Botanique #7 : la ronce, envers de la rose

par Edwige

Qui ne s’est pas un jour égratigné sur des ronces, et qui n’a pas un jour goûté leurs fruits délicieux sur le bord des chemins ? La ronce nous tient compagnie depuis l’enfance.

Ronce vient de rumex, qui signifie le dard. Son nom latin Rubus fruticosus, vient de ruber (rouge) et de fruticosus (buissonnant). Elle est de la même famille que les roses : les rosacées. Mais on la connaît moins pour ses petites fleurs délicates blanches ou roses pâles que pour ses fruits, les mûres, que l’on récolte bien noires en septembre. Comme les roses, la ronce a des épines, ou plutôt des aiguillons. Elle s’en sert pour se défendre contre les herbivores et pousse le vice jusqu’à produire des aiguillons plus longs là où ils sont plus nombreux. Elle est vivace et ses feuilles sont alternes.

À faire pâlir d’envie un émeutier

Une fois implantée sur un terrain qui lui convient, la ronce rampe et se répand généreusement. La distance ne lui fait pas peur : ses tiges peuvent s’allonger jusqu’à 10 mètres. Elles forment des barricades infranchissables, à faire pâlir d’envie le moindre émeutier.

Si le parfum et la beauté des roses ont inspiré les poètes, des ronces, on ne retient en revanche que les piquants :

« Ô, combien ce monde est encombré de ronces ! », écrivait William Shakespeare.

Et Paul Claudel : « Il ne faut pas refuser secours à la ronce qui veut devenir rose. »

Des ronciers hospitaliers malgré tout

Mais les ronciers sont très hospitaliers pour nombre d’animaux : abeilles, chenilles, papillons et phasmes s’y donnent rendez-vous. Le chevreuil vient s’y substanter de leurs feuilles en hiver, et le muscardin, un petit rongeur roux, y construit son nid. Les oiseaux viennent en déguster les fruits à la belle saison et se chargent d’en disséminer les graines. Quant aux sangliers et aux renards, ils y sont comme chez eux.

Certains écrivains aussi, qui ne les craignent pas. Écoutez donc Virginia Woolf, dans « Les vagues » :

« Je vais prendre mon angoisse et la déposer sur les racines sous les hêtres. Je vais l’examiner et la prendre entre mes doigts. Ils ne me trouveront pas. Je mangerai des noisettes et je chercherai des œufs sous les ronces et mes cheveux seront poissés et je dormirai sous les haies et boirai l’eau des fossés et mourrai là. »

Propriétés médicinales

La plante est utilisée contre la diarrhée, les hémorroïdes, les maux de gorge. Ce sont surtout les feuilles (avant floraison) et les jeunes pousses qu’on utilise, mais aussi les graines. Les fruits contiennent de la vitamine B et C.

On peut en faire des lotions pour le visage. Mais gare à celui qui aura oublié de filtrer avant l’usage, car les épines ne se dissolvent pas dans l’eau…

Propriétés culinaires

On mange crus les bourgeons et les pétales de fleurs, et on s’en sert pour décorer les plats. Idem pour les jeunes pousses de l’année. Par contre, il faut faire cuire les feuilles et les tiges. Sèches, on en fait des infusions. On utilise les fruits pour les confitures, les salades de fruits, les tartes, les sirops. Et pour la fameuse crème de mûre, base du kir, que chacun d’entre nous a goûtée à l’heure de l’apéro.

Au Royaume-Uni on dit qu’après le 29 septembre, fête des Archanges, on ne cueille pas les mûres, le diable ayant craché dessus !

Et pour finir, justement, sur une note optimiste, ces mots de Shakespeare, (dans Timon d’Athènes, Acte 4, scène 3) :

« De quoi avez-vous besoin ? Voyez ! La terre a des racines, dans l’espace d’un mille jaillissent cent sources ; les chênes portent des châtaignes, les ronces, des fruits écarlates, la généreuse ménagère Nature, à chaque buisson, met le couvert devant vous. Besogneux ! De quoi avez-vous besoin ? »

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