Il y a un an, penestin-infos par temps de confinement

C’était il y a tout juste un an. Le 17 mars 2020, penestin-infos publiait sous le titre « Infos du jour » une série d’informations et de conseils à propos du confinement qui débutait. Une « cellule de crise » de l’équipe Puisay, tout juste élue et dont on croyait encore à ce moment-là qu’elle prendrait ses fonctions à la fin de la semaine, s’était réunie le matin. La police municipale répondait aux questions que je lui transmettais : non, en principe, on ne pouvait pas se promener par deux ou trois, oui, on pouvait se promener si on n’avait pas de chien, non, l’attestation pour aller faire des achats ne permettait pas de s’arrêter chez des amis au retour. M. P. Puisay écrivait dans les commentaires : « Je te remercie Gérard de prolonger l’information sur ton blog. (…) J’appelle à la solidarité de tous pour que nos plus fragiles puissent trouver une main tendue (à 1 mètre) »

Penestin-infos allait devenir pendant deux semaines le support privilégié du lien social à Pénestin. Nous avions conscience de vivre un moment historique, où notre environnement familier prenait des formes étranges et déstabilisantes. Le nombre de cas de Covid doublait toutes les 72 heures. À ce rythme, on s’attendait à ce que la pandémie fasse de 300 et 500 000 morts. Ce que nous ressentions n’était pas de la peur, mais de la gravité. Il est vrai que les 90 000 morts auxquels nous sommes arrivés à ce jour auraient suscité le même effroi, si telle avait été la prévision.

La petite dame de l’ehpad

Pendant cette première période, les commentaires ont été nombreux sur penestin-infos : on s’échangeait des tuyaux sur les filmothèques, les musées, les archives cinématographiques, qui rendaient leurs richesses accessibles… On commentait avec curiosité et empathie les textes qu’ont accepté de proposer Pierre Blaize qui nous a touchés en nous parlant d’un oiseau qui revenait année après année dans son jardin, Edwige avec sa petite dame de l’ehpad, Thierry et son invasion, très drôle, d’une armée de virus extraterrestres, Amonite et ses visions poétiques de la vie de tous les jours. Mireille était aussi très présente à travers les commentaires.

Il y avait aussi des discussions entre des personnes que tout avait semblé opposer jusque là. Pierre Blaize, encore, suggérait d’aménager un square près de l’office du tourisme dont la situation aurait favorisé les contacts entre générations. Il suscitait plusieurs réponses, dont Pascal Puisay qui écrivait : « Comme je m’y suis engagé, ce projet (sous une forme un peu différente) se fera de manière participative et nous associerons les élus de toutes sensibilités, les parties prenantes (commerçants, habitants du bourg, utilisateurs…) » Au total, 17 articles et plusieurs dizaines de commentaires ont paru entre le 17 mars et le 1er avril 2020.

Bref, le projet que j’ai toujours eu pour ce blog, celui de communiquer avec, et de faire communiquer entre elles, ces personnes diverses par l’âge, l’origine sociale, les modes de vie, les opinions, qui constituent la population d’un village comme Pénestin, ce projet prenait un relief particulier dans les moments inédits que nous vivions. Penestin-infos était en phase avec les événements que nous traversions.

Ce relatif état de grâce n’a guère duré plus de deux semaines. Ensuite, tout a changé très vite. Le 2 avril, j’ai publié un texte qui m’avait été proposé par « Alain et Josette » et qui pointait certaines insuffisances de l’ancienne et de la nouvelle municipalité dans le soutien aux commerçants et aux personnes vulnérables. Ils le faisaient dans le respect des personnes, sans animosité, et pour une large part sous forme de questions. De mon côté, j’avais publié le 25 mars un article intitulé « Besoin d’un coup de main pour faire vos courses ? », qui présentait l’organisation mise en place par la mairie. Plus tard, j’ai donné la parole au président de la Réserve Civile. Entre temps, Colette Blaize, puis la liste « Autrement Pénestin » de Jean-Claude Lebas, m’avaient aussi adressé des textes que j’ai publiés.

le droit de débattre

Nous étions passés, à Pénestin comme ailleurs, d’une première phase de sidération à une nouvelle phase ou le débat politique reprenait ses droits. Fini le consensus, retour à la confrontation des opinions. Au plan national aussi, certains auraient souhaité, face à la pandémie, que nous « regardions tous dans la même direction », alors que la quasi totalité des intellectuels, d’Edgar Morin à André Comte-Sponville ou à Sylvain Tesson, revendiquait le droit de débattre.

