Coupable (s)

par Dominique Boccarossa

Dans mon article du 3 mai dernier intitulé “Mytiliculture, l’heure du bilan”, j’incitais toute personne qui le souhaiterait à proposer un texte pour tirer le bilan de l’enquête publique sur le projet de parc conchylicole de Loscolo qui s’est déroulée du 14 février au 18 mars dernier. Je l’ai fait pour ma part dans l’article “L’enquête publique sur le parc conchylicole de Loscolo” du 12 mai. Dominique Boccarossa, propose aujourd’hui un texte intitulé “Coupable (s)”. J’attends les vôtres…

Je saisis l’occasion pour vous indiquer que la procédure d’autorisation environnementale est actuellement en phase de décision. Le préfet du Morbihan, M. Raymond Le Deun, peut suivre ou ne pas suivre les conclusions de la dernière enquête publique menée par M. Zeller. Sa décision sera connue très prochainement sur le site de la préfecture http://www.morbihan.gouv.fr/Publications/Enquetes-publiques/PENESTIN/Communaute-d-Agglomeration-de-la-Presqu-ile-de-Guerande-Atlantique2 S’il donne un avis favorable, les travaux commenceront dès le mois de septembre.

Le Département de Loire-Atlantique organise ce lundi 17 juin à la Cité des Congrès de Nantes une journée de colloque intitulée “Terre (à) ménager”, en présence d’Audrey Pulvar, journaliste et ancienne présidente de la Fondation pour la Nature et l’Homme, sur le thème de la “zéro artificialisation nette”. Il est encore possible de s’y inscrire en suivant le lien suivant : https://www.loire-atlantique.fr/jcms/classement-des-contenus/environnement/colloque-terres-amenager-17-juin-2019-a-nantes-old/colloque-terres-a-menager-17-juin-2019-a-nantes-fr-p2_1075886

Gérard Cornu

Coupable (s)

« En dix ans, la France métropolitaine a perdu près de 600.000 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels, soit l’équivalent d’un département comme la Seine-et-Marne (…) L’exploitation des ressources naturelles, le rythme élevé de l’artificialisation des sols sont la principale cause de la disparition de la biodiversité » (1)

Le Département de la Loire-Atlantique organise le 17 juin prochain à Nantes un colloque national sur la « zéro artificialisation nette », un nouveau modèle d’aménagement renouvelé plus respectueux des espaces naturels et agricoles. Comment créer un tel modèle ? La zéro artificialisation nette, au-delà de la préservation de la biodiversité doit aussi permettre son enrichissement, c’est-à-dire son développement. Face aux problèmes connus de l’étalement urbain, il faut inventer de nouvelles formes d’aménagement du territoire. Densifier, développer l’urbain sur lui-même pour éviter de nouvelles artificialisations, c’est logique mais surtout nécessaire. Il est possible de bien densifier (d’un point de vue social, environnemental, économique) et de rendre cette densification positive pour les habitants.   

A Pénestin, plus de 100 hectares ont été urbanisés en 20 ans. Le PLU en révision augmentera probablement l’artificialisation des sols. Le projet de lotissement au lieu-dit Loscolo en proche littoral, un parc d’activités conchylicoles, artificialisera 12 hectares supplémentaires, réseau viaire compris.

C’est un concept d’arrière-garde. La trame verte et bleue locale des trois communes limitrophes, Camoël, Assérac, Penestin, complexe territorial vital pour la biodiversité restante, est totalement absente dans le dossier et les prises de décisions. L’intérêt économique, environnemental et social pour la population et pour l’ensemble de la filière mytilicole n’est pas démontré. Les estimations du coût de l’opération sont incomplètes. Aucune alternative sérieuse n’a été proposée aux habitants.

Les deux enquêtes publiques qui ont donné un avis favorable au projet sont une mascarade et une supercherie. Mascarade parce que les décideurs avaient décidé bien avant ces deux enquêtes publiques. Supercherie parce que les rapports et les avis des commissaires enquêteurs comportent des omissions volontaires, des contradictions et des volte-faces environnementales.

