De nouvelles fouilles archéologiques auront lieu cette année sur la zone du projet de parc conchylicole de Loscolo

C’est une décision du préfet de région : les résultats des fouilles menées l’été dernier dans la zone Loscolo sont d’un intérêt suffisant pour justifier leur poursuite. Le « diagnostic archéologique » d’une soixantaine de pages de Gilles Leroux, archéologue à l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) (1), se fait l’écho de deux découvertes d’une certaine importance : on a trouvé dans la partie centrale de la zone des traces d’une voie de circulation possédant certains traits des chemins secondaires antiques, et en bordure de la zone, les vestiges d’un atelier d’extraction du pourpre à partir de coquillages, destiné à la teinture des vêtements.

Ces deux découvertes ont-elles un lien entre elles ? La route desservait-elle l’atelier dont on nous dit qu’il était sans doute actif et très fréquenté ? C’est peu probable, car celui-ci semble être plus ancien que la route. Autre question : les nouvelles fouilles auront-elles pour conséquence de retarder ou d’empêcher la poursuite des travaux du parc conchylicole ? Sans doute pas. Seule une découverte dite « exceptionnelle » peut entrainer une modification du projet, voire son annulation.

Les pièces donneront matière à des publications scientifiques

En l’espèce, l’arrêté autorisant de nouvelles fouilles a pour but de valoriser les vestiges présents sur place avant la destruction du site lorsque les travaux reprendront. Certaines pièces seront peut-être exposées dans des musées, et toutes donneront lieu à des publications scientifiques. Il faut ajouter aussi que, selon le diagnostic, certains éléments ont été endommagés par l’entreprise qui a effectué le défrichement.

On ignore pour le moment quand auront lieu les nouvelles fouilles. La DRAC (Direction régionale de l’action culturelle) en fixera le cahier des charges et un contrat sera signé entre l’opérateur chargé de procéder à ces fouilles et le maître d’œuvre du projet Loscolo, Loire Atlantique Développement, par lequel l’opérateur s’engagera précisément sur leurs conditions de réalisation, à commencer par les dates de début et de fin. Les travaux pourront ensuite démarrer dès le lendemain de la fin des fouilles (sous réserve, cette fois, qu’ils ne soient pas bloqués par les recours en justice qui seront arrivés à échéance, cette éventualité étant loin d’être exclue…)

S’agissant de la voie de circulation, on sait que la Gaule était dotée avant l’occupation romaine d’un réseau très complet de voies sur lesquelles circulaient des chars à deux ou à quatre roues et de nombreux transports de marchandises. César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, relate que ces voies ont permis à ses légions de progresser rapidement sur le sol gaulois. En Armorique, un axe important reliait Vannes (Civitas Venetiorum) à Nantes (Portus Namnetum), mais il passait plus au Nord. On ignore presque tout, en revanche, des voies secondaires. Il se confirme en tous cas que l’estuaire de la Vilaine, bien que ne possédant pas encore d’urbanisations était une zone de circulation active sur terre, comme sur la mer et la rivière… avec, d’ailleurs, leurs nombreux naufrages et leurs batailles. Celle de César contre les Vénètes se déroula au large de Pénestin, pratiquement au même endroit que, 18 siècles plus tard, la bataille des Cardinaux : entre les îles de Houat et Hoedic et la presqu’île de Sarzeau.

Avant même l’existence d’une urbanisation préfigurant le village de Pénestin, la zone était loin d’être aussi enclavée qu’on pourrait le penser en raison des marais qui l’entourent, et l’on peut se réjouir de voir s’enrichir le patrimoine historique et préhistorique de la commune.

Des gastéropodes carnivores qui se nourrissent de moules

Les archéologues ont aussi vu leur attention attirée par « une série de fossés et de fosses dont l’organisation trahit conjointement l’existence d’un découpage spatial à une relativement grande échelle et la présence d’une installation domestique » (p. 9 du diagnostic archéologique). La présence de nombreux coquillages écrasés, les Nucella Lapillus, indique que cette installation était dédiée à l’extraction du pourpre. Ces coquillages sont en effet des gastéropodes carnivores, qui se nourrissent de moules et sécrètent durant leur digestion une matière que les Gaulois récupéraient pour teindre de pourpre les textiles. Ils sont aujourd’hui communément appelés « bigorneaux perceurs », bien connus des mytiliculteurs dont ils déciment parfois les récoltes. Ceux parmi eux qui envisagent de s’installer à Loscolo ne seront certainement pas ravis de les retrouver à nouveau sur leur chemin…

On en avait aussi découvert une grande quantité, eux aussi écrasés, au niveau de la plage du Lomer ( https://www.ouest-france.fr/bretagne/penestin-56760/penestin-les-falaises-de-lomer-un-vestige-archeologique-6396336 ). Cependant, rien n’indique avec certitude qu’il y ait un lien entre ces deux lieux distants d’à peine deux kilomètres. L’archéologie est une discipline exigeante où tout doit être prouvé, et même si leur distance est faible, un écart de plusieurs siècles peut séparer l’exploitation de l’un et de l’autre.

