Botanique #8 : le chêne fait sien le mot de René Char : « Ne te courbe que pour aimer »

Par Edwige

Depuis que Saint Louis rendait la justice à son pied, le chêne fait partie de l’Histoire de France. Il en est même quelquefois un témoin, car certains spécimens encore sur pied aujourd’hui trônaient déjà dans les parcs des châteaux au temps des rois. Quant à ses ancêtres, les plus anciens vivaient il y a 35 millions d’années !

L’espèce qu’on trouve à Pénestin, est le chêne pédonculé quercus robur (qui veut dire : chêne robuste). Il appartient à la famille des Fagacées. Ses feuilles vertes, foncées dessus et plus claires dessous, sont alternes et dentelées, ses fruits sont des glands, et les fleurs des chatons. Son tronc, d’abord gris et lisse, se fissure au fil des ans. Il peut mesurer jusqu’à 35 mètres, et vivre plus de 10 siècles. C’est le symbole de la longévité et de la force. Le vrai roi de la forêt, c’est lui, et non pas le sapin qui essaie tous les ans de lui voler la place. Son port noble et majestueux en impressionne plus d’un.

Trop pudique pour se défeuiller en automne

Pour ne pas le confondre avec son cousin le chêne rouvre, il suffit de se rappeler que son gland a un long pédoncule, et sa feuille n’a pas de pétiole (pour ceux qui n’ont pas terminé le stage de botanique, pédoncule et pétiole sont des sortes de tiges).

Notre ami a du caractère. Avoir sa place dans l’Histoire lui a sans doute tourné la tête. Trop pudique pour se défeuiller en automne comme beaucoup de ses compagnons, il attend sa nouvelle parure de printemps pour se séparer de l’ancienne. Mais quelquefois pendant l’hiver le vent en colère se lève et met fin à ces simagrées, et le voilà nu comme les autres. Jeune, ses rameaux ploient au moindre souffle. Mais à l’âge adulte, le chêne devient trop fier pour ployer ses branches, et le vent se charge de l’élaguer. Il fait peut-être sien ces mots de René Char : “Ne te courbe que pour aimer“.

Son bois très dur et résistant aux insectes est utilisé en menuiserie, ébénisterie, charpente, et même dans la marine. On en fait des parquets, des escaliers, des tonneaux pour le vin, des bûches pour les cheminées. C’est le bois qui a le plus de valeur. Nombreux sont ceux qui ont fait des sacrifices pour s’offrir un bel escalier en chêne, ou bien un parquet. Il faut reconnaître qu’il a de l’allure avec son fil délicat, ses rainures fines, sans parler de la couleur, allant du gris au rosé en passant par tous les ocres et les bruns du plus clair au plus foncé, au fur et à mesure qu’il vieillit, comme en témoigne Arthur Rimbaud :

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,

Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;

Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre

Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants…

Geai des chênes. Famille des Corvidés. Ordre : Passériformes

Grâce au geai, « La forêt parfumée sera pleine de mes enfants »

Il offre de nombreux usages médicaux, on utilise les feuilles, l’écorce séchée, et les glands, entre autres pour les maladies gastriques et intestinales. Pendant la guerre, on faisait du café avec les glands. Il a servi aussi à nourrir les porcs, et différents animaux des forêts s’en régalent, dont le geai des chênes. Cet oiseau est un gros consommateur de glands, il en mange mais il en disperse partout, ce qui en fait le semeur le plus efficace. Il en transporte 4500 par an ! Grâce à lui, les forêts se repeuplent :

              Dans sa pipe

              le gland ne fait pas de fumée.

              Il songe : « Dans cent ans

              la forêt parfumée sera pleine de mes enfants.»              F.Kiesel

Le chêne fait l’objet de nombreuses croyances et légendes, et a été utilisé dans des cérémonies druidiques. Un cœur gravé sur son écorce est, paraît-il, le gage d’un amour durable. Nous laisserons le dernier mot à Paul Eluard :

Le chêne adoucit l’amour

Ses os orientent ses veines

Le miel dort dans sa fourrure

Et la houle de la mousse

Recouvre ses vieilles graines.

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