Place publique #1 : “Les catholiques et l’environnement”

J’ajoute une nouvelle rubrique sur ce blog : “Place publique”. En effet, les habitants de Pénestin lisent, réfléchissent, écrivent. Il serait bon qu’ils disposent d’un support adapté pour accueillir leurs écrits de réflexion ou d’opinion, et l’existence d’un tel support incitera peut-être d’autant plus de personnes à s’exprimer aussi.

Voici un premier texte, signé Dominique Boccarossa :

Laudato si 

Les catholiques et l’environnement

En France, la proportion de catholiques pratiquants reste sensiblement la même (de 12,2% à 13,5%) quelle que soit la taille de la commune. On n’est pas plus pratiquant à la campagne qu’en ville. Il existe cependant trois foyers géographiques en France où le nombre de catholiques pratiquants dépasse les 18%. La Bretagne est l’un de ces trois foyers. Le catholicisme conserve donc une réelle influence chez les Bretons attachés à leurs églises et à tout ce qui a trait à cette religion qu’ils ne pratiquent presque plus mais qu’ils défendent en tant que vestige de leur identité culturelle et spirituelle. A Penestin, comme dans plusieurs communes du littoral  Breton, la fréquentation de l’église varie en fonction des saisons. Les estivants participent au maintien du culte (1). Le rapport au Sacré s’est modifié sans vraiment disparaître mais quand est-il aujourd’hui pour les catholiques pratiquants ou non de la protection de lanature,« Création » d’un Dieu, et cause première de toutes choses ?

Parmi les hommes de foi et de prière contemporains les plus emblématique du mouvement écologiste, Théodore Monod (1902 – 2000) fut l’un des premiers à dénoncer le pillage de la planète. L’Eglise elle, suivra sans jamais le précéder, le mouvement mondial pour la défense de l’environnement.

En 1972, au moment de la première Conférence des Nations Unies sur l’Environnement à Stockholm, Paul VI mettait en garde contre “la poussée aveugle du progrès matériel” et le déclin du “respect de la biosphère” et dénonçait  « une exploitation inconsidérée de la nature avec le risque de la détruire et d’être (l’humain)à son tour la victime de cette dégradation ».


Quelques années plus tard Jean Paul II écrit un texte sur la doctrine sociale de l’Eglise (Centesimus Annus) où il dédie un chapitre à l’écologie en appelant les chrétiens à une « conversion écologique globale »  car « leurs devoirs à l’intérieur de la création et leurs devoirs à l’égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi ».

Benoit XVI son successeur renouvelle l’invitation à « éliminer les causes structurelles des dysfonctionnements de l’économie mondiale et à corriger les modèles de croissance qui semblent incapables de garantir le respect de l’environnement ». l’Homme “maltraite la création (…) en raison de l’utilisation abusive des ressources et de leur exploitation égoïste et sans aucune précaution”.

Plus récemment, en 2015 le Pape François écrit « Laudato si » (Loué sois-tu) une Encyclique (2) de presque 200 pages à l’attention de ses évêques et de ses fidèles. Le texte classé en six chapitres positionne au premier plan l’enjeu écologique mondial. La protection de l’environnement est décrite comme un élément majeur pour la survie de l’humanité. En voici quelques extraits :

« La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, un programme éducatif, un style de vie, une pensée, une politique » (…) qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés »

«…certains prétendent obtenir d’importants bénéfices en faisant payer au reste de l’humanité, présente et future, les coûts très élevés de la dégradation de l’environnement ».

« qui cache le véritable impact environnemental d’un projet en échange de faveurs, conduit habituellement à des accords fallacieux au sujet desquels on évite information et large débat ».

« la prévision de l’impact sur l’environnement des initiatives et des projets requiert des processus politiques transparents et soumis au dialogue » (…)« les habitants locaux doivent avoir une place privilégiée » (…) « Le résultat de la discussion pourrait être la décision de ne pas avancer dans un projet, mais pourrait être aussi sa modification ou l’élaboration de propositions alternatives »

« Est-il réaliste d’espérer que celui qui a l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser aux effets environnementaux qu’il laissera aux prochaines générations ? »

“ maintenant que le seuil critique est dépassé (…) le concept de développement durable est incapable de lutter contre «l’accroissement vorace et irresponsable»

« Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation de pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non »

« Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Il s’agit simplement de redéfinir le progrès »

« Aujourd’hui croyants et non croyants, nous sommes d’accord sur le fait que la terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous.  Pour les croyants cela devient une question de fidélité au Créateur, puisque Dieu a créé le monde pour tous ».

