La cérémonie des vœux du maire 2026

Ce texte n’est ni un compte rendu exhaustif de la cérémonie des vœux du maire, ni un article d’information au sens classique du terme. Il s’agit d’un récit subjectif, écrit à la première personne, et qui mêle observations, conversations, souvenirs et réflexions sur la vie politique locale. Une question occupe une place centrale à l’approche des élections municipales : quelle place faisons-nous, concrètement, au dialogue, au désaccord et aux contre-pouvoirs dans la démocratie locale ?

La photo ci-dessus est extraite de la vidéo de Muriel Bernard, colistière de MM. Puisay et Vallée. Elle illustre ses propos repris vers la fin de cet article, et compense un travers auquel je n’ai pas échappé moi non plus dans ce récit : une amie m’a en effet fait remarquer que malgré la parité, les femmes étaient beaucoup moins mises en valeur et moins présentes que les hommes. Pour tout dire, cette amie a même trouvé la cérémonie des vœux étonnamment « macho »…

Je suis allé aux vœux du maire. Pas pour écrire un article, au départ. D’ailleurs, je n’ai pas fait de photos. J’y suis allé pour voir des gens, pour discuter. Et aussi par curiosité, pour entendre ce que dirait le maire. Je crois que depuis 10 ans que je vis à Pénestin, je n’ai raté aucune de ces cérémonies. J’aime aussi la façon dont les conversations s’entrechoquent et s’entrecoupent dans ce genre d’endroit. Elles sont comme un puzzle. Chacune dure jusqu’à ce qu’une autre vienne l’interrompre et elles semblent se répondre les unes aux autres. Elles font aussi penser, par moment, à des improvisations de jazz. La trompette de Miles dans « Ascenseur pour l’échafaud », vous vous souvenez ?

Rentré chez moi, deux ou trois heures plus tard, des images reviennent, se regroupent. Des groupements et des enchaînements s’imposent. Un article, c’est une envie. Bientôt une nécessité. Du moins quand ce n’est pas votre gagne-pain. J’aimerais bien qu’on me paie pour ce que j’écris, on peut toujours rêver. Mais le salaire de la liberté, c’est zéro. Alors, tout d’un coup, ce sont des démangeaisons dans les avant-bras, des impressions et des anecdotes qui cherchent leurs mots, des lecteurs que j’imagine face à ces mots.

Les « historiens du présent »

Comme souvent, j’en reviens au New Journalism, cette révolution engagée par les journalistes américains des années 1960. Ils ignoraient peut-être que Camus, 10 ans plus tôt, avait décrit leur activité comme celle d’« historiens du présent ». Alors ils ont refait le geste (ou la geste ?) des historiens des années 1920 et 30 qui disaient, en gros : ras-le-bol – shit ! bullshit ! – du récit des batailles et de la liste des rois, princes, régents, impératrices douairières ! Foin de cette objectivité qui n’est qu’un semblant !

Pour Marc Bloch, leur chef de file, faire de l’histoire, cela consiste plutôt à poser des questions qui mettent les faits en perspective. C’est ainsi qu’ils acquièrent un sens au lien de se suivre bêtement à la queue leu leu. Marc Bloch a renouvelé les études sur le Moyen-Âge. Puis il s’est engagé dans la Résistance à près de 55 ans pour participer à « l’histoire au présent », et est mort en 1944 assassiné par la Gestapo.

A leur tour, les journalistes crachent sur l’objectivité qu’attendent d’eux les patrons de news magazines, au Vietnam, dans les marches pour les droits civiques, dans les universités en révolte, dans les communautés de hippies. Ils expérimentent, ils participent, ils risquent parfois leur vie, et racontent tout cela à la première personne en s’inspirant plus des écrivains et des poètes que de ce qu’on apprend dans les écoles de journalisme. Ils réinventent le monde, multiplient les angles d’observation et les questionnements. Ils décortiquent tout cela, puis présentent ce qu’ils en ont compris.

