Conseil municipal du 29 avril : des avancées réelles… et quelques occasions manquées

La soixantaine de Pénestinois présents ne s’y trompe pas : c’est un conseil hors du commun. Avez-vous déjà vu, sous MM. Baudrais ou Puisay, des élus sortir chercher des chaises pour les membres du public qui n’en ont pas ? Avec quelle rondeur M. Vallée, chef de la minorité, ne s’adresse-t-il pas à « Monsieur le maire », qui lui répond tout sourire, en le tutoyant et en l’appelant par son prénom ? Oui, quelque chose a vraiment changé avec l’arrivée aux manettes de l’équipe de Christian Mahé. Dans la forme, certes, mais cela va plus loin.

Cependant, derrière cette évolution des relations, plusieurs moments importants de ce conseil laissent une impression plus contrastée.

L’opposition sur deux fronts, presbytère et budget

Sur la vente du presbytère, le désaccord est politique. La majorité avait annoncé son intention de se désister de l’appel introduit par l’ancien maire en janvier 2026 face à la décision du tribunal administratif qui annulait cette vente ; l’opposition, fidèle à ses positions de campagne, vote contre, mais annonce qu’elle sera attentive à ce que le prix de son rachat par la mairie soit supérieur au prix de sa vente à l’Evêché, conformément à l’avis du tribunal qui avait jugé ce prix nettement trop bas (il avait repris point par point la requête formulée par 10 citoyens de la commune, ainsi que la pétition de 2023 et ses 830 signataires, auxquelles la majorité de l’époque s’était opposée). L’opinion ouvertement paradoxale défendue par M. Baron, membre de la minorité, suscite un échange aigre-doux avec MM. Mahé et Durand, premier adjoint.

Sur le budget en revanche, la situation est d’une autre nature. La minorité souligne le non-respect du délai légal de transmission des documents (douze jours), documents reçus seulement cinq jours avant la séance. Elle annonce en conséquence un signalement à la préfecture.

La majorité reconnaît l’irrégularité, mais invoque des circonstances exceptionnelles : absence simultanée de la directrice générale des services et de son adjointe, toutes deux en arrêt maladie depuis les élections, disparition de certains documents, nécessité de construire un budget « à partir d’une page blanche » en un temps très contraint. Elle précise avoir pris l’attache de la préfecture et de la Direction générale des finances publiques, la première évoquant une « faute de bonne foi ».

Loscolo : un moment historique… passé presque inaperçu

Le point sans doute le plus important du conseil concernait le désistement du pourvoi émis par l’ancienne municipalité contre le jugement de 2023 qui annulait le permis d’aménager du parc conchylicole de Loscolo. Il s’agit d’une décision lourde de la nouvelle équipe, qui met fin à une situation restée floue sous le mandat de M. Puisay, malgré le gel du projet par Cap Atlantique dès 2024.

Autrement dit : le projet Loscolo ne se fera pas. Le désistement acté par le conseil municipal met fin à plus de vingt ans de controverses, de recours et de mobilisations.

C’est un événement majeur dans l’histoire récente de la commune. Et pourtant… rien, ou presque, dans la manière dont ce moment a été présenté, n’a permis d’en mesurer la portée. Une lecture juridique rapide, l’absence de toute mise en perspective et de tout commentaire du maire. Dans le public, l’attention se relâchait. On n’a pas perçu qu’une page se tournait.

C’est là une première occasion manquée.

Une victoire sans fête

À cela s’ajoute un autre constat : on aurait pu imaginer, sinon une célébration, du moins une reconnaissance de ce long épisode de la vie locale. Rien de tel ne se dessine. L’association Cappenvironnement, acteur majeur du dossier aux côtés des riverains et des professionnels, n’a toujours pas communiqué sur la victoire qu’elle vient d’obtenir après des années d’actions et de procédures.

C’est pourquoi j’apporte une contribution au débat public en proposant de mettre en place un dispositif mémoriel sur le site – parallèlement à sa renaturation –, sous la forme d’un parcours (QR codes, panneaux portant des documents et des témoignages) permettant de restituer les différentes étapes de cette histoire longue. Cela suppose le recrutement d’un stagiaire qui pourrait être hébergé par la mairie. Une telle initiative dépasserait les clivages et donnerait sens à ce qui, autrement, risque de se dissoudre dans l’oubli.

Un problème de langage démocratique

Si ce moment n’a pas été perçu comme tel, c’est aussi en raison d’un problème plus général :
le langage du conseil municipal. Une grande partie des délibérations est lue de manière très technique, souvent directement issue des textes juridiques (CGCT, formulations administratives).

Ce choix se comprend : il sécurise juridiquement les décisions et protège les élus. Mais il a un coût démocratique évident : le public ne comprend pas. Et lorsqu’il ne comprend pas, il ne peut ni s’approprier les décisions, ni en mesurer les enjeux.

L’exemple de Loscolo est à cet égard particulièrement éclairant : un moment historique rendu presque invisible par la forme même de son énoncé.

Il ne s’agit pas de renoncer à la rigueur juridique, mais de penser un double niveau de discours :

  • un niveau technique, nécessaire ;
  • un niveau explicatif, indispensable.

