Pourquoi tant de flou quand on tente de se remémorer le mandat qui s’achève ? Un mandat houleux, scandaleux, même, disent certains. Mais dont les épisodes marquants nous glissent entre les doigts, comme s’ils n’avaient ni structure, ni réelle consistance. Souvent, ce sont des rumeurs qui ont occupé le haut du pavé. Nous manquons de mots justes et simples pour dire ce qu’a été ce mandat et ce qu’il a signifié. Cette question était déjà celle de mon article précédent.
Remontons quelques années en arrière. Le 22 juin 2022, Pénestin rendait hommage à Jean-Claude Baudrais, son maire pendant 25 ans, décédé à l’âge de 80 ans. La cérémonie avait lieu devant la Salle des Fêtes, en présence de sa famille et de nombreux habitants.
Une mémoire confuse
Dans son discours, Pascal Puisay évoque son arrivée à la mairie. Les souliers de M. Baudrais sont trop grands pour ses petits pieds, dit-il. Mais ceux-ci « grandissent vite ». Sa première découverte en endossant les habits de maire : il est désormais en première place pour recevoir des coups.
Et cela d’autant plus que « certains opposants, dans la commune, se sont fait une spécialité de s’attaquer aux hommes plutôt qu’aux idées ». Puis il s’interroge sur la résistance qu’il a fallu à son prédécesseur pour supporter pendant 25 ans ce que lui-même vient de subir en deux ans.
Pascal Puisay incarnait-il Pénestin, ce jour-là ?
Un hommage, c’est un geste par lequel une collectivité se refonde et resserre ses liens. C’est un moment où l’on trouve des mots qui resteront dans les mémoires.
Il a parlé avec ses mots. Il a dit : je reçois des coups, on me frappe. Mes opposants s’attaquent aux hommes et non aux idées. Voyez ce que j’ai déjà subi en deux ans !
Pour être précis, il ne parlait pas vraiment de lui-même en tant que personne, il disait ce que cela signifiait pour sa personne d’être devenu maire de Pénestin. Il parlait de son expérience du pouvoir. Etre au pouvoir, c’est être exposé. Exposé aux coups. Etre aux prises avec des ennemis.
Il l’avait déjà écrit, d’ailleurs, dans son éditorial du bulletin municipal d’octobre 2020 :
« Mais oui, la représentativité dans la vie publique s’apparente quelquefois à un combat : prendre des coups, esquiver, mettre un genou à terre, se relever et apprendre à vivre avec des cicatrices. »
M. Puisay parle de « coups » pour désigner des arguments. Son vocabulaire est celui du combat.
Mais de quoi parle-t-il exactement ? Si l’on se replonge dans les premiers mois de la mandature, les épisodes auxquels il peut faire référence apparaissent assez clairement.
Les premiers « coups » subis par le maire
Faisons un effort de mémoire.
- Deux élus se rendent aux services techniques, à l’invitation de leur directeur, en vue d’installer eux-mêmes des ganivelles pour protéger les hirondelles de rivage nichant sur les falaises au Maresclé. L’initiative provoque une vive réaction du maire.
- Au Conseil municipal, un vif débat oppose certains élus sur la question du fauchage raisonné. Le maire arbitre en faveur de l’un de ses adjoints contre un conseiller d’opposition.
- Ici même, sur penestin-infos, le témoignage d’un habitant en fauteuil roulant attire l’attention sur des problèmes d’accessibilité et sur l’usage d’emplacements réservés aux personnes handicapées.
Pris isolément, ces épisodes peuvent paraître mineurs. Mais ils ont un point commun : chacun d’eux a été vécu comme une attaque personnelle par le maire, qui y a vu l’expression d’une hostilité dirigée contre lui. Et qui, dans un tel contexte, y a répondu avec une certaine rudesse.
C’est dans ce climat qu’apparaît progressivement – assez vite en fait – la représentation du pouvoir exposée de façon si frappante par le maire dans son éditorial d’octobre 2020 : celle d’un combat où l’élu « prend des coups ».
D’autres épisodes, d’une intensité qui ne fait que croître, vont jalonner le mandat. Entre autres :
une lettre de Cap Atlantique subtilisée d’un dossier d’urbanisme ; la vente d’un terrain à la fille du premier adjoint Michel Bauchet, où celui-ci et son gendre Jean-François Vallée (toujours présumés innocents) ont été mis en cause pour favoritisme ; les premières étapes confuses autour de la maison médicale ; les derniers soubresauts du projet conchylicole de Loscolo ; la vente du presbytère attaquée en justice et par une puissante pétition ; de premières démissions dans la majorité ; d’autres démissions…
La vie municipale se trouve progressivement marquée par une succession de crises dont chacune, prise isolément, peut sembler circonstancielle.
Une mémoire devenue « muette »
Certaines situations prennent une dimension plus personnelle et plus douloureuse, rendant les choses encore plus difficiles à aborder publiquement. Avril 2023 est devenu une mémoire muette. Un tabou. Le maire a fait le choix du silence alors que foisonnaient rumeurs et informations mêlées. Beaucoup d’habitants ont pris alors le parti de se taire, par respect ou par fatigue du conflit. La presse de même.
Peu à peu s’est installé un climat paradoxal.
Les tensions sont bien réelles, les épisodes nombreux, mais ils restent difficiles à relier entre eux dans un récit commun. Chacun se souvient de fragments : un conseil municipal évacué par la gendarmerie, des questions sèchement disqualifiées lors de réunions publiques sur la vidéoprotection ou sur le PLU…
Pris séparément, ces faits donnent l’impression d’une série d’incidents. Ensemble, ils dessinent pourtant quelque chose de plus profond : un mode de fonctionnement politique où la critique et la contradiction sont vécues comme des agressions, et où la vigilance démocratique semble devenue indécente.
Là réside peut-être le mécanisme qui explique le sentiment partagé aujourd’hui par beaucoup d’habitants : celui d’un mandat agité dont on ne parvient pas à reconstituer la logique. Trop de faits, trop de versions différentes.
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Dans une démocratie locale, la contradiction n’est pas un problème : elle est une ressource. Les élus ont besoin de contradicteurs. Non pour les affaiblir, mais pour éprouver leurs décisions, corriger leurs erreurs et améliorer les projets. Une municipalité vivante n’est pas celle où l’on évite les désaccords, mais bien plutôt celle où l’on apprend à les entendre.
Vous et moi n’aspirons en fait qu’à une vie municipale simplement normale. Pouvoir s’exprimer librement, exposer ses difficultés, proposer ses idées, échanger des arguments sans haine ni crainte.
N’est-ce pas ce que promettent à nouveau aujourd’hui, comme il y a six ans, MM. Puisay et Vallée ?
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Très beau paragraphe que celui ci : Pris séparément, ces faits donnent l’impression d’une série d’incidents. Ensemble, ils dessinent pourtant quelque chose de plus profond : un mode de fonctionnement politique où la critique et la contradiction sont vécues comme des agressions, et où la vigilance démocratique semble devenue indécente.
Pénestin est dirigé depuis trop longtemps par des individus qui ne comprennent pas la notions de collectif et de démocratie.