La vague submerge la France, l’Italie, le Royaume-Uni dès le début des années 1970. C’est à eux tous que je pense quand l’envie d’écrire me saisit comme une envie de pisser. Humblement, mais non sans fierté, je marcherai dans leurs pas : j’affronterai moi aussi des « situations » avec les mots pour seules armes. C’est ma came. A ma très modeste échelle et à celle d’un village tout aussi modeste du Morbihan, je me reconnais dans cette manière d’écrire, de décrire, un présent qui me passionne.

« angélique naïveté » ou rapports de force ?

Ce matin, j’ai rencontré Jean. Il n’ira pas aux vœux du maire. Lui-même a été maire d’une commune de Normandie et président d’agglo. Le maire d’ici ne lui parle pas, ne répond pas à ses courriers. Cela le met hors de lui. C’est vrai que lorsqu’il a été élu en 2020, c’est la première chose qui nous a tous frappés : tu as eu une réponse, toi ? Il ne répond pas à son courrier ! C’est quand même la première règle à respecter quand on se présente comme un homme de dialogue… Jean est d’accord quand je lui dis qu’historiquement, c’est la politesse, le respect de l’« étiquette » par exemple, qui ont fixé les premières règles précédant la mise en place des institutions démocratiques. J’y pense souvent.

Dernièrement, nous avons échangé quelques piques (https://www.penestin-infos.fr/penestin-entre-en-campagne-reunions-publiques-collectifs-et-enjeux/, les derniers commentaires à la fin de l’article). Nous en reparlons. Il s’amuse encore de la façon dont il a détourné mes formules : les campeurs-caravaniers ont « une identité collective forte ». Ben voyons ! Selon lui, ils « s’arcboutent » sur des intérêts « qu’il ne faut pas avoir l’angélique naïveté de confondre avec l’intérêt public et général de Pénestin ». Depuis 30 ans, « ils volent aux résidents la maîtrise de leur destinée » : c’est bien envoyé, cela stimule la discussion. Les vraies joutes oratoires sont devenues rares, faute de combattants et faute, aussi, d’élégance entre adversaires politiques. Alors il ne boude pas son plaisir.

Moi non plus d’ailleurs, mais il m’inquiète. Issu d’une droite juppéiste bon teint, le voilà à présent qui ne jure plus que par les rapports de force : en France, « on philosophe », dit-il, alors qu’il faudrait « agir ». Je sais pour avoir un peu lu Nietzsche que les mots ne sont pas seulement « justes » ou « erronés », mais quils ont aussi une « force ». J’ai aussi lu un peu les mémoires du général De Gaulle, et je comprends que pour ces hommes de droite, il est tentant de s’imaginer renverser la table plutôt que de céder aux atermoiements du jeu parlementaire. Mais qui prend encore le temps d’écouter ses adversaires politiques ?

La salle Petit-Breton n’est pas pleine. L’an dernier, Ouest-France avait annoncé 350 personnes alors que la salle ne les contient pas… Cette année, pas de correspondant. Le lendemain, le maire annoncera sur internet : « Près de 300 personnes. Une soirée réussie ». C’est comme cela qu’on tend à créer à notre époque des « faits alternatifs » sur le modèle trumpien. Peu de maires de la Presqu’île sont présents. Franck Louvrier, maire de La Baule, est revenu : sauf erreur, il n’était pas là l’an dernier. Je l’observe depuis la distance. A la sortie, j’irais volontiers l’interroger sur le déséquilibre de plus en plus marqué des transports collectifs entre le Nord et le Sud de la Presqu’île. Mais il repart toujours très vite…

L’actuel maire a-t-il sacrifié les transports collectifs de sa propre commune ?

Je ne vous fais pas le compte-rendu détaillé des discours. Pascal Puisay a démarré sa campagne électorale en privilégiant l’audiovisuel. Ici, je me trompe peut-être, mais il me paraît moins à l’aise. Dès les premières phrases, il s’embrouille dans ses fiches. Il cherche. Longuement : l’adverbe n’est pas de trop. Plaisante un peu, mais le coeur n’y est pas. Appelle Frédéric, le chargé de com. Reprend et s’interrompt à nouveau. Très longuement. Son intervention est mal préparée. Le bilan s’attarde inutilement sur le service de l’état-civil. Une diapo montre parmi les réalisations dans le domaine des infrastructures les nouvelles toilettes installées à Tréhiguier. Passons.