À Pénestin, la mauvaise entente entre l’ancien et le nouveau maire, par exemple, était patente quoique jamais évoquée ouvertement. Les insuffisances soulignées par les textes des uns et des autres avaient une cause, politique elle aussi : la décision de M. Baudrais de limiter les autorisations de sortie. Deux personnes en tout et pour tout, Mme Girard pour la mairie, et M. Picard-Brétéché pour la Réserve civile, devaient répondre à toutes les demandes. Moi comme d’autres avons proposé à Gérard Picard-Brétéché de l’aider pour les courses des personnes vulnérables. Il répondait invariablement qu’il y arrivait tout seul et n’a avoué la vérité que plus tard. Officiellement, on disait qu’il y avait un dispositif en place, que des équipes étaient à pied d’œuvre. Le débat, reposant sur des informations aussi parcellaires, voire erronées, ne pouvait que susciter de nouveaux malentendus, d’autant plus que le confinement empêchait la plupart des rencontres en face-à-face qui permettent habituellement d’atténuer ou de résoudre les conflits.

Penestin-infos n’a pas échappé à la dureté de ces nouveaux conflits. M. Puisay a répondu à « Alain et Josette » par un texte dont la longueur même semblait signifier que son but était de clore le débat. C’était le 2 avril. Plus tard, dans son premier édito comme maire, il écrivait d’ailleurs à propos de cette période : « j’aurais préféré le silence à la multiplication des remarques » (Bulletin municipal n° 124, juillet 2020). Mais cela n’existe pas en politique, à moins d’être un véritable « tueur » comme on en a connu quelques uns ces dernières décennies à l’échelle nationale. Dans le débat public « normal », on ne fait pas « taire » ses adversaires, on ne les réduit pas au silence, même si l’on en a le fantasme. Les diverses positions survivent aux batailles et le débat démocratique a vocation à se poursuivre, non à s’éteindre comme lorsque Bonaparte était venu signifier la fin de 10 années de Révolution.

Le long message de M. Puisay a donc suscité des réponses, dont une de moi je le reconnais, très longue elle aussi, trop longue certainement, maladroite comme il m’arrive de l’être. Tous ces textes sont disponibles pour ceux que cela intéresse, dans les commentaires de : http://www.penestin-infos.fr/chers-citoyens-et-elus-de-penestin/  . Le fossé qui s’est creusé à ce moment-là ne s’est jamais refermé. M. Puisay s’est plaint à plusieurs reprises des lecteurs de penestin-infos, coupables de cultiver un esprit frondeur, râleur, polémique pour tout dire. Puis il en est venu à dire en Conseil municipal que ce public était « particulier », qu’il s’était fait alpaguer à chaque fois qu’il s’était exprimé sur le blog… Je me suis déjà prononcé sur tout cela (http://www.penestin-infos.fr/je-proteste/ ).

ma réponse à un texte qui se voulait « définitif »

La rupture fut brutale, et j’ai du mal à croire qu’elle ait été causée uniquement par ma réponse à un texte qui se voulait « définitif ». C’est comme si nous avions eu affaire à deux personnes différentes en mars et en avril 2020. Je crois avoir tout tenté, j’ai même proposé de présenter des excuses : pas de réponse. Je me souviens d’avoir écrit à M. Puisay un long courrier pour expliquer la différence entre l’esprit critique et la polémique, resté lui aussi sans réponse. M. Puisay n’a certes « tué » personne, mais il a montré qu’il pouvait être « blessant ». La deuxième phase du confinement n’avait plus aucune ressemblance avec la première.

Ce blog en a subi les conséquences. Ses sources d’information se sont taries, les portes se fermaient, les mails et les coups de fil se heurtaient à des silences butés et à des absences suspectes. Tenir un blog d’informations locales dans ces conditions n’est certainement pas une sinécure. Les critiques, les accusations, voire les calomnies, se sont multipliées. Leur but, tel que je l’ai compris, était soit de me décourager, soit de me pousser vers l’opposition, et ainsi de me banaliser, de me priver de l’originalité qui, je crois, contribue largement au succès de ce blog : s’adresser au gens par-delà les différences d’opinion, franchir les barrières qui séparent des « clans », s’ouvrir et ouvrir les autres aux différences, à cette notion bizarre qu’on appelle l’altérité.

