« Vous avez une carte de presse ? »

Ceci n’est pas un reportage sur la réunion publique de M. Lebas, vendredi 31 janvier au centre Petit Breton. J’étais parti pour cela, mais lorsqu’un journaliste se voit dénier sa qualité de journaliste, il interrompt son reportage et remet les pendules à l’heure. Ceci est une sorte de récit, à la première personne.

La partie « débat avec le public » n’a commencé que depuis 10 minutes et Brigitte Métayer, qui tient le commerce de produits de la mer à Tréhiguier, demande à Jean-Claude Lebas : « Vous dites que vous voulez accompagner les professionnels de la mer dans leur développement. Est-ce que vous pourriez développer, justement ? » « On peut les aider pour ne pas les laisser tomber », répond M. Lebas. « Mais de quelle façon ? », insiste Mme Métayer. Deux de ses colistiers assis sur le rebord de la scène lui glissent un mot dans l’oreille. « Je sais pourquoi vous posez cette question. Je ne répondrai pas. Vous voulez parler de Loscolo. Il y a une procédure juridique en cours et j’attends son issue pour m’exprimer. Mais je vais répondre à M. Cornu. »

Je suis assis au premier rang. Je me mets là pour pouvoir prendre des photos. Il s’approche et se plante devant moi à moins d’un mètre. Non, contrairement à ce que vous avez écrit, il n’y a pas de contradiction, lance-t-il. J’avais fait remarquer qu’en paroles, il jugeait « non réaliste de se projeter sur les aménagements présents et futurs de Loscolo » tant que des procédures judiciaires étaient en cours, mais que dans les actes il poursuivait comme si de rien n’était en soumettant deux décisions importantes au Conseil municipal de lundi, sur le permis d’aménager et sur l’extension des zones de préemption (voir « http://www.penestin-infos.fr/le-projet-loscolo-sinvite-au-conseil-municipal/ », du 28 janvier). Il réexplique les deux décisions en regardant alternativement la salle et moi. Moi, assis face à lui, en dessous de lui, devrais-je dire ! Son regard est un regard de contrôle. Il me jauge. Il a fait le choix de l’affrontement.

Je n’irai pas là où il veut m’emmener

Dans ma tête, je construis une réponse, au cas où. Jusqu’où compte-t-il aller ? Non. Finalement, je décide que je ne lui répondrai pas. Je n’irai pas là où il veut m’emmener. Il faudrait parler fort, se couper la parole, se mesurer l’un à l’autre. Je n’en ai pas envie. Pas envie de m’afficher devant 150 personnes dans une bataille de chiffonniers. Il termine. Pour moi, il n’a rien prouvé, mais je le remercie pour ses explications.

Je continue à prendre des notes. J’enregistre certains échanges avec mon portable. J’écoute les interventions des uns et des autres. Mais l’idée s’impose à moi que je n’écrirai pas d’article. Si j’écrivais, la stricte objectivité journalistique m’obligerait à  dire que sur plusieurs points, il a esquivé les questions qui lui étaient posées. Il a « botté en touche ». Et à la prochaine réunion, il reviendrait se planter devant moi et me reprocher à nouveau mes propos. Quelles questions ? Celle de Rafaëla Le Gouvello sur comment il se situe par rapport à « la mairie qui sort ». Celle sur l’absence de prolongements à la réunion publique de mars 2018 sur l’avenir de Pénestin (il dit n’avoir lui-même jamais reçu le rapport qui était prévu, mais omet de préciser s’il l’a demandé). Celles sur Loscolo bien sûr. Celles de M. Jarousse et de M. Pérais sur comment faire venir des jeunes à Pénestin…

La réunion s’achève. Je demande à quelques amis si j’ai bien fait de ne pas répondre. « Tu n’étais pas là pour ça. » J’explique que je n’écrirai pas sur la réunion de ce soir et que je ne viendrai pas à la prochaine. Des gens qui ne me connaissaient que de nom m’abordent désormais. Un monsieur passe et me dit qu’il apprécie beaucoup de me lire, même s’il ne partage pas mes idées. Je lui dis que c’est précisément ce que je recherche : ne pas écrire pour un clan, être lisible par des personnes de toutes opinions.

