Lettre ouverte aux mytiliculteurs de Pénestin

Ce blog est par nature un média plus réactif que les autres. Il peut rendre compte d’un fait dans la demi heure, mais il peut aussi prendre le temps de l’analyser en détails.

C’est dans ce contexte que j’ai choisi de publier la lettre ouverte de Dominique Boccarossa aux mytiliculteurs de Pénestin, de même que j’ai diffusé il y a quelques jours les grandes lignes du courrier de l’AUMM (association des usagers du mouillage de Maresclé). Ce sont des documents qui traduisent une accélération de la réflexion autour du projet Loscolo. Cette accélération a toutes les chances de se poursuivre jusqu’à la fin, vendredi prochain, de l’enquête publique en cours.

Ce texte, pour des raisons en partie (mais en partie seulement) comparables à ceux de Cap Atlantique, peut être perçu par le grand public comme difficile. Sans douter de son bon sens, ni de ses capacités d’analyse, j’ai supposé que certains apprécieraient néanmoins de disposer d’une version simplifiée sous forme d’une série numérotée de « thèses » : vous la trouverez à la suite du texte de M. Boccarossa.

 

Au cours de nos différents entretiens nous avons échangé nos points de vue sur le projet du lotissement conchylicole au lieu-dit Loscolo. Vous avez souligné l’importance de disposer d’espace pour pérenniser votre activité, espace aussi nécessaire pour faire face aux contraintes professionnelles à venir. Nous avons, avec Bénédicte Dupé, manifesté notre intérêt sur l’importance économique et sociale que génère votre présence sur le territoire de la commune. Ceci étant une évidence également partagée par l’ensemble de la population.

Dès le début nous avons exprimé nos doutes et nos interrogations sur le choix du site et ce projet qui bouleverseront définitivement l’aménagement du territoire tant d’un point de vue économique et environnemental que sur les infrastructures à modifier ou à créer pour l’accompagner. Le coût particulièrement élevé de l’investissement public sur plusieurs années ne doit pas non plus vous laisser indifférents.

Nous avons également souligné le caractère obsolète d’une décision prise il y a plus de vingt ans qui n’a pas – par ignorance ou volontairement – abordé cette question de manière interdisciplinaire. Aucune étude n’a été réalisée par un centre commun d’analyse sur les conflits environnementaux, économiques ou sociaux qui peuvent naître de l’exploitation et de l’anthropisation de cet espace naturel et agricole de plusieurs hectares. L’impact autour de cette zone qui comprend des zones de biodiversité sur le littoral et d’intérêt majeur comme les marais du Lesté, n’ont jamais fait non plus l’objet d’une étude sérieuse. Nous l’avons constaté, comme vous, lors de la réunion publique du 24 septembre 2018 que nous avions réclamée sous forme de pétition. Vous avez pu vous rendre compte aussi du manque d’information auprès de la population. Ce n’est pas une maladresse, c’est une erreur de croire ou de penser que vos intérêts se limitent au cercle restreint de votre profession. Vos désirs comme vos besoins que personne ne remet en cause sont aussi une partie inhérente des désirs et besoins des autres acteurs économiques de notre territoire. Cette économie externe n’a même pas été abordée par les décideurs. Nous ne saurons donc jamais le coût estimé des pertes que l’on peut qualifier d’irréversibles, ni les dommages causés aux tiers.

Nous avons aussi compris que l’existence de votre activité n’était pas immédiatement dépendante de ce projet mais qu’elle pouvait à terme pour de multiples raisons être fragilisée s’il n’existait pas de propositions répondant à vos attentes. Il est vrai que nombre d’entre vous espèrent depuis plusieurs années une alternative à une situation immobilière précaire. Mais depuis l’annonce du projet « Loscolo » officialisé en 2003 puis inscrit au PLU de 2010, force est de constater qu’une minorité seulement se déclarait intéressée. La profession durant toutes ces années a toutefois conforté son chiffre d’affaires au point d’en faire aujourd’hui un argumentaire convaincant pour les élus de la communauté d’agglomération qui ont naturellement suivi et pris en considération l’importance de ce poids économique pour l’ensemble de la Presqu’île Guérandaise. Comme nous l’avons déjà précisé nous reconnaissons et manifestons notre intérêt sur ce bilan économique et social que génère votre présence sur le territoire de la commune. Les divergences n’existent pas sur des réalités dont chacun peut mesurer les impacts positifs ou négatifs. Les divergences existent le plus souvent avec les incertitudes et les non-dits. C’est encore une erreur de penser que l’aboutissement du projet « Loscolo » les résoudra.

