La vie d’Octave Métayer racontée par son fils Pascal

Toutes proportions gardées, l’entreprise de conchyliculture Métayer est à Pénestin ce que Peugeot est à Sochaux ou Michelin à Clermont-Ferrand. Des générations de paysans ont complété leurs revenus en « faisant la marée » et les paysages de la commune ont été profondément modifiés par l’activité de l’entreprise. Par exemple lorsque les marais salants de Men Ar Mor ont été transformés en « claires » pour l’affinage des huîtres, ou lorsque les zones de pêche à pied ou de pêche tout court ont été murées pour clôturer les concessions réservées à la mytiliculture.

C’est tout cela que nous raconte Pascal Métayer dans le livre qu’il consacre à son père : « Octave Métayer, une vie de création », paru en novembre dernier chez Donjon Editions à Vannes. Un petit ouvrage indispensable pour remonter le cours de l’histoire et parvenir à mieux se représenter le Pénestin d’antan. Beaucoup d’anecdotes dans ce livre, bien sûr, mais aussi des faits historiques et des explications techniques appuyés sur une importante collection de photos et de documents … De quoi dresser un panorama des techniques qui se sont succédé tant dans la mytiliculture que dans l’ostréiculture, qui donnent à l’ouvrage son surtitre mérité.

Pascal Métayer, 72 ans, qui a dirigé l’entreprise à partir de 1964, a aussi présidé le syndicat Mesquer-Le Croisic, le groupe mytilicole au comité national de la conchyliculture et le Comité régional de Bretagne Sud. Il est également grand-maître de la Confrérie des bouchoteurs, qui œuvre pour promouvoir les moules de Pénestin.

Ces Charentais qui émigrent vers le Nord

Mais qui est donc Octave, ce père à qui Pascal Métayer a voulu rendre hommage ? Octave Métayer est issu d’une famille d’agriculteurs de Saint Martin du Gua, en Charente Maritime, à un jet de pierre de Marennes, le haut lieu de l’ostréiculture. A 12 ans, il part pour Le Croisic avec son père Léon. Ils ne sont pas conchyliculteurs, contrairement aux autres Charentais qui émigrent nombreux vers le Nord, à la recherche de concessions à exploiter dans les eaux saumâtres des étiers et des estuaires. Ils pourront cependant compter au fil des décennies à venir sur le réseau efficace de ces Charentais pour la transmission des techniques et la formation de leurs salariés.

Octave et son père obtiennent à Pénestin leurs premières concessions en 1905, sur la Vilaine. Les bouchots y sont déjà nombreux depuis les premières implantations qui se sont substitués vers 1880 à la cueillette traditionnelle des moules sauvages par les habitants. Cet outil essentiel de l’industrialisation de la culture des moules avait en fait été découvert par hasard dès le 13e siècle lorsque l’Irlandais Patrick Walton, échoué sur les côtes françaises, installa dans la mer des pieux et des filets pour piéger les oiseaux comestibles et s’avisa que de jeunes moules se fixaient au bas des pieux.

En 1920, les Métayer s’installent au Bile, leur nouvel Eldorado sur le littoral de l’Océan. Mais cela ne va pas sans difficultés. Octave, étranger à la commune, athée alors que la religion compte beaucoup à Pénestin, s’attire la méfiance : « C’est qui ce gars-là qui va même pas à la messe ? » On ne lui pardonnera d’avoir réquisitionné les territoires de pêche pour y exploiter ses concessions que lorsqu’on aura constaté qu’il fournit du travail à tous les paysans des hameaux qui tirent le diable par la queue. Entre temps, il s’était acheté une arme, car la route qu’il empruntait entre Tréhiguier et le Bile traversait tous les hameaux de Pénestin et il craignait de se faire attaquer.

Une grande débrouillardise

Comme beaucoup de patrons de sa génération qui n’ont en poche qu’un certificat d’études, mais qui connaissent sur le bout des doigts chaque parcelle de leur entreprise, il doit faire preuve d’une grande débrouillardise. Il innove, connaît parfois des échecs, comme avec cette conserverie à Tréhiguier qui se révèle « une fausse-bonne idée », conçoit lui-même les publicités. Il est le premier à être raccordé au téléphone, avant même la mairie, mais il lui faut pour cela faire construire une ligne télégraphique privée de 7 km entre Tréhiguier, où se trouvent les bureaux, et le Bile où se fait toute la commercialisation. Les secrétaires répondaient aux standardistes de Redon : « Ici le 1, tout seul à Pénestin ! » Au Bile, il installe aussi un tronçon de voie ferrée privée entre le quai et l’atelier, afin de transporter les huitres et les moules. Lorsque le wagonnet redescend à vide, il roule à toute allure et est particulièrement dangereux. Il faudrait aussi parler de l’élevage des huitres à Mesquer sur l’étier du Mès. Ou encore de la guerre. Mais c’est à vous de lire ce livre…

Ce sont là les ingrédients d’une saga industrielle. Mais le livre fait preuve d’une grande pudeur pour aborder les relations au sein de la famille. Pascal Métayer évoque la chanson de Brel : « Chez ces gens-là, Monsieur, on ne cause pas. » C’est une époque, nous rappelle-t-il, où les enfants ne parlaient pas à table… mais ils écoutaient ! Des souvenirs heureux de sorties en mer et de parties de pêche avec son père lui reviennent aussi.

Toutefois, il est un moment où le public et le privé se rejoignent : c’est celui de l’enterrement d’Octave Métayer le 16 août 1960. Le cortège funéraire est le dernier à parcourir le trajet à pied depuis Tréhiguier jusqu’au bourg. Une foule l’y attend. Mais il n’y aura pas de cérémonie religieuse qui ne deviendra possible pour les divorcés qu’à partir de Vatican 2. Pour Pascal Métayer, il y a là une injustice qui lui pèse jusqu’à aujourd’hui. Cet agnostique qui sculpte des Vierges à l’enfant avec du bois flotté et qui poursuit la collection entamée par sa mère, chrétienne, laisse soudain transparaître une sensibilité en général bien dissimulée.

Pascal Métayer, Ostréiculture Mytiliculture, Octave Métayer, une vie de création, Donjon éditions, 2018

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