Tout le monde ou presque à Pénestin connaît Lise, la coiffeuse de la rue du Pont Cano. Cela fait 30 ans qu’elle coupe, taille, sculpte, cisèle, rafraichit, blaireaute, fignole, affine… Elle fait ressortir nos visages, en principe pour le meilleur. Quand je vais chez elle, je lui fais toujours la même plaisanterie lorsqu’elle me tend le miroir :
« Oh ! Tu m’as embelli. Je vais pouvoir aller draguer ! »
Intérieurement, j’ajoute :
« Malgré mes 70 ans passés. Malgré la tristesse que je porte en moi. »
Lorsqu’elle était enfant, elle faisait régulièrement le même rêve, m’a-t-elle dit. Elle était allongée sur la plage de la Source, vaste étendue ouverte, mais en réalité refermée sur elle-même, car des deux côtés, les issues sont très lointaines pour une petite fille. Une énorme vague arrive, qu’elle est la seule à voir, et cette vague submerge tout les vacanciers, jeunes et vieux, présents sur la plage. Elle, elle se laisse porter jusqu’à la falaise. En se retournant, elle voit les serviettes multicolores flottant sur l’eau, seule trace de la vie qui s’est éteinte.
Quel rapport avec son métier de coiffeuse, me direz-vous ? Eh bien, dans la coiffure, on coupe, on retranche, les mèches tombent pour faire mieux apparaître le visage. De même que ces noyés dont ne subsistent que les serviettes, quelque chose disparaît pour qu’autre chose advienne : ce visage dans lequel Emmanuel Lévinas voyait la marque de notre humanité.
Une coupe de cheveux vaut plus que l’on croit. Elle nous révèle. Lise serait-elle une magicienne ?
Pourtant, elle conserve son regard d’enfant. Face aux drames de tous ordres qui constituent la trame de nos vies, elle ne fléchit pas. Les serviettes qui flottent à la fin de son rêve sont comme un clin d’oeil, un trait d’humour enfantin. Elles rendent le drame, la mort, la peur même, supportables. Rien de superficiel ici. Soigner les apparences, c’est agir en profondeur, interagir avec nos personnalités.
Lise a aimé ce métier. Son salon était un lieu de vie, de conversations. On s’y livre, l’air de rien. La gaité masque les épreuves, l’apparente superficialité n’est qu’un subterfuge qui aide à dédramatiser.
Sur la photo, on voit Lise sourire à côté de l’affichette confectionnée par sa sœur… Et l’on se dit que cela continuera autrement.
Bonne retraite à toi, Lise amicale qui rêves en couleurs !
Joli texte !!!!!!
Les commentaires consistant à singer d’autres messages pour en détourner le sens n’apportent rien à la discussion.
Je n’en retiendrai pas d’autres de ce type.
Bon vent lise vers de nouvelles aventures 😍😍😍
Lise est « ma » coiffeuse » depuis ses débuts à chaque fois que je fais un tour à Penestin !
C’est devenue « mon » amie et je ne regrette pas une seule fois d’avoir poussé la porte de son salon….
Bonne retraite , Lise !
Joli texte !