Quelques précisions sur les stations « de relèvement » à l’occasion des travaux sur la station de la Poudrantais

Par Jean Dupé, ancien président d’un « Syndicat de l’Eau et de l’Assainissement des Eaux Usées » en Normandie

Des travaux sont en cours pour trois semaines ou plus allée de Bihen afin de renouveler le réseau des eaux usées. Dans ce texte, Jean Dupé cherche à nous faire « toucher du doigt » la complexité de gestion de ces réseaux.

Il m’a semblé opportun, dans le droit fil de l’article de M. Cornu traitant de l’assainissement des eaux usées (E. U.) à Pénestin ( http://www.penestin-infos.fr/les-stations-depuration-posent-des-problemes-techniques-mais-aussi-de-democratie/ ), d’apporter quelques précisions sur les stations dites « de relèvement », notamment celle de la Poudrantais, dont les dysfonctionnements polluent chaque année les eaux de baignade.

Pour être aussi clair que concis, je traiterai d’une part de l’utilité et des principes de fonctionnement de ces stations, d’autre part de leurs principales causes de dysfonctionnement.

Une station de relèvement est constituée d’une part d’un réservoir destiné à recueillir gravitairement (1) les E. U. provenant d’une ensemble de collecteurs desservant un certain nombre de logements dont la desserte en assainissement E. U. ne peut être assurée gravitairement jusqu’à une station d’épuration, d’autre part de pompes destinées à refouler les E. U. ainsi recueillies pour les « relever » vers un point du réseau public relié gravitairement à cette station.

Les E. U. ainsi « pompées » sont refoulées sous pression dans une conduite dite « forcée » (c.- à-d. sous pression) généralement en fonte, de 100 mm de diamètre, jusqu’au point du réseau public mentionné ci-dessus.

Le système de pompage est constitué de 2 pompes coulissant alternativement sur 2 axes verticaux plongeant dans les E. U. « stockées » dans le réservoir.

Un équilibre à trouver entre les débits d’arrivée et d’évacuation des eaux usées et leur volume de stockage

Le bon fonctionnement d’une station de relèvement est donc conditionné par l’existence d’un équilibre entre le débit d’arrivée des eaux usées dans le réservoir, le volume de stockage de ces eaux et leur débit d’évacuation par le système de pompage.

Le volume d’eau usée recueilli est directement proportionnel au nombre d’habitants desservis. Ce volume est donc facile à calculer. Par contre à Pénestin, il peut varier considérablement entre la haute et la basse saison.

La puissance des pompes est aussi facile à déterminer, puisqu’elle doit être proportionnée au volume à pomper et à la différence d’altitude entre le point de pompage et le point de rejet.

La première difficulté à Pénestin réside dans la très grande variation du nombre d’habitants à desservir entre l’hiver et l’été, compte tenu du nombre considérable de vacanciers des mois de juillet-août notamment, mais nous supposerons que le dimensionnement des stations de relèvement a été prudemment calculé pour « écrêter » ces « effets de pointe ».

Nous avons vu que le bon fonctionnement d’une station de refoulement réside dans l’équilibre à réaliser entre débit d’arrivée des E. U. et débit de pompage de ces E. U., sauf à générer des débordements avec épandage sur la surface du sol et, dans le cas de la Poudrantais, rejet direct à la mer. Donc toute cause susceptible de générer ce type de dysfonctionnement est à éliminer en priorité et en urgence pour des raisons évidentes de santé publique.

Une augmentation très importante du volume recueilli à puissance de pompe égale

La cause principale, pour ne pas dire unique, de ce type de dysfonctionnement provient d’une augmentation très importante du volume recueilli à puissance de pompes égale, ce phénomène se produisant lorsque des eaux pluviales (E. P.) sont anormalement rejetés dans les collecteurs d’eaux usées.

Nous supposerons dans la suite de cet exposé que les réseaux E. U. sont dits « séparatifs » (c’est-à-dire indépendants l’un de l’autre) et qu’il n’existe plus à Pénestin de vieux réseaux dits « unitaires », où l’on rejette E. U. et E. P. mélangés.

Si le débit des eaux usées est directement proportionnel au nombre d’habitants desservis, le débit des E. P. parasites, dites « ruisselées », est proportionnel à l’intensité de pluies qui est imprévisible si ce n’est par la fréquence (décennales, cinquantenaires ou centennales) de leurs occurrences (moins elles sont fréquentes, plus elles sont intenses). Ces rejets parasites d’eaux pluviales font « exploser » les débits des E. U. et des E. P. mélangées recueillies dans le réservoir, entrainant le débordement de la station, des épandages superficiels très importants et, dans le cas de la Poudrantais, une inondation de la plage et une très forte pollution des eaux de baignades.

Comment remédier à ce type de dysfonctionnement catastrophique ?

