Mardi midi, j’ai envoyé un message à Cap Atlantique (l’intercommunalité située à La Baule et qui gère les 15 communes de la Presqu’île), afin de les informer de la parution de mon article du 2 novembre sur le transfert des transports collectifs à Transdev et la suppression des lignes de bus 7 et 8. Dans mon message, je rappelais les propositions faites dans le cadre de cet article : mise en place de formations à la réservation en numérique pour les personnes âgées, remplacement de commerciaux par des médiateurs numériques, création d’un comité d’usagers, etc.
Je proposais que mon article soit éventuellement inséré dans la revue de presse adressée aux élus et aux responsables administratifs de Cap Atlantique. Penestin-infos reste peu connu au-delà de la commune, contrairement à Ouest-France qui avait titré « On va mieux se déplacer en presqu’île guérandaise » et à L’Echo de la presqu’île, « Transport public, nouvel opérateur, nouvelles ambitions et sortie de route pour Maury Guérande ».
Des propositions constructives
Certains penseront peut-être que c’est une forme de provocation de transmettre à Cap Atlantique un article qui les critique. De mon point de vue, c’était une démarche citoyenne. Mon article alertait sur la situation des personnes âgées, faisait des propositions constructives et apportait des éléments d’analyse absents des articles de Ouest-France et de l’Echo de la Presqu’île.
Voici la réponse que j’ai reçue cet après-midi :
« Nous avons bien reçu votre message et vous remercions pour l’intérêt que vous portez au sujet.
Nous prenons bonne note de vos remarques et de vos suggestions.
Des communications seront diffusées auprès des habitants dans les semaines et les mois à venir, au fur et à mesure du déploiement du service.
L’Agglomération reste pleinement mobilisée pour améliorer en permanence le niveau de service offert aux habitants.Bien cordialement. »
Ce message est poli… Il est rassurant : mon info a bien été reçue et on en a pris « bonne note ». Cela dit, j’ignore ce qui en a été fait. A-t-elle été transmise aux élus et responsables concernés ? Ou bien a-t-on considéré qu’elle représenterait pour eux une perte de temps ?
Une réponse qui a l’odeur et la couleur d’une réponse
Bref, ce message est creux, flou et vaguement méprisant. C’est une réponse qui a l’odeur et la couleur d’une réponse, mais qui n’en est pas vraiment une. Un semblant de réponse, en quelque sorte…
Le philosophe américain Harry Frankfurt va plus loin, il emploie un mot, bullshit, qu’on pourrait traduire par « baratin ». Dans un excellent petit livre d’une trentaine de pages intitulé « De l’art de dire des conneries », il essaie très sérieusement, mais non sans humour, de faire la différence entre le mensonge et le baratin :
– le menteur connaît la vérité et cherche à la cacher ;
– le baratineur, lui, se fiche de la vérité et du mensonge. Il se soucie avant tout de l’apparence, de l’impression qu’il donne : se montrer compétent, rassurant, bienveillant…
Les dangers du baratin
Selon Frankfurt, le baratin est plus dangereux que le mensonge. Il remplace le dialogue par un semblant de dialogue. Et lorsque c’est une institution politique qui s’exprime ainsi vis-à-vis des citoyens qu’elle représente, elle remplace le débat public par une parole creuse. Dire quelque chose qui ne veut rien dire, c’est traiter l’autre comme un figurant, pas comme un citoyen. Le baratin, répandu dans les médias et la politique, détruit peu à peu notre rapport à la vérité.
Tenez, voici un exemple. J’ai regardé hier soir le journal télévisé de France 2. Léa Salamé commence ainsi : « La panique a saisi les habitants de la paisible île d’Oléron ce matin » (un automobiliste a foncé sur 5 piétons et cyclistes.) On pense à Roger Gicquel en 1976 : « La France a peur ». On n’a pas beaucoup progressé en 50 ans : le baratin ambiant a noyé notre esprit critique, nous a fait perdre le sens des faits concrets et a transformé une partie d’entre nous en complotistes et en gobeurs de fake news.
Mais le même JT nous réserve à la fin une étincelle de vérité : deux Français ont été retenus prisonniers pendant trois ans en Iran. La fille de l’un nous confie qu’il faisait 6 heures de sport par jour : il courait sur place dans sa minuscule cellule. La sœur de l’autre nous dit qu’elle apprenait par coeur, jour après jour, l’Odyssée d’Homère. Ces deux-là, ils ne faisaient pas semblant de résister.
Ils nous rappellent que la démocratie, qui s’appauvrit quand la parole tourne à vide, renaît parfois grâce à de simples gestes — même muets — lorsqu’ils disent vrai.