Avec cette encyclique, le Pape François prône ouvertement une mobilisation citoyenne face à la crise écologique et place désormais le combat pour la protection de la nature dans la sphère politique tout en soulignant l’inefficacité du court terme. L’action individuelle et les associations sont désormais entrées dans un nouveau cycle, celui des solutions et des propositions car le temps du diagnostic est désormais révolu. Il dénonce aussi l’emprise du pouvoir de la technologie sur la pensée, la responsabilité de l’homme sur le changement climatique mais tend également la main à toutes les autres religions respectueuses de la vie. En intervenant ainsi dans la problématique environnementale François invite aussi les catholiques (3) à regénérer la dimension spirituelle de leur foi (4). Pourtant la hiérarchie de l’Église catholique, à de très rares exceptions près, ne s’est guère préoccupée du vivant non humain. Et l’on ne voit pas très bien aujourd’hui en 2019, quelles conséquences pratiques elle tire de l’encycliquedu Pape François sur ce point (5). Croyants ou non croyants, nous sommes responsables d’une dette creusée chaque année vis à vis des ressources naturelles. Et cette dette, aucun banquier ne pourra l’effacer. Si les catholiques (6) ont toujours cette possibilité de prier leur Dieu, le pape François veut de toute évidence les convertir également à l’action. Il propose une autre option pour les croyants comme pour les non croyants : Agir aujourd’hui pour demain. 

BOCCAROSSA Dominique

1) « Penestin  250 ans d’histoire paroissiale » Alain Pérais

2) Le texte intégral de l’encyclique est disponible sur internet. « Loué sois-tu », est aussi une prière de saint François d’Assise, devenu patron des écologistes pour son attitude fondamentalement respectueuse de l’œuvre du Créateur

3)  Il y a près d’1.3 milliards de catholiques dans le monde, Si une partie de ces fidèles prenait conscience de la crise écologique, du rôle qu’ils pourraient jouer dans la transition, la volonté d’intervention deviendrait potentiellement énorme.

5) Et à ceux qui oseraient maintenant dire « on ne savait pas », il est encore possible de lire ou relire quelques

textes précurseurs comme par exemple : Destruction et protection de la nature de Roger Heim (1952) – Avant que nature meure de Jean Dorst (1965)  –  “Printemps silencieux” de Rachel Carlson (1963) –  « La nature, problème politique » compte rendu  du débat organisé par le Centre catholique des Intellectuels français  (1972) . Depuis les années 70 la question environnementale a été largement diffusée.

5) A consulter également : Chronologie de l’écologisme du 18ème au 21ème siècle – Wikipédia

6) Pour les trois religions du « Livre » le judaïsme, le christianisme et l’islam, l’homme est au centre de la Création. La nature a été faite pour lui et il se doit de la dominer. Pour les grandes religions orientales telles que le bouddhisme ou le taoïsme, les êtres vivants doivent être respectés car ils sont une émanation du divin qui se confond également avec la nature. L’humain n’est qu’une forme de vie parmi d’autres. Selon les préceptes de l’hindouisme, nous pouvons nous réincarner sous n’importe quelle forme vivante, d’où l’intérêt de les respecter toutes.

2 commentaires sur “Place publique #1 : “Les catholiques et l’environnement””

  1. Merci!!! un petit additif concernant la position des chrétiens orthodoxes qui est similaire:

    La journée mondiale de Prière pour la sauvegarde de la Création, commémorée chaque année le 1 er septembre, fût instituée en 1989 par le patriarcat de Constantinople pour les orthodoxes, et à laquelle l’Église catholique s’est associée en 2015.

    Cette journée rappelle que dès les origines, L’homme a été mis à une place de protecteur de toute la nature et des animaux.

    Cette journée appelle à la préservation de l’environnement humain, sur les différents plans social, économique et environnemental.
    .
    Cette journée est l’occasion pour tous, les croyants, ceux de la première heure et ceux de la dernière heure, ceux qui cherchent Dieu sans pouvoir encore le nommer, et tous les hommes quel que soit leur origine ou leur croyance dont ce soin colore leur dignité humaine, de ranimer leur adhésion personnelle à leur vocation de gardiens de La Création.

    1. J’ai limité mon investigation aux catholiques tout simplement parce qu’ils sont largement représentés en Bretagne mais aussi à Penestin, lieu de notre résidence. Le plaidoyer du Pape François rejoint nos préoccupations environnementales de plus en plus prégnantes sur le territoire de la commune. Les Eglises protestantes et Orthodoxes sont bien sûr proches des Catholiques. Mais cette « prise de conscience » des Chrétiens sur la question environnementale est très « récente » si on la compare à d’autres religions. L’Hindouisme par exemple accorde une importance à l’environnement depuis quatre mille ans. Il n’y a pas de frontière entre l’homme, l’animal et la nature. Le Taoïsme, contemporain de l’ancien testament, ne sépare pas non plus l’homme de la nature. Notre culture Judéo-chrétienne a du retard mais il n’est peut-être pas trop tard.

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