Je retiens ce qu’il dit sur les « mobilités », dont il assure la vice-présidence à Cap Atlantique. Un nouvel opérateur, Transdev, vient d’être habilité, mais « rien ne change au 1er janvier » : ce genre d’élément de langage, répété à chaque intervention, est suspect. En juillet, nous dit-il, nous découvrirons un réseau « repensé, plus lisible, renforcé et avec de meilleures connexions ». Ce discours quasi-publicitaire ne dit pas qu’à Pénestin, nous sommes maintenant considérés par le site de Cap Atlantique – vous pouvez vérifier ! – comme faisant partie d’une « zone blanche ». Ni que les lignes régulières vont être remplacées par du « transport à la demande », qui a certainement des qualités, mais aucune réponse n’est apportée à ceux qui réclament des aménagements pour les seniors (et quelques autres) qui ne savent pas comment réserver un ticket de bus sur leur smartphone (s’ils en ont un…) Rien non plus sur les liaisons vers Vannes, attendues depuis des années.

Est-ce pour cela que le président de Cap, Nicolas Criaud, est aussi prévenant avec le maire de Pénestin ? Il a fait le boulot, il est en train de quasiment brader sa commune en acceptant de renforcer les transports collectifs dans le Sud de la Presqu’île déjà bien pourvu et d’abandonner le Nord (les trois communes morbihannaises et Assérac) à son sort. Bref, il « détricote », comme le disent certains, l’oeuvre de son prédécesseur Jean-Claude Baudrais. C’est en effet toute l’architecture d’une intercommunalité appuyée sur deux départements et deux régions qui est remise en cause.

L’abandon du projet Loscolo est passé sous silence

Elle avait été inaugurée en 2003 par Yves Métaireau, maire de La Baule et premier président de Cap Atlantique, en coopération étroite avec J.- C. Baudrais, qui avait fait pour Pénestin un choix stratégique de désenclavement : l’arrimer, avec ses voisines Camoël et Férel, au dynamisme de l’axe La Baule-Guérande, plutôt que de suivre un tropisme breton que bloquait l’estuaire de la Vilaine. Désormais, la Presqu’île est en train de redevenir un espace à deux vitesses, dont la « colonne vertébrale » définie par le nouveau SCOT s’arrête à Herbignac. Au-delà : zone blanche !

Pascal Puisay donne l’impression de s’y résigner et n’a même pas réclamé de compensation après l’abandon (public en tous cas) du projet de parc conchylicole de Loscolo, l’un des 4 « grands projets » de Cap atlantique pour l’actuelle mandature, qui symbolisait sa volonté de rééquilibrer l’espace commun de la Presqu’île. Il est vrai qu’il ne reconnaît pas cet abandon qui a rejoint la cohorte des sujets passés sous silence. Comment élaborer et faire accepter une politique lorsque le goût affiché du maire pour le silence – qu’il opposait dès son premier édito du bulletin municipal en 2020 au désordre supposé du débat d’opinion – se rapproche peu à peu d’une censure pesant sur tous les sujets sensibles ?

D’ailleurs, Nicolas Criaud, totalement en phase avec lui à ce propos, revient l’appuyer en ajoutant que Transdev organisera des réunions afin d’informer la population. Et ce sera… après les élections pour ne pas interférer avec elles. Voilà qui est tout de même gonflé : on va voter sans connaître la politique des transports des candidats qui se présentent devant nous, alors qu’elle est un élément central de toute politique de développement, en même temps que de la lutte contre le tout-automobile dans les zones rurales. Attendez-vous à ce que ces questions s’invitent dans la campagne, que nos élus le veuillent ou non !

Un sourire triste et des racines

Voici enfin le moment des conversations chic et choc. L’une des premières personnes que je croise est Michel. Que vous dire de lui sans risquer d’être indiscret et de le trahir ? Il me parle de façon sibylline de l’importance des racines qui sont plus solides et plus fiables que les petites branches en haut des arbres. Son sourire un peu triste et tellement humain flotte sur un visage buriné, marqué par les années. Je l’ai connu à la sortie du premier confinement, en mai-juin 2020, alors qu’il venait de prendre la responsabilité de la Réserve Civile. Il avait entendu les horreurs qui circulaient sur moi dans l’entourage de Pascal Puisay qui s’apprêtait à prendre ses fonctions : une campagne de dénigrement telle que seuls les politiques sont capables d’en fomenter.

