A Maresclé, chronique d’un accident prévisible

La situation ne s’améliore pas au Maresclé. L’eau continue à ruisseler avec la même intensité. La crevasse se creuse dans la falaise, notamment dans la partie haute où une large cavité s’est formée sous le goudron du chemin. On voit clairement qu’à un certain point, celui-ci a commencé à s’affaisser, car il ne repose plus sur rien. Pendant ce temps, toute la journée de samedi, les promeneurs franchissent par dizaines les barrières installées par la Municipalité, familles, enfants, joggers, chiens…

Aujourd’hui dimanche, la situation sera pire : il fera beau, les promeneurs seront nombreux et le risque est réel que le chemin s’enfonce d’un coup sous leurs pas. S’il fallait mesurer ce risque, je dirais qu’il s’élève à environ 20 %. 20 % de chances qu’aujourd’hui dimanche un pan de la falaise s’écroule en entraînant dans sa chute de presque 10 mètres de hauteur ceux qui se trouveront sur le sentier côtier. Même si le risque n’était que de 10 %, ce serait encore considérable. 

samedi fin d’après-midi

Il est facile de rejeter la faute sur les promeneurs indisciplinés. La mairie a pris un arrêté vendredi matin et installé des barrières et une signalétique. Elle dégage ainsi, en partie du moins, sa responsabilité. Peut-on se contenter d’en rester là et de compter les points, à moins que ce soient les ambulances ?

Du bon sens et de l’empathie

Je voudrais expliquer ici que face à des comportements humains, collectifs qui plus est, il faut tenter d’analyser et pas simplement juger de façon péremptoire comme dans une discussion de café du Commerce. Dois-je rappeler que j’ai enseigné les sciences et les techniques de la communication pendant plus de 30 ans aux universités de Rennes 2 et de Nantes ? 

Commençons par la signalétique. Il s’agit d’une forme de communication peu technique, qui requiert deux choses : du bon sens (plutôt que l’application automatique de procédures) et de l’empathie (de l’écoute, de l’intérêt, le sourire…) Il faut se mettre à la place des personnes sur les comportements desquelles on espère agir. Je fais simple : imaginez une famille venue d’une des villes avoisinantes pour passer une demi-journée en bord de mer, et qui ne connaît pas suffisamment les lieux pour s’orienter par elle-même.

Arrivant du Nord à pied par le sentier, elle se présente allée des Courlis. Elle aperçoit tout d’abord un panneau jaune « déviation ». Comme les deux autres installés sur la zone, ce panneau porte deux flèches, une vers la gauche, l’autre vers la droite. Il suffit d’écouter les conversations pour constater que cela crée une certaine confusion. Que demande-t-on à notre famille ? Une flèche semble indiquer de descendre par le chemin qui mène à la plage, et l’autre de poursuivre sur le sentier côtier. Aucune n’oriente vers la route, ce qui correspondait pourtant à l’idée initiale des services techniques. 

Ce serait dommage de gâcher une journée d’excursion…

En majorité, les gens regardent ensuite en direction du prolongement du sentier et voient à une trentaine de mètres les barrières et le panneau « sens interdit ». Ils s’en approchent. Que voient-ils alors ? Le passage est interdit : l’arrêté municipal est affiché, un panneau indique « danger d’éboulement » et les barrières barrent le chemin. Cependant, il est possible de les contourner par les côtés, des personnes devant eux le font dans les deux sens, et la perception d’un danger n’est pas apparente. Il faut en effet descendre sur la plage pour voir ce qu’il y a sous le sentier. A la limite, les promeneurs sont même tentés d’aller vers le bord et de se pencher pour essayer de voir ce qui justifie l’interdiction de passer ! Sous eux à cet endroit, il y a une épaisseur de goudron qui résiste encore. Et du vide, mais ils ne le savent pas… 

Mettez-vous à la place de notre famille. Ils ignorent le danger, ils ignorent qu’ils peuvent rejoindre le sentier plus loin vers Loscolo en remontant jusqu’à la route de Loscolo, puis en prenant à droite et encore à droite. Il n’y a ni balisage, ni plan pour le leur indiquer. La décision de ce contournement a été prise par des personnes qui connaissent le quartier contrairement à eux. Ils se disent qu’ils sont venus jusqu’ici (50, 100, 150 km…) et que ce serait dommage de gâcher une journée d’excursion. Des personnes, devant eux, contournent les barrières. Que feriez-vous à la place de cette famille, si vous n’aviez pas commencé par juger irrationnel, aberrant, etc., leur comportement ?