Finalement, il sourit souvent, cet homme

Je croise M. Lebas. Je lui dis que je souhaite lui parler. Il va chercher un verre et revient un peu plus tard. « Vous vouliez me parler ? » « Je voudrais vous expliquer pourquoi je ne vous ai pas répondu tout à l’heure. » J’explique, il répond que non, il ne cherchait pas l’affrontement. Il sourit lorsque je lui dis qu’il était agressif, me toisant à moins d’un mètre. Je lui dis qu’en Conseil municipal, c’est lui qui a présenté les deux sujets en tant qu’adjoint à l’urbanisme et qu’il aurait mieux valu attendre la décision de justice. Il restait encore un conseil avant les élections. Mme Gilory qui nous a rejoints hoche la tête et semble m’approuver.

Il répond que cela n’a aucune signification que ce soit lui qui ait présenté les deux décisions au Conseil. C’était une simple question de procédure. Il se souvient : c’est en 2009 que M. Baudrais lui a proposé de présenter lui-même en Conseil les sujets ayant trait à l’urbanisme. Il dit que Mme Gilory aurait pu aussi bien les présenter. Moi, je trouve qu’il se défausse et je me permets d’insister, lui disant que ces décisions sur Loscolo sont des sujets d’urbanisme et qu’il est adjoint à l’urbanisme. Il me dit que je n’ai absolument rien compris. Il répète en souriant : « Vous n’avez absolument rien compris. »

Puis il me dit : « Vous n’êtes pas journaliste. Vous avez une carte de presse ? » Je réponds : « Je n’ai pas de carte de presse et je vais vous expliquer pourquoi. » Mais il ne me laisse pas poursuivre : « Vous n’avez pas de carte de presse. » Je réponds : « J’ai enseigné le journalisme pendant plus de 30 ans. J’ai créé des journaux, j’en ai été rédacteur en chef, Monsieur Lebas ! Et vous savez, quand on a écrit 210 articles en un an et demi… » Il sourit. Finalement, il sourit souvent, cet homme.

Quelque chose comme de la bienveillance

Je parle avec Isabelle Joly, la responsable de la communication au sein de son équipe. Elle me dit que M. Lebas est très affectif, qu’il prend les choses pour lui et réagit au quart de tour quand on critique l’ancienne équipe, dont il a évidemment fait partie. C’est courageux de sa part, mais c’est une situation difficile. Il peut lui arriver d’être un peu raide, un peu rigide. Je dis que face aux personnes qui lui ont posé des questions, il lui a manqué ce soir quelque chose comme de la bienveillance. « Oui, dit-elle, il faudrait qu’il développe un discours plus rond, plus pédagogique, comme celui de M. Le Maulf. Ils sont très complémentaires. »

M. Le Maulf nous rejoint d’ailleurs. Je lui explique aussi que je n’écrirai pas de compte rendu de la réunion. Si je le faisais, je serais obligé de dire que M. Lebas a plusieurs fois botté en touche. M. Le Maulf : « Il ne faut jamais botter en touche. C’est très mauvais. » Isabelle Joly : « Il ne faut jamais botter en touche. Il va falloir qu’on en parle. » M. Le Maulf : « Oui, Isabelle, on en reparle. »

8 commentaires sur “« Vous avez une carte de presse ? »”

  1. Affaire(s) à suivre : Encore beaucoup de gesticulation … et toujours pas de réponse ni d’engagement ( – de l’équipe sortante et reconstruite pour une nouvelle candidature – ) envers le respect des droits des résidents secondaires …. dont l’inscription sur la liste électorale est interdite de par la loi … et donc source de contestations présentes … et certainement futures ???
    Nous vivons une époque formidable!

    1. L’inscription des résidents secondaires sur la liste électorale n’est pas interdite par la loi, mais rendue difficile.

      L’article L. 11 du Code électoral stipule que «sont inscrits sur la liste électorale à leur demande:

      1° Tous les électeurs qui ont leur domicile réel dans la commune ou y habitent depuis six mois au moins.

      2° Ceux qui figurent pour la cinquième fois sans interruption, l’année de la demande d’inscription, au rôle d’une des contributions directes communales et, s’ils ne résident pas dans la commune, ont déclaré vouloir y exercer leurs droits électoraux».

      Si vous respectez ces conditions, vous pouvez vous inscrire toute l’année, jusqu’au dernier jour ouvrable de décembre inclus (article R. 5 du Code électoral).

