« La beauté des fleurs Parfois me fait peur »

« La beauté des fleurs

Parfois me fait peur. »

C’est le début d’un poème écrit par Romane, élève de l’une des deux écoles primaires de Férel. Elle a écrit « Parfois me fait peur » et non « Me fait parfois peur », ce qui, convenez-en, aurait été ridicule ! Elle a fait rimer fleurs et peur. Elle a associé la beauté et la peur dans une sorte d’antiphrase. Elle a choisi des voyelles d’avant majoritairement fermées (é, è, e muet, ö), a disposé aux points stratégiques des consonnes labiales (b, p) reliées entre elles par 3 fricatives (f), fait démarrer le premier vers par un ô d’étonnement, de curiosité. En un mot, elle a su lier le son et le sens. A demi-mots, sa maturité nous effraie un peu. Romane, qui es-tu ? Seras-tu bientôt de ceux qui manifestent pour le climat ? « Je ferai mes devoirs quand vous ferez les vôtres. » Han !

En levant la tête… mon cœur en fête

Vous me répondez : « Arrête, bloggeur, dis-nous plutôt la suite ! » A votre service, ma plume est au garde-à-vous !

« Et alors dans le vent

Je laisse jaillir mes sentiments.

Mais en levant la tête

Je m’aperçois que mon cœur est en fête.

Et dans ces créatures parfumées

J’ai envie de danser. »

50 enfants de Férel ont écrit des poèmes sur le thème de la nature. Aujourd’hui, ils étaient exposés au Café de la Place. Demain, ils le seront dans les médiathèques de Férel et de Camoël.

Nous étions 12 adultes cet après-midi, assis autour de quelques tables placées en carré. Et pour étrenner ces premières Rencontres poétiques organisées par Sylvie Bourget, présidente de l’association « En mémoire d’eux » et Marc Gaulupeau, gérant dudit café, nous avons lu ces vers d’enfants.

« Comme une enclume sur le flanc de la montagne »

Emmanuelle Rabu, poète mesquéraise, propose de réaliser un cadavre-exquis. Trois personnes, qui ne se connaissent pas et qui ignorent ce qu’ont écrit les deux autres, composent des phrases, des vers, que n’auraient reniés ni Paul Eluard, ni Yves Tanguy : « Partir, c’est comme une enclume sur le flanc de la montagne » ; « Rêver, c’est comme un chat au fond d’un ruisseau. » Le vouvoiement est tombé, la curiosité circule des uns aux autres en volutes fuselées : nous sommes les nouveaux Surréalistes des rives de Vilaine !

« Mais à propos, la poésie, c’est quoi pour vous ? », demande Emmanuelle. Marc a une réponse inattendue : « C’est une réponse à la timidité ». Thierry confirme : « Oui, c’est vrai. Ce qu’on pose sur le papier, on n’aurait pas toujours osé le dire à voix haute. » Gérard (c’est moi…) préfère les questions aux réponses (ah ! vous aviez déjà remarqué ?) Emmanuelle développe : « La poésie est un langage. J’ai trouvé le moyen d’exprimer des choses que je ne pouvais pas dire auparavant, qui étaient indicibles. Si je n’avais pas ce langage-là, je ne serais pas complète. Il m’est nécessaire. Les poètes sont des gens qui essaient de dire par la poésie des choses qu’ils ne pourraient pas dire autrement. » Pierre-Jean insiste sur le rôle de l’humour dans la poésie : « C’est plus facile de faire pleurer que de faire rire. »

« Tu danses ta danse d’un pas pesant »

Thierry lit : « Le rythme lent de ta danse Surprend le temps de l’enfance Suspend le temps éternel Quoi de plus irréel Tu danses ta danse d’un pas pesant Les souvenirs lourds à porter Le désespoir sourd au chagrin. » Nous l’applaudissons, lui qui n’aime pas applaudir, lui pour qui applaudir est déjà un déni de liberté.

Emmanuelle lit. Je suis assis au piano. L’araignée poète / Scarlatti : « Car dans les yeux humains Elle a lu le mépris Et pour toujours elle craint Le balai malappris ». Trappeurs / Bach : « J’ai cuisiné pour vous les fèves attendries ». Mon doigt s’est accroché sur le mi bémol. Je m’en veux. Hautbois / Prokofiev. Sol do- mi sol la sol-

Nous finissons en chansons. A propos, vous aviez déjà remarqué que lorsqu’on écoute bien le son des vagues, on peut distinguer des consonnes et des voyelles ? Dans les chants d’oiseaux aussi d’ailleurs, mais ça c’est plus facile à entendre. Nous, on se revoit. On choisira un horaire où les enfants et leurs profs pourront nous rejoindre, en semaine. Et vous ?

Bon, allez, je vous mets le lien vers la vidéo de cette rencontre. La personne qui a fait le montage vous eût-elle fait grâce des 15 dernières secondes de Trappeurs / Bach où j’ai laborieusement ramé, que j’en eus été fort aise… https://www.facebook.com/enmemoiredeux/videos/1218999321603165/UzpfSTEwMDAwNDc5MzI1NDEzMDoxMjIwMjE1ODA4MTQ4MTgz/

3 commentaires sur “« La beauté des fleurs Parfois me fait peur »”

  1. Pour faire le lien avec l’article précédent, poésie et politique, je pense au très beau texte de Benjamin Péret, “le déshonneur des poètes” (on peut le lire sur dormirajamais.org/peret/ ), où il nous dit ces mots : “poète, c’est-à-dire révolutionnaire”. Poète et révolutionnaire ayant tous deux le désir de changer le monde.

  2. Merci pour ce beau retour, Gérard. J’ai le sentiment ce matin que nous sommes vraiment parvenus à être ENSEMBLE, faisant matière riche de nos différences. Prendre le temps, être à l’écoute : un vrai plaisir ! Merci à tous.

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