Elles ont osé : trois conseillères municipales quittent le groupe majoritaire

Les mots de la déclaration sont pesés : « Il ne s’agit ni de la création d’un nouveau groupe, ni d’un ralliement à un groupe d’opposition. (…) Nous souhaitons continuer à travailler avec la majorité au sein des diverses commissions, mais avoir notre propre choix de décision. »

D’une voix calme, mais assurée, Nadine Fransousky poursuit. Elle évoque « le sentiment de ne pas être impliquées dans les décisions » et « l’absence totale de communication ». Si les mots ont un sens, ils décrivent ici une réalité extrême : après avoir vanté pendant la campagne électorale la qualité du travail mené en commun avec son équipe, le maire aurait désormais cessé purement et simplement d’écouter et de dialoguer. 

« Nous avons alerté à plusieurs reprises M. le Maire de notre ressenti, sans succès. » On croit déceler un regret dans ces mots : c’est certain, elles ont cru au programme présenté en 2020 par M. Puisay. Elles ont donné de leur personne, elles ont travaillé, et elles ont tenu comme cela deux ans et demi. A droite de Mme Fransousky, Laetitia Seigneur, déjà membre de l’équipe précédente sous la direction de M. Baudrais, et à sa gauche Corinne Terrien. Elles sont trois sur les 9 conseillers municipaux de la majorité, auxquels s’ajoutent les 5 adjoints.

Incompréhension et malaise

Elles rappellent aussi leurs « divergences d’idées » en citant nommément la vente du presbytère et la clôture du cimetière. Le tournant décisif remonte sans doute au Conseil municipal du 9 septembre dernier où l’on a vu Mmes Seigneur et Terrien monter au créneau face au maire sur des arguments proches de ceux de l’opposition. (http://www.penestin-infos.fr/wp-admin/post.php?post=6211&action=edit ) Des interventions qui traduisaient à la fois leur incompréhension des décisions de leur propre groupe et leur malaise face aux interrogations de la population du village.

Le ton aussi avait changé : « On a vraiment besoin de cet argent ? » « Vous dites que les finances sont saines, mais que l’on a besoin de cet argent pour les projets… » « Je ne suis pas contre cette vente, je n’ai pas dit cela, mais dans ce cas, il ne faut pas dire que l’on a besoin de cet argent. » (Mme Terrien). Au moment du vote, cela donne 3 abstentions + 2 par procuration, qui viennent s’ajouter aux 4 refus de vote de l’opposition : du jamais vu ! 

Dans les semaines qui suivent, le maire choisit comme souvent la stratégie du silence. Le compte-rendu du Conseil de septembre ne mentionne pas la présence de 30 habitants de la commune sur les bancs du public. On fait semblant d’ignorer que le projet de vente du presbytère a suscité un phénomène de société comme on n’en avait plus vu à Pénestin depuis longtemps : une pétition a déjà dépassé 800 signatures, et dimanche après dimanche, les discussions vont bon train entre l’église et l’entrée du marché, le plus souvent argumentées et respectueuses de l’interlocuteur. Le maire, les adjoints, d’autres conseillers, prétendent que l’affaire est faite, que le presbytère est déjà “vendu”. Ce mouvement qui agite la population « n’existe pas ». Même chose pour les protestations sur la clôture du cimetière.

« J’ai perdu la confiance »

Lorsque le silence se transforme en dénégation, lorsqu’on ne se contente plus de taire la réalité, mais qu’on en vient à la nier, on franchit un degré supplémentaire sur une échelle qui peut mener à tous les excès. Les conséquences en sont radicales. Le lien de confiance, même s’il a été solide dans le passé, finit par s’effilocher s’il n’est pas entretenu, puis par rompre. Chacun sait pourtant à quel point la confiance perdue est longue et difficile à renouer. C’est ce que semble confirmer Mme Fransousky, sollicitée aujourd’hui par mes soins : elle ne souhaite rien ajouter dans l’immédiat au communiqué lu hier, si ce n’est « un commentaire personnel, à savoir que j’ai perdu la confiance ».

Enfin, les trois conseillères appuient là où cela fait mal, au coeur même du système municipal : elles s’en prennent à la gouvernance. M. Puisay avait défait quelques mois après sa prise de fonction ce que M. Baudrais, le maire précédent, avait mis en place. Il avait supprimé les « bureaux municipaux » qui permettaient à la majorité et à l’opposition de débattre ensemble des points à l’ordre du jour avant le Conseil municipal proprement dit. En lieu et place, M. Puisay avait institué des réunions du groupe majoritaire. Désormais, les trois voix dissidentes « demandent que l’opposition réintègre les bureaux municipaux pour un meilleure débat démocratique et constructif. »

Elles relaient aussi la revendication souvent réitérée par M. Boccarossa, tête de la liste du « Bon sens pour Pénestin », que soit diffusé à l’ensemble du Conseil un compte-rendu de chaque réunion de commission. Le défaut de comptes-rendus a entraîné beaucoup de polémiques et de soupçons d’irrégularités. Hier soir encore, il était question d’un permis signé par le Premier Adjoint, M. Bauchet, sans avoir été rediscuté, comme cela était prévu à ce qu’il semble, par la commission d’urbanisme.