Que faire maintenant pour que cette famille prenne la décision de contourner la partie interdite à la circulation ? Du bon sens à nouveau… Il faut leur faire une « proposition » claire et explicite. Un panneau doit clairement orienter vers la route de Loscolo. Il doivent connaître la longueur approximative de la déviation (n’oubliez pas qu’ils sont à pied) et l’orientation à prendre (assez simple : à droite, puis à nouveau à droite, puis tout droit). Pour cela, l’outil le plus pratique est un plan, affiché et/ou distribué, voire montré, sur une feuille. Même en l’absence de « surveillance », on peut être assuré qu’avec ces simples mesures, une proportion non négligeable de promeneurs emprunteront la déviation.

Les équipes de la Réserve Civile sont encadrées par la police municipale

Le message transmis par la signalétique peut être redoublé par la présence de personnes chargées de le délivrer sous forme orale. C’est le sens de la proposition faite hier samedi par le conseiller en charge de la sécurité, Gérard Picard-Brétéché, de faire intervenir la Réserve Communale de Sécurité Civile. Cet organisme compte plusieurs dizaines de participants bénévoles et a pour fonction, précisément, d’intervenir dans les cas où la population est soumise à un aléa impliquant des risques. Les équipes, munies de gilets portant l’insigne « RCSC », sont encadrées par la police municipale.

Ce dimanche matin au moment où j’écris, le maire n’a pas encore répondu à la proposition de mobiliser la Réserve Civile. Il avait dit la veille vouloir faire intervenir, même un jour férié, les services de Cap atlantique pour essayer de localiser l’origine de l’arrivée d’eau, si l’écoulement se poursuivait. Il ne s’est rien passé, aucune décision n’a été prise.

Dans l’hypothèse probable et souhaitable où le maire déciderait de faire intervenir la Réserve Civile, il faudrait que la signalétique soit mise en place sur l’ensemble du contournement, et que les membres de la Réserve soient munis de plans. On pourrait aussi réenvisager l’hypothèse de faire passer les promeneurs par le terrain qui se trouve le long du sentier, en y installant des barrières métalliques, voire de simples rubalises. L’avantage est que l’alternative proposée serait alors directement visible, facile d’accès, et que cela ferait peut-être taire les récriminations qui seront certainement nombreuses. A noter aussi que le recours aux plans est une façon de redonner un tour objectif plutôt qu’affectif à la conversation…

A suivre…

PS Lundi 3 janvier 2022 : hier dimanche, l’effritement de la falaise a suivi son cours. Gérard Picard-Brétécher passe la journée sur place, accompagné l’après-midi de volontaires de la Réserve Civile. Le matin, il a rajouté des rubalises qui rendent le message plus explicite quant à l’interdiction de passer sur le sentier côtier. C’est efficace : environ la moitié des promeneurs fait demi-tour de son propre chef ; l’autre moitié, c’est affaire de présence humaine et de discussions, plutôt soft dans l’ensemble, pour expliquer et indiquer la direction à prendre pour le contournement. Le technicien d’astreinte de la SEPIG fait une tentative ratée de couper l’arrivée d’eau dans le quartier afin de tester si cela interrompt l’écoulement sur la falaise. Une idée d’Albert qui connaît le coin depuis son enfance ! La SEPIG revient ce lundi matin. Beaucoup de passage, beaucoup de conversations. On évoque les insuffisances de l’aménagement du très proche littoral : on a laissé faire jusqu’au point de non-retour où l’effondrement devient inévitable, alors qu’il aurait été possible de laisser la nature se régénérer d’elle-même. Raffaëla Le Gouvelo passe, très remontée. D’autres encore.

Le passage par le sentier côtier demeure bien sûr interdit aujourd’hui et la prudence est de mise sur la plage : éviter de trop s’approcher de la falaise. Un autre article à suivre avec les infos de la journée de lundi.

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