Cela m’amène à une conclusion. Il me semble percevoir chez M. Puisay une hésitation entre deux positions différentes. Il m’a écrit un jour, l’an dernier, que le blog « Osons Pénestin », s’adressait à ceux qui l’ont élu et qui lui « demandent des comptes ». Il ne trouvait rien à redire à ce que penestin-infos existe de son côté et s’adresse « aux autres ». Cette sorte de Yalta aurait signifié un retour sans ambages au système des clans. Dans d’autres contextes, au contraire, il lui arrive de dire qu’il veut être le maire de tous les Pénestinois. Ce n’est pas la même chose, évidemment, de représenter sa majorité ou de représenter l’ensemble de la population. Représenter toute la population d’une commune réclame de prendre de la hauteur et de s’extraire de son camp.

Un homme, récemment, a formulé cela avec beaucoup de clarté, c’est Joe Biden, que M. Puisay a tenu à féliciter pour sa victoire, sur « Osons Pénestin ». Prenant le contrepied de la position qui fut celle de Donald Trump, il déclarait le 8 novembre dernier : « Je m’engage à être un président qui ne cherchera pas à diviser, mais à unifier, qui ne voit pas des Etats rouges et des États bleus, mais voit seulement les Etats-Unis. »

Discuter n’est pas une perte de temps

Durant sa campagne, M. Puisay disait que si Mme Dupé ou si M. Boccarossa proposaient une idée meilleure que celles défendues par sa majorité, il la choisirait. Pour parvenir à « unifier » une population, comme le dit M. Biden, il faut effectivement commencer par reconnaître l’identité de ceux qui n’appartiennent pas au camp des vainqueurs. La minorité ne doit pas être considérée comme une menace, mais comme une force constructive. Les 48% d’électeurs qui n’ont pas voté pour M. Puisay ne sont pas des empêcheurs de tourner en rond. Discuter avec eux n’est pas une perte de temps. Les habitants des divers villages et hameaux de Pénestin ont des compétences, des idées, des propositions, et sur de multiples sujets, c’est le fait de ne pas les écouter qui conduit souvent à des erreurs et à des pertes de temps.

De la même façon, un blog d’informations indépendantes n’est pas une épine ou une écharde, un corps étranger dont il faudrait se débarrasser. Les périodes successives de confinement dont il vient d’être question montrent quel sens peut prendre un tel blog dans les moments où la population vit des expériences qui lui imposent de tenir bon et de rester unie. Penestin-infos se définit par ailleurs comme une force de propositions et comme un contrepouvoir conforme à ce qu’en dit Karl Popper : un moyen d’éviter que les gouvernants soient tentés d’abuser de leur pouvoir. La presse régionale a en grande partie renoncé à jouer ce rôle. Lorsqu’il m’arrive, pour ma part, de dénoncer certaines pratiques, il est inutile de rechercher dans mes articles des intentions polémiques ou des visées stratégiques. Je me laisse d’autant plus volontiers guider par les valeurs de vérité et d’honnêteté que je n’ai pas d’intérêts à défendre et que je ne me situe pas dans une perspective de poursuite du pouvoir. Tout au plus dans celle de contribuer à en corriger les défauts, lorsqu’il y en a : cela me suffit.

1 commentaire sur “Il y a un an, penestin-infos par temps de confinement”

  1. Citons: le blog « Osons Pénestin », s’adressait à ceux qui l’ont élu et qui lui « demandent des comptes »
    Celui-ci ne contient rien: https://osonspenestin.wixsite.com/municipales/blog
    Sur Facebook, c’est un relais des infos municipales (rares), des autosatisfecits, un seul article d’opinion pour taper sur l’opposition qui fait du paraphrasage de ses propositions, et dont le premier et seul commentaire a été vertement censuré et son auteur banni à jamais…
    Puisay prend ses électeurs pour des moins que rien, et les 48% restants, imaginez…
    Mais est-il le pilote du bateau???

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