      1. Nous sommes bien d’accord
        Puisque qu’en dessous de six mois
        le domicile principal n’est pas
        admis et donc le flou demeure

        1. Pour être plus précis “sur le flou qui demeure” – ( 1800 inscrits pour une population de 1900 habitants …. ) – il convient d’indiquer complémentairement d’une part, que la détermination d’une résidence résulte d’une situation de fait et celle du domicile réel et principal résulte d’une situation de droit et puisque
          d’autre part, les précédents échanges n’indiquaient pas qu’une loi du 1ier aout 2016 entrée en vigueur le 1ier janvier 2019, porteuse du projet “elire” de l’insee, a accru la compétence des maires en leur attribuant compétence au lieu et place des commissions administratives en matière de demandes d’inscription ou
          autres modifications a effectuer sur les listes électorales et alors que lesdites commissions ne peuvent intervenir qu’à posteriori et seulement en cas de recours administratif…..il se trouve que beaucoup de communes se plaignent des erreurs figurant sur les listes transmises par l’insee ( radiation d’office ou doublons …. voir par exemple commune de Saint Georges de Didonne en situation comparable à Penestin )
          … Ainsi ces “dérèglements…. règlementaires” laissés de surcroit à l’apprécition des maires, n’aident pas la démocratie et entretiennent de plus fort le doute ….tout comme en matière de délivrance des licences d’alcool -/ compétence également dévolue depuis quelques années à l’autorité du maire / – puisque plus de vingt débits de boisson peuvent être dénombrés sur notre commune,
          soit bien au-dessus des quotas fixés sur ce sujet qui mérite contrôle, sévérité et explication de nos candidats … On peut réver ….

          1. Je ne sais pas si la loi a changé depuis mais je me souviens de cette élection ou monsieur Baudrais et monsieur Chesneau (ancien maire) avaient été élus par une centaine de campeurs caravanier qui étaient juste propriétaires de petits terrains ou ils campaient l’été.

  2. cette liste me révulse au plus haut point . J’y retrouve le commanditaire d’ un acharnement procédurier contre moi qui a fini par un jugement mi figue mi raisin .
    J’ étais l’ auteur d’ un blog ” virulent” ( sic) contre la municipalité sortante . Virulent , mais pas ” injurieux” comme l’ a reconnu la justice .
    Ce commanditaire a menti de façon éhonté lors d’ une séance du conseil municipal sur l’ origine de la procédure et sur le fond du jugement .
    J’ y retrouve aussi des co listiers qui ont objectivement trahis leurs électeurs qui les avaient élus sur une liste d’opposition à la majorité sortante . Co lisiers qui ont une conception à géométrie variable de la liberté d’expression . En effet , ils ont défendu un petit journal qui émanait de l’association dont leur mandat était issu et attaqué en justice par le maire mais pas un bloggeur d’ opposition victime d’ un procès en sorcellerie . C’ était leur choix . Je préfère celui de d Boccarossa , qui seul avec un autre , m’ a défendu publiquement et directement sur mon blog défunt au nom de la liberté d’ expression .
    Je n’ ai jamais eu de carte de journaliste et n’ ai jamais prétendu l’ être .
    Et maintenant je connais un peu plus le(vieux) droit de la presse et sa dérive utilisée par certains .

    1. C’est aussi au nom de la liberté d’expression que je laisse passer ce message d’une personne dont j’ai refusé environ la moitié des commentaires jusqu’à présent. Je n’assume aucune responsabilité lorsqu’il traite quelqu’un de menteur, heureusement sans mentionner son nom, même si l’allusion est transparente. Je lui ai écrit plusieurs fois pour indiquer la règle à laquelle je souhaiterais pouvoir me tenir : contester les arguments et non les personnes. Que faire ? Je ne peux pas le censurer systématiquement. C’est un peu comme si en France on interdisait Charlie Hebdo…

  3. Gérard
    Je t’ avoue ne pas reconnaître ta plume habituelle et je ne peux que m’en réjouir. Je te remercie de cette lecture et de ce compte rendu qui ne fait que confirmer les premiers éléments que j’en est reçu par un des participants. J’en aurais une troisième lecture demain et je pense que malheureusement cela risque de confirmer. Pour ma part je continue de suivre ton regard sur les choses de notre commune. Non je ne suis pas d’accord sur tout, tu le sais mais pour apprécier et filtrer, il faut du contenu et il y a du contenu. Je profite de ces quelques lignes pour te remercier de ton impartialité sur les 3 parutions concernant ton questionnement aux 3 candidats sur LOSCOLO.
    PP

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