– Même les conseils municipaux ?, me demande-t-on.
– Oui, même les conseils.
– Pourtant, tu avais une façon personnelle de les raconter, de ne pas chercher à tout dire, de renouveler les angles d’attaque à chaque fois.
Oui, je reconnais que c’est paradoxal : j’ai demandé à la nouvelle municipalité de rétablir le « banc de la presse » qui existait à l’époque de Jean-Claude Baudrais. Ils ont accepté. On m’y a réservé une place. Mais je ne l’occuperai pas. Quand je viendrai assister au conseil, je me chercherai une chaise comme tout le monde.
La raison : je crois que cela n’aurait pas de sens de poursuivre Pénestin-infos en me centrant sur l’information institutionnelle, après avoir tenté pendant huit ans de refléter la vie d’une population dans son entier. Ses engagements, ses activités, sa créativité, ses conflits. Des élus, bien sûr, mais également des artistes, des commerçants, des associations et quantité de gens qui n’avaient aucune fonction particulière, sinon celle de vivre ici.
Alors, qu’est-ce qui change ?
Je cesse de suivre l’actualité locale de Pénestin.
Pénestin-infos ne disparaît pas tout de suite : il restera en ligne pendant encore deux ans.
Pendant ces deux années, le blog restera accessible, sous ma responsabilité, à ceux qui souhaiteront s’exprimer publiquement sur tel ou tel sujet.
Je reviendrai sur quelques dossiers de l’histoire récente de la commune : le projet Loscolo, dont il reste, je crois, beaucoup de leçons à tirer ; l’étrange printemps 2023 où Pénestin a failli sombrer dans une lutte des « clans » ; des entretiens avec Philippe Jarrousse, maire de la commune de 1989 à 1995, Marie-France Baudrais, dont l’époux fut maire de 1995 à 2020…
Enfin, je continuerai à publier des fictions et, au cas par cas, des textes d’intervention citoyenne (avec, j’y insiste, un statut de citoyen et non plus de journaliste).
Mais pourquoi ?
Je vous dois en effet quelques explications. Je vais être franc.
Il y a bien sûr de la fatigue et un peu de lassitude. Mais plus que cela, il y a, je dirais, une alchimie qui a cessé d’opérer. Une alchimie, vous savez, quelque chose d’un peu mystérieux, qui fonctionne sans qu’on sache l’expliquer rationnellement. Puis un jour, ça ne fonctionne plus, pour des raisons elles aussi mystérieuses. On a perdu la formule…
Il existe une expression simple pour dire cela : perdre la main.
Rien là de dramatique, mais une règle qui vaut pour un blogueur autant que pour les hommes politiques : ne pas s’acharner, il faut savoir s’arrêter. Quand on perd la main, on passe la main…
Concrètement, ce sont des malentendus qui se multiplient. À vouloir explorer les limites du reportage et de l’écriture, on peut finir par s’égarer. À vouloir « expérimenter » en jouant avec la syntaxe et les mots, certains lecteurs ne suivent plus. Il m’arrive même de me relire et de ne plus comprendre moi-même ce que j’ai visé à travers telle transition abrupte ou tel jeu de mots périlleux. Mes travers ont empiré. Certains de mes articles sont devenus carrément obèses.
Une forme de politesse
J’avais un principe : écrire de façon simple sur des sujets complexes. Cela devait ressembler à une forme de politesse : donner de mon temps pour économiser celui des lecteurs. Meuler, affiner, pour rendre la lecture plus facile. Dernièrement, une amie me disait : « Ce n’était quand même pas toujours facile, tu sais ? » Oui, bien sûr, je sais. Mais j’espérais qu’il suffirait à chacun de faire un pas en direction de l’autre.
Désormais, c’est un fossé qu’il faut parfois franchir. Certains me trouvent condescendant, pensent que je me gargarise de mots savants. L’exercice difficile de m’adresser en priorité à ceux qui pensent différemment de moi – à quoi bon ressasser des évidences entre personnes convaincues d’avance ? – est devenu un piège dans lequel je me retrouve empêtré.
J’insiste : il n’y a rien là de dramatique. Je suis fier de ce qu’a été Pénestin-infos pendant ces années. Il était là pendant la crise du Covid. De même après l’annonce, en 2023, de la tentative présumée de suicide du maire Pascal Puisay, pour canaliser les rumeurs et proposer des informations vérifiées et fiables. Pénestin-infos était présent aux côtés de ceux qui ont mené, à propos de la clôture du cimetière, une lutte originale pour la dignité et l’esthétique, bien dans l’esprit des habitants de notre commune. Il y a eu Loscolo, la vente du presbytère, les élections municipales de 2020 et 2026…
À titre personnel, j’ai expérimenté le plaisir rare d’écrire pour des gens que je croisais ensuite à la boulangerie, au marché, au café ou sur le sentier côtier. De mettre des visages sur mes lecteurs, capables de réagir de façon immédiate à ce que j’écrivais. Je les en remercie chaleureusement.
On me dit que ce blog, avec ses quelque 600 articles, est devenu une mémoire de la commune. C’est dans cet esprit que je souhaite maintenant lui donner une orientation historique. Les Archives départementales, à Vannes, semblent d’ailleurs disposées à en assurer la conservation.
J’aimerais plus encore que, sous une forme ou une autre, il soit archivé ici même, à Pénestin : à la Médiathèque peut-être. Je prévois aussi de publier sous forme de recueil une sélection de textes de fiction dont une bonne moitié sont déjà parus sur Pénestin-infos. Une autre histoire commence.
Je suppose que ça devait arriver et que la décision est réfléchie mais c’est triste d’apprendre ainsi la disparition d’un des rares éléments constants et constitutifs des échanges, informations et réflexions diverses autour de la vie de notre village, que je suivais avec plaisir … et je n’étais sûrement pas le seul.
Pourtant, je m’étonnais d’être un des rares à y répondre, et c’est sans doute là que tout s’est joué. Un blog face aux réseaux sociaux, comment tenir ?
Les multiples groupes sur Facebook, l’application ‘mon village’ les infos de la mairie .. tout cela est à portée de clic, alors que le blog n’était envoyé qu’aux seuls inscrits, qui recevaient un mail sur lequel un lien externe donnait accès et où il fallait décliner son identité dans des cases doublons avant de pouvoir répondre.😅
Une communication d’un autre temps.
Pourtant la richesse des contenus aurait dù prévaloir sur la facilité d’accès, mais le fait que vous y renonciez nous prouve le contraire.
Comment se satisfaire de faire à présent partie des archives du village alors que vous aviez la plume et l’énergie pour nous le faire vivre au quotidien au travers d’informations, d’anecdotes, de réflexions et même de récits fictionnels d’une grande qualité ?
Sans jouer au complimenteur (complet menteur😉) c’est pour moi un peu comme la mort d’un journal ou d’un ami et ça me laissera un grand vide.
Comment le combler ?