Il écoutait ; son prédécesseur me regardait comme si j’étais le diable : tu te rends compte, tu as critiqué la Réserve alors que tu en fais partie, en plein Covid ? J’avais été piégé par le nouveau maire qui avait décidé que finalement il préférait me traiter en ennemi plutôt que comme un allié avec qui on peut faire front lorsque les événements – la situation sanitaire en l’occurrence –réclament que la commune unisse ses forces. Qui avait décidé aussi, surtout, qu’il n’avait rien à gagner à l’existence dans sa commune d’un blog sur lequel il ne possédait aucun moyen de contrôle. Dès cette première rencontre, Michel avait compris la manœuvre : il m’a dit que lui aussi trouvait insuffisants les moyens mis en place par la mairie pour soutenir les personnes isolées ou malades, préférant limiter (à deux !) le nombre de personnes autorisées à circuler durant le confinement.

Michel, avec son sourire triste, serait dans les années suivantes le témoin d’une nouvelle guerre des clans où tous les coups étaient permis. Mon cas particulier n’était qu’un épiphénomène, bien que j’aie été moqué, attaqué et sali, au point que ceux qui étaient à l’époque dans le « camp » adverse et l’ont quitté en cours de mandat n’osent toujours pas me dire tout ce qui a été entrepris pour détruire ma réputation. La honte a changé de camp : mettons cela sur le compte de Clochemerle. Je crois que si l’expérience de penestin-infos dure encore à ce jour malgré les attaques personnelles et les poursuites en justice – un blog de village qui informe librement et incite à réfléchir, lu par plus de la moitié de ses habitants –, c’est probablement que mes racines sont solides, comme celles de Michel.

Mais voici Christian Mahé, ancien adjoint poussé à la démission en 2023 dans des conditions que j’ai été le seul à rapporter, à présent tête de liste de « Pénestin 2026 ». J’ai envie de plaisanter. Je lui dis que l’an prochain, si c’est lui qui est maire et fait le discours des vœux, j’espère qu’il ne s’embrouillera pas dans ses fiches comme vient de le faire le maire actuel. Il me répond, avec un sourire non pas triste, lui, mais malicieux, que ses fiches seront bien agrafées. Voilà ce qu’on peut considérer comme un exemple d’improvisation jazzie.

Jean-Claude Baudrais était capable de faire des prodiges quant à lui. Je lui ai dit un jour (en plaisantant là aussi, je le précise !) qu’il avait tenté de m’assassiner quelques semaines auparavant en prenant mon bras et en me poussant dans les marches qui descendent du choeur de l’église. Il m’a répondu que ce n’était pas si grave, car étant déjà dans une église, je serais allé directement au paradis. Mais pas vous, lui ai-je répondu, car vous seriez un assassin. Il m’a alors déclaré d’un air profondément convaincu qu’avec tout ce qu’il avait fait pour la commune, il serait sûrement récompensé. Voilà un bout de conversation totalement surréaliste, fruit d’un véritable savoir-faire créatif. Je me demande si, comme l’élégance, ce ne sont pas des qualités qui se perdent chez les nouvelles générations.

Quelle forme de dialogue et jusqu’où ?

En continuant à circuler, je passe à proximité de Jean-François Vallée, pressenti pour occuper le poste de premier adjoint si l’équipe Puisay est réélue. Je lui en fais la remarque sans aller jusqu’à le féliciter. Poursuivant la veine jazzie des conversations précédentes, je lui dis ce qui me passe par la tête à ce moment-là. Tiens, justement, en démarrant un nouveau mandat, vous pourriez annuler les poursuites en diffamation me concernant, ce serait le bon moment pour remettre les compteurs à zéro. Il ne répond rien, pas un mot. Je suis surpris. Je l’ennuie apparemment.