Si les principaux décideurs expriment leur croyance indéfectible sur le bien-fondé de ce lotissement tout en précisant qu’il n’existe aucune alternative sans en avoir étudié aucune, ils omettent de préciser les raisons politiques sous-jacentes qui l’accompagnent. Le planning de deux années annoncé en réunion publique pour boucler le projet est de toute évidence un choix politique et non la résultante d’une gouvernance partagée depuis plusieurs années. Que vous le vouliez ou non, hormis votre demande légitime, la question de la faisabilité du lotissement en si peu de temps est un enjeu politique local. C’est une situation qui depuis vingt ans a exacerbé des conflits dans votre propre corporation. C’est également la source et la cause de l’absence de compromis avec tous les autres acteurs de la commune. Dans ce contexte, l’honnêteté intellectuelle n’est même plus admise. L’intervention du président de Cap Atlantique qui stigmatise l’assemblée des citoyens présents lors de cette réunion publique en les accusant de comploter pour miner le projet est d’une étroitesse idéologique malvenue. Entendre des critiques ou des avis différents ne semblent pas les intéresser. Ils ne les acceptent pas tout simplement. L’ultime erreur serait que vous pensiez comme eux.

Il n’est donc pas possible ni même pensable de remettre en question une décision prise unilatéralement ni envisageable de présenter des alternatives moins coûteuses et plus soucieuses d’une réelle protection de l’environnement. L’ « or vert » qui complétera l’économie de demain est mis au banc des utopies. Proposer un parcours différent peut-être plus novateur et plus respectueux de l’image artisanale qui est un gage d’authenticité pour un produit naturel n’est pas plus audible.

Enfin, nous considérer, Bénédicte Dupé et moi-même, comme des opportunistes surfant sur la vague des prochaines municipales comme le prétendent les élus actuels serait la toute première et grossière erreur. Pour rallier les bonnes grâces des professionnels de la mytiliculture et gagner en popularité ne serait-il pas mieux d’aller dans le sens de notre oligarchie locale ? Notre conduite est guidée par l’envie de partager avec tous les acteurs du territoire. Sans plus.

Dominique BOCCAROSSA

 

1 – Nous sommes conscients de l’importance économique et sociale de votre présence dans la commune. Nous savons que vous manquez d’espace pour développer votre activité.

2 – Dès le début, nous avons manifesté des doutes sur le choix du site de Loscolo, de même que sur les infrastructures qui lui seront associées. Vous êtes bien sûr conscients des coûts élevés qu’il représente en termes d’investissement public et de ses répercussions en termes d’aménagement du territoire.

3 – La décision a été prise il y a 20 ans selon des critères qui ne sont plus valables aujourd’hui. Les études nécessaires sur les enjeux économiques et sociaux n’ont jamais été menées. Idem pour la biodiversité impactée bien au-delà de la zone proprement dite. La réunion publique du lundi 24.9 a confirmé tout cela et a fait ressortir le manque d’information du public. Vos intérêts ne se limitent pas au cercle restreint de votre profession : il existe toute une économie « externe » qui n’a jamais été abordée par les décideurs.

4 – Votre activité pourrait être fragilisée s’il n’y avait pas de propositions répondant à vos attentes. Cependant, depuis l’annonce du projet Loscolo en 2003, seule une minorité de mytiliculteurs s’est dite intéressée. La profession a malgré tout conforté son chiffre d’affaires durant toute cette période. Les divergences se portent pas sur des réalités mais sur des incertitudes et des non-dits, que le projet Loscolo ne résoudra pas.

5 – Les principaux décideurs jugent qu’il n’y a pas d’alternative à ce projet sans en avoir étudié aucune. Ils ne dévoilent pas leur agenda politique. Or, le planning sur deux ans annoncé à la réunion publique résulte de choix politiques, les mêmes qui ont exacerbé depuis 20 ans les conflits dans votre propre corporation et avec les autres acteurs de la commune. Les politiques n’acceptent aucune opinion divergente. Ne faites pas l’erreur de vouloir penser comme eux.

6 – Ne cédez pas à la pensée dominante qui exclut de présenter des alternatives moins coûteuses et plus soucieuses de l’environnement. Nous ne sommes pas des opportunistes comme certains le disent. Nous désirons simplement partager avec tous les acteurs du territoire.

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