire à un commentaire collectif sur une commune largement appréciée : « une super petite ville qui ne vit pas que l’été ». « On est bien, on a pas mal de choses. Mais qu’on ne bâtisse pas trop, pour ne pas ressembler à un petit La Baule ! » Pénestin a « un côté sauvage et nature » et on souhaite qu’elle le conserve.
Un mandat houleux qui a laissé des traces
Des inquiétudes pointent :
« Hors-saison, Pénestin, c’est un peu la maison de retraite et c’est vide », déplore un commerçant. « Les terrains sont trop chers. Si ça continue les écoles vont mourir », rebondit Sandra. « Il faudrait bien arriver à amener des jeunes », à « développer l’emploi, créer des petits ateliers de production en zone artisanale ».
Et puis, nécessairement, on y vient. On ne peut y échapper : Pénestin sort d’un mandat houleux, qui a laissé des traces. Sylvie Ribot constate que « les polémiques passées et le mandat chahuté reviennent assez souvent dans les conversations ».
« Houleux, ce mandat, c’est peu de le dire », commente aussi Cécile. « Il y a eu des choses inadmissibles d’un point de vue personnel, des accusations dignes d’un roman policier et rien n’est clair. Il est temps que ça s’arrête. » Une autre : « Ce qui nous manque ? Un maire correct ! Ce mandat a été scandaleux. Je veux quelqu’un d’honnête et gérant la commune avec les habitants. »
Des sujets tabous ?
Cependant, même si les jugements sont tranchés, ils restent dans une généralité que résume ce mot : « rien n’est clair ». D’autres préfèrent ne pas y toucher : « Les polémiques, je ne veux pas en parler. » D’autres encore refusent (poliment) de s’exprimer, ou ne donnent pas leur nom, parfois même pas leur prénom.
Comme si ces sujets étaient devenus tabous.
La période réellement critique du mandat Puisay se situe au premier semestre 2023 : il y a trois ans déjà. Elle reste dans les mémoires, mais entourée de flou — ou peut-être d’une forme d’interdit. Comme si en parler trop précisément risquait de rouvrir des blessures.
Face à ce flou, le maire adopte depuis le début de la campagne une position en deux temps.
Dans ses interviews, il rappelle à chaque fois ce passé et la crainte que la campagne ne donne lieu à de nouveaux accrochages, même si « jusque là tout va bien ». Dans ses vidéos, au contraire, le ton se veut apaisé : on évoque « de beaux moments de proximité », « des échanges riches et constructifs ».
Mais cette représentation peine à rejoindre le souhait largement partagé par les Pénestinois : voir les polémiques se tasser et retrouver une vie municipale simplement normale.
Car pour eux, le passé, même flou, demeure. Il ne s’efface pas.
Un passé dont personne ne sait comment parler
C’est ce que l’article de Ouest-France fait apparaître, presque malgré lui. Derrière les questions très concrètes — le dentiste, les terrains, les écoles, l’emploi — subsiste un bruit de fond dont personne ne sait très bien comment parler, ni même s’il est encore possible d’en parler.
Il reste alors cette impression un peu étrange : tout le monde semble savoir que des choses se sont passées, mais personne ne sait vraiment comment le dire publiquement.
Peut-être est-ce là, finalement, l’un des enjeux de l’élection qui vient.
Car si l’on se penche sur le dernier mandat, on voit apparaître une succession d’événements bien réels : affaires, démissions d’élus, conflits internes, épisodes judiciaires, conseils municipaux particulièrement tendus.
Un mode d’exercice du pouvoir qui relie les épisodes entre eux
Rien de tout cela n’est mystérieux en soi. Les faits existent, ils ont été rapportés, discutés, parfois longuement. Mais pris isolément, ils donnent l’impression d’une série d’incidents dispersés. Dispersés et compliqués, au point qu’on a parfois du mal à se les remémorer même quand on y a assisté.
C’est peut-être pour cette raison que beaucoup d’habitants disent aujourd’hui : « rien n’est clair ».
Ce qui manque n’est pas tant l’information que la compréhension de ce qui relie ces épisodes entre eux.
Car ces événements ne prennent vraiment sens que si on les regarde sous un autre angle : non pas comme des polémiques successives, mais comme les manifestations d’un certain mode d’exercice du pouvoir — un mode de fonctionnement dans lequel la critique tend à être perçue comme une agression, et où la contradiction devient rapidement un affrontement.
Dans ce cadre, les faits qui ont marqué le mandat apparaissent moins comme des accidents isolés que comme les effets d’un mécanisme politique particulier.
Encore faut-il comprendre ce mécanisme.
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Petit quiz citoyen : connaissez-vous vraiment les intercommunalités ?
Pour respirer un peu après ce billet — et parce que les municipales ne s’arrêtent pas aux frontières de la commune — je vous propose un petit quiz ludique sur les intercommunalités (Cap Atlantique comprise).
Réponses en page 2.