Alors qu’il semble déjà vouloir s’éloigner, je lui dis que j’ai écouté sa vidéo de présentation sur internet et que j’ai pris bonne note de sa volonté de développer le dialogue entre les élus et les citoyens de la commune. Cette fois-ci, il s’arrête et me répond : oui, il l’a dit parce que c’est ce qu’il pense, ce sont ses convictions. Je suis intéressé par ce qu’il me dit là, car je le crois sincère. Reste à savoir où il place le curseur, ce qu’il entend, lui personnellement, par « dialogue », jusqu’où il compte le mener. Et à savoir aussi si sa conviction est suffisamment ancrée pour s’imposer face au maire et faire basculer sa mandature, avec sa nouvelle équipe, dans une phase plus ouverte à la concertation. Assez incertain, mais qui sait ?

J’ai dans la tête le récit qu’a fait Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, de ses rencontres avec Fidel Castro en 1963, un de ces dirigeants capables de donner rendez-vous en pleine nuit et de discuter jusqu’au matin avec un intellectuel français qui peut-être l’aiderait à renouer avec Kennedy après la crise des missiles. Ne vous inquiétez pas, M. Vallée, je ne vous demande pas de venir discuter un après-midi entier au Café du Centre avec des opposants à votre politique. Mais entre deux conceptions extrêmes du dialogue politique, où vous situez-vous ? Où placez-vous le curseur ? Pensez-vous que l’on gagne quelque chose à prendre du temps pour discuter avec ceux avec qui l’on est en désaccord ? Et même en désaccord profond ? Croyez-vous à l’utilité des contre-pouvoirs pour faire vivre la démocratie ? Ou bien, comme Jean, croyez-vous avant tout aux rapports de force ?

C’est vous qui m’avez dit un jour, il y a quelques années de cela, qu’une équipe, une fois élue, est là pour appliquer son programme. Et qu’à ce moment-là, le temps de la discussion est passé. Ceux qui sont mécontents pourront s’exprimer à nouveau 6 ans plus tard, au moment de nouvelles élections. Personne d’autre que vous ne m’a répondu aussi clairement sur ce point. Et le curseur du dialogue était alors sur zéro… Avez-vous changé d’avis depuis cette époque-là ?

Après la décision, les problèmes commencent…

Prenons la Maison de Santé. La discussion a eu lieu durant la campagne de 2020. On est d’accord là-dessus. Mais une fois la décision prise, il restait à définir l’emplacement de cette maison de santé : c’est là que les problèmes ont commencé, souvenez-vous. M. Boccarossa faisait des propositions, mais le maire avait sa propre idée. La discussion ne portait pas sur le meilleur emplacement, mais sur l’utilité de discuter avec ce bavard « dogmatique » de Boccarossa qui vous insupportait. Et cela s’est très mal passé pour tout le monde…

Puis il a fallu discuter sur l’aménagement, l’architecture, les détails du financement, la répartition des bureaux, la recherche d’un ou plusieurs médecins pour remplacer Valérie Laloux qui avait accepté, en attendant, de repousser son départ à la retraite. Par chance, les infirmières, dont Fanny Salzinger qui a accepté de prendre en charge la coordination des discussions, sont réputées patientes. Puis Yann Couchman, le kiné, s’est joint à elles, et leurs efforts ont compté pour tirer la commune du mauvais pas dans lequel elle a failli se trouver. Ils ont rarement été mentionnés. En fait, si : tout à l’heure, dans son discours, Pascal Puisay a fait référence aux « personnels soignants actifs dans la recherche de nouveaux soignants ». Sauf erreur, il me semble que c’est une des premières fois. Un début ?

Vous avez constitué une liste et vous rédigez un programme sur lequel les électeurs se prononceront. Parfait. Mais croire que tout est déjà décidé au stade de ce programme et qu’il n’y a plus matière à discussion ensuite pendant 6 ans, c’est une fiction ! Lisez Rosanvallon, Gauchet, Rancière… Ou remontez à Montesquieu et Rousseau si vous préférez. La distinction entre « démocratie représentative » et « démocratie participative » n’est pas nouvelle. Déjà dans la Grèce antique, plusieurs cités, dont Athènes, élisaient un Conseil chargé de surveiller les élus de la Cité, et ce d’autant plus qu’ils n’étaient pas toujours élus, mais tirés au sort, donc pas toujours très fiables, peut-être même paresseux, incompétents, voire corrompus. On leur réclamait des comptes à intervalles réguliers et ils pouvaient être démis de leurs fonctions.

