Les mytiliculteurs ont jusqu’au 30 novembre pour renvoyer leurs questionnaires à Cap Atlantique

La décision de poursuivre ou d’arrêter le projet de parc conchylicole de Loscolo est peut-être à portée de vue. C’est l’aboutissement d’un double processus : l’arrivée d’une nouvelle équipe à Cap Atlantique souhaitant clarifier la situation, et le fait que certains mytiliculteurs aient de leur côté aussi mis les points sur les « i » après la signature du permis d’aménager le 13 août. Un premier courrier de Frédéric Bernard et Bruno Evain, le 28 août, protestait contre les engagements non tenus, notamment à propos des règles de préemption sur les terrains en bord de Vilaine, et réclamait la tenue d’une AG extraordinaire du syndicat conchylicole pénestinois. ( http://www.penestin-infos.fr/les-langues-se-delient-chez-les-mytiliculteurs/ )

Cette AG a eu lieu le 1er octobre. Son but initial était de permettre un débat entre mytiliculteurs, mais la présence d’une dizaine d’élus et de techniciens de Cap Atlantique, dont son président, Nicolas Criaud, ainsi que du maire de Pénestin, l’a transformée en une séance de questions-réponses. C’est d’ailleurs Cap Atlantique et non le Syndicat qui en a rédigé un récapitulatif qui ne s’intitule pas « compte rendu », mais « note technique », détaillant les éléments de réponses apportés durant la réunion.

Le courrier de M. Criaud adressé le 21 octobre aux entreprises mytilicoles est assez clair : « Le lancement des travaux lourds d’aménagement du projet est envisagé, au plus tard, à la fin du 1er semestre 2021 (…) Ces phases ne seront pas engagées sans la confirmation par la profession de la pertinence du projet et la confirmation d’un nombre suffisant d’intentions d’installation par des professionnels locaux. »

Une adhésion parfois exprimée du bout des lèvres

Certes, Cap Atlantique ne cache pas sa volonté de faire aboutir ce projet vieux de 25 ans qu’elle considère comme « la solution permettant aux producteurs locaux, qui le souhaitent, de s’installer pour retrouver des conditions de travail en adéquation avec leurs besoins de développement, les exigences sanitaires ou encore le respect des normes environnementales ».

Mais la décision dépendra de l’adhésion ou non de ces producteurs. Une adhésion qui, depuis le début, a rarement dépassé une dizaine d’entreprises sur la trentaine que compte Pénestin. Et parfois, d’ailleurs, juste du bout des lèvres, comme l’expliquaient Frédéric Bernard et Bruno Evain à propos de ceux qui ont soutenu le projet, malgré leur réticence, « par loyauté envers certains confrères qui en avaient besoin ». Ils citent le Groupement « La Pénestin » et Mussella, qui a entre temps renoncé à s’installer à Loscolo et s’apprête à poser la première pierre de sa nouvelle usine vendredi matin dans la zone du Closo.

Comment va-t-on mesurer cette adhésion ou non des professionnels au projet ? Le débat souhaité par MM. Bernard et Evain n’a pas eu lieu. C’est un questionnaire qui en sera l’outil. Il est joint au courrier de M. Criaud et devra être retourné à Cap Atlantique avant le 30 novembre. 3 questions : 1) d’accord ou pas pour dire que « le projet aura un impact positif sur le maintien ou le développement de la filière mytilicole sur Pénestin », 2) intéressé ou pas par l’implantation à Loscolo, à partir de 2023, ou bien de 2025, ou bien une autre échéance, 3) souhaite ou pas être contacté lors de l’ouverture de la commercialisation du lotissement.

Ce questionnaire suscite cependant lui-même certaines questions. L’entreprise qui aura coché « une autre échéance », formule qui laisse pour le moins le temps de « voir venir », sera-t-elle comptabilisée parmi celles favorables au projet ? Toute entreprise a besoin par définition de se tenir informée : qui refusera d’être contacté lors de l’ouverture de la commercialisation ? Et comment s’opérera le décompte des entreprises ? La Pénestin est un groupement de 8 entreprises (pour un seul bâtiment sur le parc conchylicole ?) et les Établissements Bizeul regroupent, semble-t-il, 4 entreprises. Mettra-t-on sur le même plan celles qui produisent et celles qui font de l’expédition ou de la commercialisation ? La présentation de l’entreprise en début de questionnaire semble privilégier les premières en faisant référence à leur volume de production et à l’exploitation de concessions.

Des « conflits d’interprétation » à venir

Ne faut-il pas craindre que les ambiguïtés qui subsisteront causent des « conflits d’interprétations » lorsque seront connus les résultats de cette consultation ? Conflit que sont susceptibles de renforcer les imprécisions qui apparaissent à la lecture de la « note technique » et qui rendent difficile la décision d’un entrepreneur soucieux de maîtriser ses coûts. Ceux des pompes en mer et ceux du nettoyage des bassins « ne sont pas, à ce stade des études opérationnelles, aujourd’hui chiffrés ». Des équipements devront être achetés et entretenus par les producteurs selon des cahiers des charges qui ne seront connus que plus tard.

Et quand à la question cruciale des rejets en mer, dont MM. Bernard et Evain disaient qu’elle avait été bâclée, il est indiqué que des valeurs maximales seront à respecter pour satisfaire les objectifs définis par la loi et par arrêté préfectoral, et que les analyses effectuées régulièrement permettront « d’adapter si besoin le procédé ». Aucun juriste ne souscrirait à une telle formulation : une loi définit les normes autorisées, et  leur dépassement constitue une infraction qui est sanctionnée. Elle n’est en aucun cas un cadre d’expérimentation visant à pratiquer des ajustements.

Tout cela sans même parler des contribuables pénestinois, qui seront confrontés à des dépenses à la charge de la commune encore mal chiffrées (voiries principales et secondaires, réseaux divers…), à l’heure même où les collectivités s’inquiètent des effets de la crise sur leurs finances et déplorent un manque de visibilité qui les conduit à renoncer à la plupart de leurs investissements (cf. Le Journal du Dimanche, 13.11.2020, « Face à la crise, les collectivités vont préférer ne pas investir plutôt que s’endetter »)

La clarification voulue par Cap Atlantique (et par les mytiliculteurs !) est bienvenue. Mais comme on le voit, il reste du chemin à parcourir pour atteindre un degré de transparence qui permette de réellement se projeter dans l’avenir.

JDD-13.11.20-Face-à-la-crise

2 commentaires sur “Les mytiliculteurs ont jusqu’au 30 novembre pour renvoyer leurs questionnaires à Cap Atlantique”

  1. Marrant le maire Criaud !

    Il dit “venez amis mytiliculteurs”, mais ne dit pas combien coûte le ticket d’entrée !!!!!

    Et il les invite à remplir un questionnaire (il était temps)

    Tenterait-il d’obtenir que la profession exprime dans les questionnaires ce qu’il n’ose pas dire : le projet n’est pas viable.

    Mais où est donc passée la 7e compagnie Cap Atlantique ?

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