Face aux enjeux environnementaux qui n’étaient pas d’une actualité aussi prégnante il y a 25 ans – période durant laquelle le projet fût décidé – nous devons penser un nouveau modèle d’aménagement plus respectueux des espaces naturels et agricoles. L’Association Cappenvironnement a demandé au préfet du Morbihan de ne pas suivre les conclusions du commissaire enquêteur et de réexaminer certaines solutions alternatives trop vite écartées.

Les associations pour la protection de l’environnement, sont souvent accusées par la municipalité de Penestin d’empêcher délibérément la liberté d’entreprendre et d’être immorales (2). Coupables aussi de révéler l’incompétence de certains élus complices des manquements à la loi Littoral, de dénoncer ces mêmes élus qui « tentent » régulièrement d’esquiver cette loi plébiscitée par une très grande majorité de Français pour satisfaire uniquement les intérêts mercantiles d’une minorité. Coupables également des actions en justice qui incommodent la vie de ceux qui entreprennent ou construisent sans ménager l’environnement.

Les associations pour la protection de l’environnement poursuivent une action qui dépasse depuis de nombreuses années les clivages politiques en Europe et protègent une richesse économique potentielle pour les générations futures.

Pour favoriser la zéro artificialisation nette, la reconversion des espaces déjà artificialisés est une bonne solution, il s’agit d’en faire évoluer les fonctionnalités et usages. Le projet du lotissement au lieu-dit Loscolo constitue une occasion de répondre localement à l’urgence de la fracture territoriale, au changement climatique et au déclin de la biodiversité.  

A Penestin, les responsables politiques d’aujourd’hui comme ceux de demain (3) ont clairement choisi de ne pas s’opposer au projet ni d’intervenir pour proposer d’autres solutions car le sujet divise. Un sujet « clivant », disent certains, « pas si grave » ou « pas une priorité », surenchérissent les autres. Une pensée réductrice et conservatrice qui préserve, à n’en pas douter, leurs futurs électeurs. Tout le monde semble dire stop et pourtant le coup d’arrêt n’est pas réellement porté. C’est une piètre consolation pour nos enfants et la biodiversité de connaître aujourd’hui les vrais coupables.

Depuis plus de dix ans, l’artificialisation des sols progresse plus vite que la population. Grignotage des terres, mitage, étalement urbain…

L’Association Cappenvironnement agira donc en conséquence, selon ses moyens, dès cet été.

Boccarossa Dominique  

1 –  Rapport sur la biodiversité dévoilé le lundi 6 mai, à Paris. Ce document de plus de 1500 pages a été mis au point par 150 chercheurs du monde entier, regroupés dans l’IPBES, le “Giec de la biodiversité”, en référence au groupement de scientifiques qui a tant alerté sur le réchauffement climatique. Le document avertit de l’explosion du nombre d’espèces menacées dans les années à venir.

« La France figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées au niveau mondial, ce qui lui confère une responsabilité majeure dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité qui frappe la planète (…) 75% de l’environnement terrestre a été gravement altéré par les activités humaines et 66% de l’environnement marin est également touché. (…) En dix ans, la métropole a perdu près de 600.000 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels, soit l’équivalent d’un département comme la Seine-et-Marne (…) L’exploitation des ressources naturelles, le rythme élevé de l’artificialisation des sols sont la principale cause de la disparition de la biodiversité »

2 – Conseil municipal  du 25 septembre 2017 – 6.5 informations municipales : recours et contentieux. Plusieurs conseillers municipaux dont le maire déclarent à propos d’un recours en justice concernant une affaire d’urbanisme que c’est : « une tromperie,  moralement indéfendable, un détournement du droit de justice, une folie procédurière, une procédure pour faire du mal aux autres, abus de droit, abus d’ester en justice, immoral »

3 – De nombreux prétendants (es) déclarés ou non à la gestion communale ont clairement approuvé le projet en faisant un copier/coller des arguments développés par M. Baudrais, le maire de Pénestin. D’autres ont préféré ne pas s’y opposer, une autre façon de dire oui. Dans le même temps, une partie des habitants dénonçaient le saccage d’une biodiversité ou l’inexistence de projets alternatifs. « L’intérêt général » n’est pas, à l’évidence, le même pour tout le monde.

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