L’idée d’une « surveillance » des élus par les citoyens n’a rien d’injurieux, ni de vexant

A notre époque, les commissions parlementaires jouent, par exemple, un rôle essentiel de contrôle et de « surveillance », terme qui n’a rien d’un gros mot, ni de vexant. On sait que la démocratie est fragile : si on tient à la conserver, on se doit de soigner son efficacité. Il n’est pas bon de traiter par le mépris, par exemple, les demandes de documents par des citoyens de la commune.

Bref, le programme n’est pas un blanc-seing. Tout ce que j’écris ici, je n’ai pas pu vous le dire à ce moment-là, car il me semblait que vous cherchiez à vous échapper. Cela aussi est surprenant : vous vous dites partisan du dialogue, mais vous essayez de vous éclipser lorsque j’engage la conversation sur des thèmes qui seront pourtant, à l’évidence, le coeur battant de la campagne électorale qui s’amorce. Mais j’ai peut-être mal choisi mon moment. Je me souviens une autre fois où je vous parlais aussi des poursuites en diffamation – puisque vous faites partie des plaignants qui ont engagé ces procédures contre moi –. Vous aviez éludé en me répondant : « la Justice suit son cours »

La politique n’est-elle pas, en fin de compte, une activité profondément humaine qui force ceux qui s’y engagent à écouter des gens de toutes opinions, des gens de toutes sortes, qu’on les apprécie ou pas, et à prendre le temps de leur répondre ? On ne choisit pas ses interlocuteurs. Un lointain cousinage avec la commensalité, la négociation, et même les relations d’affaires…

Plus loin, je croise Muriel Bernard. Je lui dis aussi que j’ai regardé sa vidéo. Je vais même jusqu’à lui dire que ces vidéos sont à mon sens une bonne initiative de la liste Puisay-Vallée à laquelle elle appartient. Elle sourit et me dit qu’elle n’est pas à l’aise devant une caméra, mais qu’elle s’est forcée, car elle voulait expliquer ce qui la motive à s’engager dans la vie politique. Je l’approuve, là encore, même s’il m’est déjà arrivé de l’entendre tenir des propos choquants à mon goût (un point de vue strictement personnel, cela va de soi, et indépendamment de la sympathie personnelle que j’ai pour elle). L’engagement en politique n’est pas toujours motivé, comme certains le croient, par des raisons idéologiques, ni par des intérêts matériels. C’est vrai pour certains, mais ce serait réellement insultant, pour le coup, de prétendre généraliser. Même à l’échelle d’une petite commune comme la nôtre, je crois nécessaire d’accepter la complexité si l’on souhaite établir des relations apaisées…

Qui sont les femmes et les hommes qui s’engagent en politique ?

En réalité, les relations de pouvoir prennent toutes sortes de figures. Cela commence par la considération que certains associeront à un titre d’adjoint ou de conseiller municipal, voire l’idée que cela pourra toujours servir de se mettre en bons termes avec eux. Pour ceux à qui s’appliquent de tels sentiments, cela fait du bien et peut entrer dans leurs motivation. Pourquoi pas, après tout ? L’estime de soi est en facteur indispensable pour vivre bien dans sa peau. Et l’« estime » est d’ailleurs l’un des plus jolis mots de la langue française. Mais parfois, c’est l’inverse : l’élu est un punching-ball sur qui on déverse toutes ses frustrations et ses préjugés, ou même, pour certains, une méchanceté quasiment congénitale. Juste une chose à ce sujet, si je peux me permettre, car il est dans l’air du temps : un élu n’a rien à gagner à se poser alors en victime. Il lui revient d’assumer.

Une commune, c’est une somme d’individus avec leurs qualités et leurs défauts. S’y confronter en décidant de « se rendre utile à la collectivité », comme le dit Muriel, cela relève d’un appétit de vivre sans lequel on resterait chez soi devant sa télé. On peut même, avec le philosophe du 17e siècle Spinoza – encore un sacré personnage, et sacrément courageux avec cela, à une époque où les différends se réglaient par des violences à peine imaginables ! –, appeler cela le « conatus » : la source réelle de tout désir, l’effort d’un individu ou d’un organisme pour « persévérer dans son être ». Pour ma part, je me le représente comme un petit moteur qui se remet en marche tous les matins et pousse à agir plutôt qu’à déprimer.

