Botanique #9 : fougères, mousses et lichens

Par Edwige

A première vue, on n’imagine rien de comparable entre ces trois végétaux. Et pourtant, ils ont un point commun qui les classe dans la catégories des Cryptogames, qui vient de : game, organe reproducteur et crypto, caché, ce qui veut tout dire. Dans cette famille, il y a aussi les algues et les champignons. Ce sont tous des végétaux sans fleurs. Ils ont dû donner bien du fil à retordre aux botanistes avant l’invention du microscope, car la reproduction est un critère très fort dans le classement des végétaux.

Mousses

Les mousses font partie, avec les hépatiques et les sphaignes, des Bryophytes. Ce sont des plantes assez peu élaborées, les premières qui sont apparues sur la terre avec les algues, et qui ne possèdent aucun système vasculaire. Les sphaignes ne vivent que dans les tourbières, les mousses ont des tiges et des feuilles, quant aux hépatiques, elles ont soit des tiges et des feuilles (et dans ce cas, sans nervures, ce qui les distingue des mousses), soit des thalles. Qu’est-ce que c’est que ça encore ? Les thalles sont des lames vertes, qui n’ont ni tige, ni feuille, ni racine. Ce sera presque tout pour le vocabulaire, c’est promis, mais les botanistes, comme la plupart des scientifiques, sont très gourmands en mots, et on ne peut se passer d’un minimum.

« Lueur d’espoir : une petite mousse dans la fissure d’un mur », Sylvain Tesson

Les mousses ne poussent pas uniformément sur un même tronc d’arbre, car elles choisissent le côté humide. Elles ont une capacité extraordinaire : sèches, elles peuvent renaître à la vie comme Blanche-neige, par une simple goutte d’eau, même 15 ans après ! Cela s’appelle la reviviscence.

mousse Polytrichum-Formosum

Sur un même tronc d’arbre, nous avons vu des hépatiques à feuilles, des hépatiques à thalles, et des lichens, ils se partagent l’écorce, et sont tous autonomes : ils ne puisent pas dans les réserves de leur hôte, ils ont juste besoin d’un support.

Lichens

Comme pour les mousses et les hépatiques, il y a de très nombreuses espèces de lichens.

Il y a des lichens incrustants, qui sont collés au support sur toute leur surface, il y a le lichen fruticuleux, qui est buissonnant. Il s’installe souvent sur les prunelliers, et comme beaucoup de lichens, il est comestible ! On peut le faire bouillir dans l’eau, rajouter des nouilles chinoises et voilà une bonne soupe, c’est très simple : plus besoin d’aller au supermarché acheter des champignons noirs et autre produit exotique, il suffit d’aller dehors et d’ouvrir les yeux, tout est là. Mais attention, certains lichens sont toxiques.

lichen graphis-scripta

Il y a aussi le lichen incrustant, le graphis : quand on l’observe avec une loupe, on voit de très jolis dessins ressemblant à une mystérieuse écriture. Et le lichen noir, le verrucaria, très incrustant lui aussi qui s’installe sur les rochers dans la zone des embruns. On l’a déjà confondu avec des tâches de pétrole, et il en a été très contrarié, d’autant plus qu’il est, comme tous les lichens, un bio-indicateur de l’environnement très important, c’est lui qui nous renseigne sur la qualité de l’air.

Pour conclure sur les lichens, une belle histoire : ils sont constitués de trois éléments, un champignon, une algue, et une levure. Le champignon s’occupe de l’eau, l’algue de la chlorophylle, et la levure est probablement un fournisseur d’enzymes. On n’en est pas sûr, car la découverte de la levure dans la composition du lichen est très récente (en 2016, par l’Autrichien Toby Spribille). Chacun son travail. C’est ce qu’on appelle une association à bénéfice réciproque. Que ces trois éléments cohabitent harmonieusement et solidairement pourrait être un exemple pour nombre d’humains, car chez les lichens, on sait vivre, et vivre longtemps, jusqu’à 1000 ans pour certains. Ils occupent 8°/° de la surface de la terre, et on en trouve à peu près sur toute la planète. Enfin, pour ceux qui voudraient reconnaître un lichen d’une hépatique à thalle, une loupe ne suffit pas, il faudrait un microscope.

Fougères

De la fougère, on ne voit que la feuille, divisée en pennes, car la tige, ou rhizome, est enterrée dans ce qu’on appelle la litière des sous-bois. L’eau est indispensable à sa survie. Sur les feuilles, on voit aussi les sporanges, petits sacs qui renferment des spores, qui ne sont pas des organes de reproduction mais de dissémination. Les spores germent et donnent des prothalles – nom qu’on aime beaucoup au collège quand on a un proviseur peu apprécié -, qui contiennent les organes mâles et femelles. Les fougères sont appréciées par toute sorte d’insectes, qui y trouvent fraîcheur et abri :

Je me demande ce que fait le monde en ce moment. Voilà trois heures que je n’ai même pas entendu la moindre sauterelle dans les fougères. (Walden ou la vie dans les bois, de Henry David Thoreau)

Dryopteris-filix-mas

mais aussi par les humains :

Marcher dans une forêt entre deux haies de fougères transfigurées par l’automne, c’est cela un triomphe. Que sont à côté suffrages et ovations ? De l’inconvénient d’être né (1973), Emil Michel Cioran

La fougère est un organisme plus élaboré que les mousses et les lichens, elle a un système vasculaire. Il en existe 13000 espèces. Celles qu’on trouve à Pénestin sont surtout la fougère mâle (qui n’a de mâle que le nom), dryopteris filix-mas (du grec drus, qui veut chêne, et ptéris, fougère), qui se développe sur le bois des chênes, et la fougère scolopendre, asplenium scolopendrium, appelée aussi langue de cerf et qui pousse en touffes.

Si vous voulez voir les petits mots griffonnés par le lichen graphis, sur les troncs des arbres, si vous voulez voir les sporanges des fougères, si vous voulez reconnaître une mousse à la nervure de sa feuille, et si en plus vous voulez épater vos enfants ou vos amis, alors, n’oubliez pas de glisser une petite loupe dans le fond de votre poche quand vous allez vous promener ! Bonne balade !

lichen fruticuleux

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