Le quart d’heure citoyen : prudence ou occasion manquée ?

Dernier point révélateur : le quart d’heure citoyen. Inscrit à l’ordre du jour, il a finalement été annulé en fin de séance, la municipalité expliquant qu’une charte était nécessaire pour en encadrer le fonctionnement .

L’argument peut s’entendre : organiser la parole publique ne s’improvise pas. Mais la méthode interroge : aucune annonce en début de séance ; des habitants venus pour participer, sans possibilité de le faire.

Là encore, deux logiques se confrontent :

  • une logique d’organisation et de maîtrise ;
  • une logique d’ouverture démocratique.

Le risque, à trop vouloir sécuriser, est de retarder indéfiniment la mise en place effective de cette parole citoyenne.

Une gouvernance en construction

Ce conseil municipal donne finalement une image assez juste de la situation actuelle : une gouvernance en train de se construire.

Les signes d’évolution sont réels : des relations apaisées entre majorité et minorité ; une volonté affichée de travailler différemment.

Mais les marges de progression le sont tout autant : rien, juridiquement, ne rend obligatoire la lecture de textes remplis de chiffres et de sigles qui sont incompréhensibles pour ceux qui ne les ont pas sous les yeux. Il n’est d’ailleurs pas certain que les élus eux-mêmes en comprennent toujours la signification. D’autres mairies se contentent d’un résumé renvoyant à l’écrit pour les détails, et font ainsi une place plus grande à l’explication et au débat.

Un dialogue sur ces points, essentiels pour une réelle participation citoyenne, pourrait être placé à l’ordre du jour de la réunion publique annoncée par M. Tual pour le jeudi 21 mai sur la démocratie locale. Ce sont là des défis qui conditionneront, au-delà des intentions, la réalité de cette « nouvelle manière de gouverner ».

5 commentaires sur “Conseil municipal du 29 avril : des avancées réelles… et quelques occasions manquées”

  1. Vous écrivez : « mais annonce qu’elle sera attentive à ce que le prix de son rachat par la mairie soit supérieur au prix de sa vente à l’Evêché, conformément à l’avis du tribunal qui avait jugé ce prix nettement trop bas (il avait repris point par point la requête formulée par 10 citoyens de la commune, ainsi que la pétition de 2023 et ses 830 signataires, auxquelles la majorité de l’époque s’était opposée) »
    Je pense que les auteurs de cette déclaration n’ont pas lu le jugement.
    Il ne s’agit en aucun cas que la municipalité rachète le presbytère, mais, la vente étant annulée elle doit rembourser le montant perçu.
    Donc il n’y a pas a surveiller le prix!

    1. Merci pour cette précision.

      Les propos cités dans mon article ne constituent pas une prise de position personnelle, mais une reformulation de l’intervention de M. Baron, visant à rendre son contenu plus compréhensible en y remplaçant les termes juridiques par des termes du langage courant.

      Chacun peut désormais en prendre connaissance directement via l’enregistrement mis en ligne aujourd’hui par la mairie. https://www.youtube.com/watch?v=Pk5aSwp5buk à partir de 27’17 ».

      Il est effectivement très probable que les modalités juridiques de la « résolution » de la vente devront être reprécisées, voire corrigées, autant par la minorité que par la majorité elle-même dans le sens que vous indiquez (et qu’indiquait aussi M. Boccarossa dans son commentaire).

  2. Sur la vente du presbytère, ce n’est pas seulement un « désaccord politique », c’est la reconnaissance juridique d’une vente financièrement inacceptable.
    Précisions : La commune n’achète pas un bien, elle rembourse le Diocèse de son achat qui a été annulé par le Tribunal.
    C’est un juste retour pour les Pénestinoises et Pénestinois qui se sont manifestés contre la vente de ce bien communal.

    Sur Loscolo : la prochaine lettre de Cappenvironnement reviendra plus précisément sur le permis d’aménager et autres procédures et lors de son Assemblée Générale 2026.

    Précisions sur les actions et communications menées par l’association :
    7 ans pour deux procédures simultanées, Autorisation environnementale et Permis d’aménager.
    – 2019 recours gracieux contre l’autorisation environnementale – 2020 demande du retrait du permis d’aménager. 2021 – 9 mytiliculteurs s’opposent au projet et rejoignent l’association. 2022/23 audiences – La ligne des espaces proches du rivages est dénoncée car des élus ont modifié cette ligne pour que le projet Loscolo puisse être réalisé. Faux et usages de faux discréditent définitivement le permis d’aménager – 15 septembre 2023, le permis d’aménager est annulé juridiquement (lettre de Cappenvironnement). L’ancienne mairie fait Appel au Conseil d’Etat. – 29 avril 2026 la nouvelle municipalité annule cet Appel.
    La procédure contre l’autorisation environnementale est toujours en cours.

    1. Merci pour ces précisions.

      Sur le presbytère, il y a bien sûr une dimension juridique, mais aussi un choix dans la manière de l’interpréter et de la présenter, que j’ai qualifié de politique au sens large.

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