Il y a, soit dit en passant, mercredi à Pénestin un « atelier philo » proposé par Frédéric Fouque et qui sera consacré justement à Spinoza. C’est à 18 heures, nous sommes entre 10 et 12, on écoute, on discute, puis on mange ensemble… Si cela vous intéresse, envoyez-moi vos coordonnées et je vous ferai suivre les détails pour vous inscrire.

Retenons en tous cas que cette question des motivations est juste… fondamentale. Qui sont les femmes et les hommes qui s’engagent en politique ? Parfois dans une même liste, vous trouverez des personnes lumineuses, quelques autres que l’on pourrait qualifier de « meurtries », et une ou deux, encore, qui ont simplement un horizon limité… J’aurais voulu vous parler aussi des groupes sociaux comme les campeurs-caravaniers, les résidents secondaires, les retraités, les mytiliculteurs… Ou les cathos, tellement importants en Bretagne, qui ont su créer la surprise en signant en masse, en 2023, la pétition contre la vente du presbytère au diocèse. Le Tribunal administratif vient de leur donner raison contre la mairie de Pénestin.

Une commune, c’est un objet qui demande à être compris : on y parvient ou pas. Il faut pour cela s’appuyer sur son histoire, sur sa sociologie, souvent négligée, et même sur sa géographie. On est là, je crois, au coeur de la politique dans son sens noble. Pardonnez la longueur de ce texte. J’ai regroupé plusieurs thèmes : je vous laisserai tranquilles à présent pendant quelques temps.

5 commentaires sur “La cérémonie des vœux du maire 2026”

  1. J’admire votre prose, mais quel ennui! D’autant plus qu’il faudrait songer à changer le titre de ce blog en « Puisay en négatif » ou « Puisay à terre! ». Je doute qu’il n’ai jamais rien fait de positif! Mais vous n’en parlez jamais!
    De plus, il me faut contredire  » Il ne répond pas à son courrier ! C’est quand même la première règle à respecter quand on se présente comme un homme de dialogue… « . Dernièrement je me suis adressée à Mr Puisay pour un souci et celui-ci m’a directement répondu en engageant un dialogue constructif.
    Bien à vous

    1. Merci pour votre commentaire.
      Sur le fond, je prends acte de votre expérience personnelle : si M. Puisay vous a répondu et a engagé un dialogue constructif, c’est un fait important, et je vous remercie de l’avoir apporté.
      Dans l’article, je me référais surtout aux débuts de son mandat, période durant laquelle plusieurs personnes (notamment des responsables associatifs) m’avaient fait part d’une absence de réponse qui posait problème dans leurs démarches. Je reconnais volontiers que les pratiques ont pu évoluer ensuite jusqu’à un certain point (pas vis-à-vis de Jean, en tous cas), et que les expériences diffèrent selon les moments et les situations.
      Plus généralement, mon propos n’était pas de nier toute capacité de dialogue, mais de poser une question de principe : comment un maire conçoit-il, dans la durée, la transparence et le dialogue avec les citoyens, y compris lorsqu’il s’agit de documents ou de décisions sensibles ?

    2. Bonsoir Nadine très bien votre commentaire enfin une voix discordante dans ce blog, Mr Cornu quand il a créé ce blog il s’adresserait pour les penestinoises et pestinois pour une information pluralisme, à mon avis c’est loin d’être le cas aujourd’hui cela est son choix trop de négatif pour la municipalité actuelle il est partisans d’un changement cela se ressent dans ces déclarations une fois de plus cela est son choix certaines rancunes ne s’oublie pas ?

  2. Le re-présentant est un adepte du dialogue politique qui consiste à parler tout seul à tour de rôle.
    Ses co-listés, s’ils ne l’ont pas déjà appris à leurs dépens, vont l’apprendre bien vite…

  3. C’est toujours un plaisir de te lire Gérard, surtout à l’heure où la presse régionale est singulièrement absente des débats à Pénestin.

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