Le mot « sanction » prononcé comme si cela pouvait aider à s’en prémunir

C’est tout un engrenage qui s’est mis en place et qui s’est accéléré ces derniers mois avec l’affaire du presbytère. Revendiquer leurs propres « choix de décision » revient à contester la discipline de groupe : les trois dissidentes veulent pouvoir voter au cas par cas, avec la majorité ou avec l’opposition. Cela vaut même entre elles ! Hier soir, Mme Fransousky n’a pas suivi Mmes Seigneur et Terrien lorsqu’elles ont voté contre l’une des délibérations soumises au Conseil. D’autres, dans la majorité, vont vite réclamer, réclament déjà certainement, un retour à la discipline de vote définie en réunion de groupe majoritaire, en limitant les exceptions au strict minimum. De futures dissensions sont inévitables.

Reconnaissons qu’il a fallu du cran à ces trois conseillères pour sauter le pas. Un mot de leur communiqué attire l’attention : « nous souhaitons continuer à travailler au service de la commune et des administrés en toute intégrité et indépendance, sans pression, ni sanction. » Ni sanction… Un mot prononcé comme si cela pouvait aider à s’en prémunir, à en conjurer la crainte. Il se dit que d’autres, dans les rangs de la majorité, pensent quasiment comme elles. Mais franchiront-ils le pas à leur tour ? Oseront-ils ? L’engrenage se poursuivra-t-il et jusqu’où ? Le maire, quant à lui, n’a rien répondu. Après la déclaration lue par Mme Fransousky, il est passé directement au premier point de l’ordre du jour. Qu’en déduire, alors que la stratégie du silence montre des signes de faiblesse de plus en plus évidents ?

Vendredi dernier, un Pénestinois discret prononçait un cours de philosophie devant une petite douzaine de personnes. Pour faire la transition entre deux des plus beaux thèmes abordés par cette discipline, la vérité et la liberté, il rappelait que le courage est la condition de l’une autant que de l’autre. Oui, il faut du courage pour dire le vrai. « Sapere aude ! » (« Ose savoir ! »), écrivait Kant en 1784, en incitant chacun à devenir « majeur » et à penser par lui-même, plutôt que de suivre ce qu’on lui commande de penser. Il faut aussi du courage pour prendre son envol et pour revendiquer sa liberté. Cela vaut dans beaucoup de domaines, et la politique ne fait pas exception.

4 commentaires sur “Elles ont osé : trois conseillères municipales quittent le groupe majoritaire”

  1. Ping : Loscolo : dernières nouvelles du front - penestin-infos

  2. Trois élues courageuses en tout cas. Premières fissures …. avant d’autres ? Le CM et la “majorité” tiendront-ils ainsi jusqu’en 2026 ou ne vaudrait-il pas mieux, pour le bien des Pénestinois et de la commune, crever l’abcès dès maintenant en provoquant, par des démissions, de nouvelles élections ? Pour complément, l’article d’OF :
    https://www.ouest-france.fr/bretagne/penestin-56760/penestin-trois-elues-de-la-majorite-municipale-quittent-la-majorite-cd38e40e-7561-11ed-a83b-9352e5a24bee?fbclid=IwAR2EX0mQbX5XEE1MTBvwuwQLL9bq1aDbq_b632XD8LVa5wXesRv_qEOQT8k

  3. “Il ne s’ agit (ni) de la création d’ un nouveau groupe “…

    Et Ouest-France de conclure
    :”  Sur 19 élus, le conseil compte donc désormais 12 élus côté majorité et sept minoritaires, répartis en trois groupes.”
    eh, oui, c’ est du Ouest- France ….

    1. Oui, comme vous dites : c’est du Ouest-France. Quelle tristesse, quand on pense à la tradition de qualité de ce journal, qui demeure dans les pages internationales, celles sur l’actualité politique des grandes villes, certains dossiers, et même le courrier des lecteurs, tandis qu’un incroyable laisser-aller (accompagné parfois de partialité) a envahi les pages locales !

      Dans le cas présent, un rectificatif a été envoyé au journal et devrait être publié. J’ignore s’il mentionnera aussi, toujours dans le dernier paragraphe, la référence choquante à de soi-disant “attaques” des co-listières contre le maire, sachant que leur texte était en réalité d’une prudence extrême dans ses formulations afin de bien se garder de toute attaque ad hominem.

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