Le pourpre jouait un rôle important chez un peuple où hommes et femmes étaient très soucieux de leur apparence et portaient des vêtements en lien à la fois avec leur statut social et avec leur origine. Le rouge était une couleur de vêtements caractéristique de plusieurs tribus gauloises.

Un lien entre l’extraction du pourpre et la production de sel sur le territoire de Pénestin ?

L’analyse des coquillages relève d’une discipline rare, l’archéomalacologie, qui explore le passé à partir de l’examen des coquillages et des mollusques. L’une des rares spécialistes de ce domaine, Catherine Dupont, chercheuse au CNRS, a examiné des spécimens de ces coquillages et son article, intégré au rapport de M. Leroux (p. 57 et suivantes), fourmille de questions passionnantes (2). Les coquillages trouvés sur la zone de Loscolo peuvent-ils être datés, contrairement à ceux du Lomer, dont l’analyse n’a pas été poussée jusque là en raison de la fragilité de la falaise ? Quels étaient les techniques d’extraction des « glandes tinctoriales » du coquillage et avec quels outils ? Peut-on espérer en retrouver ? L’un des bâtiments était-il associé à une source d’eau douce ?

Par ailleurs, les textes antiques notent parfois l’utilisation de sel dans la confection des colorants. Or, il y a également des traces d’une production de sel sur le territoire de Pénestin dans des marais salants sans doute exploités dès l’Antiquité. Y a-t-il concomitance entre les deux activités ? Le site de Loscolo offre la première opportunité de tester cette hypothèse qui n’a encore jamais pu être démontrée. On comprend que Catherine Dupont,  tout comme Gilles Leroux, ait souhaité pouvoir poursuivre ses recherches pour lesquelles Pénestin offre un terrain aussi favorable.

Mais ce n’est pas tout. On a retrouvé sur les lieux des « déchets alimentaires ». Sont-ils synchrones avec les activités de l’atelier ? Nous en diront-ils plus sur la façon dont vivaient et se nourrissaient nos ancêtres ? En l’absence d’urbanisation, on peut supposer que ceux qui travaillaient à l’extraction de la pourpre et du sel vivaient néanmoins à proximité. L’habitat gaulois était très dispersé et des chaumières isolées pouvaient se trouver en pleine forêt. D’autres étaient regroupées en « hameaux » de 4 ou 5 maisons. Peut-être en saura-t-on plus grâce aux futures fouilles.

L’archéologie joue un rôle d’autant plus important pour la connaissance de la Gaule antique qu’il s’agissait d’une société sans écriture. Les témoignages écrits sont ceux de voyageurs grecs ou des vainqueurs romains. Les fouilles et le lent travail de datation, d’analyse, de classement et de déduction permettent de compléter ces écrits et d’accroître notre connaissance d’une culture originale et riche, souvent tournée vers l’extérieur à travers le commerce (et la guerre…), et qui s’est ensuite prolongée en tant que « culture dominée » sous l’Empire romaine. Dominée, mais aussi capable d’influencer ses maîtres, par exemple dans le domaine du vêtement, justement ! Le monde gallo-romain est largement considéré comme un univers d’interactions. Nos identités y plongent sans doute, aujourd’hui encore, de lointaines racines.

Note importante : il est formellement interdit de « fouiller » par soi-même sur les lieux destinés aux futures investigations. Les vestiges sont de toutes façons peu spectaculaires. Ils sont rendus inutilisables pour les archéologues s’ils ne sont pas ramassés et traités avec le plus grand soin selon des techniques professionnelles, et si le lieu de leur découverte n’est pas connu de façon extrêmement précise. S’approprier des objets sur un lieu de fouilles est un délit lourdement sanctionné. Dans le cas d’une découverte fortuite sur les chemins ou dans les prés qui entourent la zone de Loscolo, vous pouvez en avertir par ordre de pertinence : 1) l’INRAP à Cesson-Sévigné, 35, 2) le service Patrimoine de la mairie de Pénestin, 3) moi-même qui me chargerai de faire suivre.

(1) Le rapport de diagnostic archéologique « Loscolo » a été retiré du site de l’Inrap.

(2) Catherine Dupont, Indices de consommation de fruits de mer et d’extraction de colorant (Loscolo, Pénestin, Morbihan), CNRS / CReAAH, https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03031908/document

J’ai utilisé les ouvrages suivants pour la rédaction de cet article : Jean-Paul Savignac, Le bonheur d’être gaulois ; Jean Riser, Un philosophe grec en Gaule, le voyage de Posidonius d’Apamée ; Jules César, La Guerre des Gaules ; Jules Michelet, Histoire de France, t. 1 ; Eugène Sue, Les mystères du peuple, t. 1 et 2.

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