Le projet Loscolo s’invite au Conseil Municipal

Brigitte Métayer était sur la liste « Dialogue et Action » en 2014. C’est à ce titre qu’elle vient assister au Conseil pour la première fois, après la litanie de tous ceux, quatre ou cinq, qui ont décliné l’invitation à succéder à Bernard Garreau, démissionnaire en octobre dernier.

On ne peut pas dire que l’accueil soit chaleureux. « Je suis un peu perturbée d’être là, je ne sais pas trop comment ça fonctionne. Je fais mon devoir de citoyenne », explique-t-elle. Le maire lui répond : « Voyez avec les gens de votre liste. Vous appartenez à une liste : c’est à eux de vous expliquer. »

« Et une piste cyclable ? »

Les premiers points de l’ordre du jour s’égrènent – convention financière pour la prise en charge des RASED (aide aux élèves en difficulté), convention pour le service Contrat Enfance jeunesse, deux demandes de subventions -, et puis voici les travaux d’entretien de la voirie le long de la Vilaine, au Logo. « Ce sont quels types de travaux ? Enrobage, élargissement, réseaux ? », demande Mme Métayer.  Joseph Lizeul répond : « Oui, on refait un enrobé, on élargit. » « Et une piste cyclable ? »

Cela résonne comme une mélodie de Deezer branchée par erreur sur le portable de votre grand-tante. M. Lizeul répond à nouveau : « Oui, on refait un enrobé et on élargit. Mais pas assez pour mettre une piste cyclable. En plus, on est en zone sensible. » Mme Métayer ne se démonte pas : « Ce n’est pas en deux mois que je vais changer les choses ! »

On en vient à la participation financière pour l’inscription de la moule de bouchot de Pénestin au Patrimoine Culturel Immatériel de la France. Cette distinction est gérée par la Fédération des sites remarquables du goût, dont le principe est d’associer un site et un produit. Il s’agira pour la commune de verser 500 euros en lieu et place de l’association des Bouchoteurs afin de couvrir une partie des frais d’administration pour l’obtention de ce titre valorisant.

« Avec notre belle qualité d’eaux ! » grince Mme Métayer, laissant percer sa colère. « Je vais vous raconter une histoire. » Le maire : « Ce n’est pas le lieu. » Elle poursuit en expliquant qu’elle est elle-même commerçante et vend des moules à Tréhiguier. Mais elle est empêchée de commercialiser les soupes et les rillettes de moules par l’association des Bouchoteurs. Jeanne Girard s’étonne : « Mais on les trouve à Carrefour ! » « Oui, mais pas chez moi, justement. » Laetitia Seigneur tente de recentrer : « Être dans les sites remarquables, ça ne peut pas être négatif. C’est quand même notre patrimoine. » Pascale Poncet : « C’est pour la notoriété. » Michel Bauchet : « Pour la communication. » On sent que ce Conseil ne va pas tarder à dériver en territoire inconnu.

« Je m’abstiens »

Voici le morceau de choix : la demande d’imperméabilisation des sols dans le cadre du permis d’aménager du parc Loscolo. C’est M. Lebas, candidat à la succession du maire actuel, qui est à la manœuvre. On a surdimensionné le bassin de rétention des eaux pluviales afin d’anticiper l’éventualité de fortes pluies et d’éviter les risques d’inondations. Mme Métayer : « Imperméabiliser, ça veut dire bétonner ? » M. Lebas : « Non, non, pas seulement, mais pour la voirie, oui, il y aura sans doute du goudron ou du ciment. » Le maire : « Qui est contre, qui s’abstient, qui est pour ? » Il a parlé très vite : c’est l’habitude lorsque tous les votes sont à l’unanimité. D’ailleurs, c’est déjà inscrit sur le document projeté sur l’écran. Mme Métayer, qui n’a pas eu le temps de lever la main, s’excuse et dit qu’elle s’abstient.

Même chose pour la préemption des terrains laissés libres au Logo et au Scal par les mytiliculteurs qui partiront s’installer à Loscolo. « Quand ils partiront, et si ils partent, précise M. Lebas. On ne va pas chasser les mytiliculteurs ». Mme Métayer : « On est à deux mois des élections et vous continuez à voter des textes sur ce projet et à défricher la zone. Les gens ne sont pas informés du tout de ce qu’il se passe. » Le maire : « On a informé le syndicat des mytiliculteurs sur cette question de préemption. » M. Lebas : « Le syndicat pouvait communiquer à ce sujet. » Mme Métayer : « Le grand public n’est au courant de rien. » Le maire : « Depuis des années, il y a des cahiers à la mairie à la disposition du public. Personne ne répond. » M. Le Maulf : « Il y a eu les réunions publiques. Les mytiliculteurs ont pu s’y exprimer. » « Qui est contre… ? » « Je m’abstiens. »

Intercommunalités. Questions diverses. L’avant-dernier Conseil municipal de l’ère Baudrais se termine. La correspondante de Ouest France a déjà plié ses affaires et gagné rapidement la sortie. Quand soudain : « Je voudrais revenir sur le dossier brûlant – il faut bien le dire – de Loscolo. » Le maire : « C’est Cap Atlantique qui est en charge du dossier. » Mme Métayer : « Il y a des recours, et malgré ça vous continuez à défricher. » M. Le Maulf, avec un large sourire : « On défriche en hiver, comme cela se fait partout. » Mme Métayer : « Si mes frères et mon père étaient ici – ils sont tous mytiliculteurs – ils vous diraient que ce projet est une catastrophe. » M. Le Maulf : « Ce n’est pas une opinion mesurée. Et d’ailleurs, comme je le dis toujours, vous devriez consulter les cartes des années 1950 sur google map (sic). Vous verriez, toutes ces terres étaient cultivées. »