Tout d’abord en équipant les stations de relèvement d’une télésurveillance qui informe immédiatement le gestionnaire du réseau sans qu’il ait à se déplacer. Je suppose que la station de la Poudrantais est équipée d’un tel système d’alerte, compte tenu de la vulnérabilité du milieu où elle a été construite.

En préambule à la question posée ci-dessus, il est à noter que la commune de Pénestin, membre d’une communauté d’agglomération (Cap Atlantique), a délégué à celle-ci sa compétence en matière d’assainissement et qu’elle ne peut donc plus intervenir directement sur son réseau. Seule Cap Atlantique peut le faire, ce qu’elle fait d’ailleurs, comme les Pénestinois peuvent le constater chaque jour, mais peut-être pas avec la célérité qui s’impose quelquefois, notamment dans le cas de la Poudrantais dont la plage est chaque année depuis 13 ans que j’y habite, l’objet d’alertes à la pollution.

Il suffit d’insuffler de la fumée dans une boîte de branchement des E. U.

Le premier travail à exécuter consiste à déceler les inversions de branchements, les E. P. d’un logement étant raccordées au réseau d’assainissement E. U. ou inversement, ou des rejets d’E. P. dans le réseau E. U. par l’intermédiaire de branchements supplémentaires réalisés par des propriétaires éliminer de leurs terrains des E. P. résiduelles. Le procédé est simple : il suffit d’insuffler de la fumée dans une boîte de branchements des E. U. Si l’on constate des rejets de fumée dans les gouttières, c’est qu’il y a inversion de branchement ou un branchement parasite par lequel des E. P. sont introduites dans le réseau E. U. Cap Atlantique a procédé à ce genre de contrôle à la Poudrantais il y a 2 ou 3 ans.

En cas d’inversion de branchements, Cap Atlantique informe d’une part le propriétaire afin qu’il régularise ces branchements, et d’autre part le maire de la commune. En cas de non régularisation dans le délai prescrit, seul le maire peut contraindre le propriétaire défaillant à exécuter les travaux nécessaires dans le cadre de ses pouvoirs de police, qu’il est le seul à pouvoir exercer, sauf à les avoir délégués à Cap Atlantique, ce qui n’est pas le cas de Pénestin. Il n’est malheureusement pas rare que, lorsqu’une telle situation se présente, certains maires répugnent à exercer leurs pouvoir par démagogie, peut-être, ou par un laxisme regrettable et coupable.

Le second travail porte sur le contrôle de l’étanchéité des collecteurs. Ces travaux sont souvent beaucoup plus onéreux et plus lourds dans la mesure où il faut souvent complètement remplacer des portions de réseau vétustes sur des linéaires importants, avec reprises de branchements individuels et réfection totale des chaussées défoncées par ces travaux. C’est ce qui fut enfin fait : l’année dernière à Kerlieu, avec extension cette année dans l’allée du Bihen.

La nécessité d’étancher les collecteurs d’eaux usées est telle que les essais d’étanchéité réalisés à réception des travaux de rénovation ne se font plus « à l’eau » mais « à l’air » injecté sous pression dans le segment de réseau rénové après en avoir bouchonné les orifices.

Ceci montre l’énorme importance de la qualité des réseaux d’assainissement E. U. afin d’assurer le bon fonctionnement des stations de relèvement et d’épuration, cette qualité ne pouvant être obtenue que par un entretien continuel et rigoureux, rendu possible par le vote d’une ligne budgétaire suffisante et adaptée à l’importance des travaux à réaliser.

En conclusion, ce rapide « survol » des difficultés de gestion des systèmes d’assainissement ne peut être exhaustif, mais permettra peut-être de « faire toucher du doigt » la complexité de gestion des réseaux et les raisons pour lesquelles l’on voit fleurir ces affiches « alerte pollution » sur certaines de nos plages pénestinoises.”

(1) écoulement gravitaire : écoulement dans le sens de la pente à pression atmosphérique.

2 commentaires sur “Quelques précisions sur les stations « de relèvement » à l’occasion des travaux sur la station de la Poudrantais”

  1. Merci à Jean Dupé pour cette explication ou la technicité n’exclut pas la clarté. Il serait intéressant maintenant d’avoir la vision des responsables opérationnels de Cap Atlantique, qui nous nous montreraient les processus de contrôle en place et les travaux en cours. Quant au budget prévu pour gérer ce réseau, quel est-il, comment est-il dimensionné chaque année, ce sont là les mystères que nous vivons en bord de mer.

    1. Cher anonyme, très bonne idée en effet. Pour ma part, il m’est aussi difficile de trouver des interlocuteurs ouverts à la discussion à Cap Atlantique qu’à la mairie. L’esprit critique, même constructif, y est tout aussi mal perçu. Même le Service Communication n’a pas daigné me répondre lorsque j’ai demandé à être inscrit sur son fichier de presse afin de recevoir leurs infos… Si vous avez des idées ou propositions, je serai preneur.

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