« Ça brûle en Australie. On ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était. »

Mme Métayer : « Ce projet me fait penser au barrage d’Arzal, dont on voit bien maintenant à quel point il a été mal pensé. » Une rumeur court dans la rangée des conseillers du côté fenêtre : « Oui, c’est vrai, ça c’est vrai. » Le maire : « Loscolo, ce sont 8 hectares. Ce n’est même pas 1% de la commune. » Mme Métayer : « Je côtoie les mytiliculteurs tous les jours. » Le maire : « Vous n’avez pas lu les dossiers. » Mme Métayer : « Il y a le réchauffement climatique. Ça brûle en Australie. On ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était. Il n’y a pas eu un vrai débat. » Mme Seigneur : « Chacun a son avis. Ce dossier a été vu et étudié depuis des années, alors il présente forcément un intérêt. » M. Le Maulf : « Il ne faut pas dire n’importe quoi. Ça m’énerve ! Il y a eu les débats publics. Et il faut lire le document de l’étude d’impact. »

Le Conseil est terminé. Je lève la main. L’usage veut qu’en fin de Conseil, le maire propose aux personnes assises dans la rangée du public de poser leurs questions. Cette fois-ci, il souhaite en finir. « Allez-y, mais vous ne posez qu’une seule question. » « J’ai lu attentivement l’étude d’impact. Il y a au moins 10 passages dans lesquels on explique de façon argumentée que les travaux de défrichement doivent avoir lieu à l’automne. Ma question est la suivante : pourquoi les travaux prévus à l’automne ont-ils été repoussés à maintenant, en plein hiver ? J’ai demandé au responsable du projet à Cap Atlantique qui ne m’a pas répondu. Le comité de suivi n’a pas non plus été informé. » Le maire me répond : « Je ne sais pas. Pour pouvoir vous répondre, il faudrait que j’appelle M. Durieux afin de le lui demander. Je ne suis pas très rapide en ce moment, vous comprenez ? » Clap de fin.

Si vous n‘avez pas suivi les derniers rebondissements de l’affaire Loscolo, ces phrases réclament peut-être quelques explications. Lorsque l’on défriche à l’automne, c’est afin de protéger les espèces animales qui hibernent à partir de décembre, et accessoirement pour éviter les intempéries qui font des sols une véritable pataugeoire. La meilleure période est celle du début de l’automne, en principe dès le mois de septembre. Les travaux ont commencé le 8 janvier, ce qui, selon certains, équivaut à massacrer dans leur sommeil d’hiver les nombreuses espèces protégées qui peuplent la friche. Un « référé suspension » a été déposé le lendemain devant le Tribunal Administratif de Rennes dont on attend l’ordonnance à la fin de cette semaine ou au début de la prochaine. Les travaux sont à présent interrompus depuis une dizaine de jours. Ni le comité de suivi, ni les habitants n’ont été informés de tout cela.

J’ai posé cette question, car j’ignore, comme tout le monde, pour quelles raisons les travaux ont été ainsi retardés de 4 mois, et parce que je supposais que Monsieur le maire de Pénestin, même s’il a cédé la maîtrise d’ouvrage du projet Loscolo à Cap Atlantique, disposait de quelques informations sur une question importante qui suscite la polémique dans sa commune. A essayer de comprendre ce que signifient de ses paroles, on en est réduit à faire des hypothèses et j’opte, comme M. Lebas dans sa réponse à la consultation du 15 janvier, pour la prudence, en attendant l’énoncé du jugement. M. Lebas écrivait en effet : « Dans la mesure ou des actions en justice ont été engagées et dans l’attente d’une décision, il ne me semble pas réaliste de se projeter objectivement sur les aménagements actuels et futurs de Loscolo. » ( http://www.penestin-infos.fr/consultation-des-trois-candidats-aux-elections-municipales-de-penestin-sur-les-travaux-de-la-zone-loscolo/ )

Le bon sens conduit néanmoins à s’interroger sur les raisons qui ont conduit M. Lebas à soumettre à ce Conseil du 27 janvier deux décisions qui tiennent pour acquise la poursuite du projet Loscolo en l’état, sans attendre que soit connue l’ordonnance de référé qui dira si cette poursuite des travaux est légale ou non. M. Lebas tiendra sa première réunion publique de candidat vendredi, et il aura certainement à cœur de s’expliquer sur cette apparente contradiction.

4 commentaires sur “Le projet Loscolo s’invite au Conseil Municipal”

  1. Ping : Un fardeau en héritage - penestin-infos

  2. Ping : Les langues se délient chez les mytiliculteurs » - penestin-infos

  3. Sincèrement en temps que contribuable ça me gonfle de payer à la place des bouchoteurs quand on sait que leur président veut vendre à un prix exorbitant ses terrains aménagés depuis longtemps pour la mytiliculture. Dans le même temps on défriche une dizaine d’hectares justement pour la mytiliculture.Mais cela personne n’en parle? Cherchez l’erreur !!!!!
    Et voila j’ai poussé mon coup de gueule.

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