Supplique à l’adresse de nos élus

Je renonce aujourd’hui à cette expérience de journalisme local et indépendant qui a duré 3 ans et demi. Ma carrière de journaliste s’arrête là. Je vous indiquerai assez rapidement les formes que j’entends à présent donner à ce blog, les types de textes, archives et autres que j’envisage d’y publier à l’avenir. 

Il ne vous a pas échappé par ailleurs que notre avenir collectif est marqué par un certain degré d’incertitude depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. J’y reviendrai vers la fin. Ce contexte intervient, tout comme le tournant de mon activité, dans mon choix de m’exprimer dans le texte ci-dessous, de façon franche et claire, comme simple citoyen, sur la situation et l’avenir de notre commune. J’espère de tout coeur être entendu.

Sans information, pas d’opinion, et sans opinion, pas de citoyenneté

Dans une commune comme Pénestin où l’information ne circule pas très bien, disons, cela avait du sens de rendre accessible à tous, jeunes ou vieux, de droite ou de gauche, mytiliculteurs ou banquiers à la retraite, la connaissance et la compréhension de divers sujets d’intérêt local, sur lesquels ils pourraient ainsi se forger une opinion. Et devenir un peu plus citoyens. Sans information, pas de citoyenneté, tout simplement parce que 1) il faut d’abord être informé pour pouvoir se faire une opinion, et 2) l’opinion fait le citoyen : on n’est citoyen qu’à partir du moment où l’on a des opinions, où on les exprime, et où l’on en débat. 

Sans la liberté d’exprimer une diversité d’opinions, le cadre démocratique dans lequel nous vivons serait condamné. Un cadre démocratique qui plonge ses racines dans notre riche 18e siècle et son « esprit des Lumières », et plus loin encore dans l’agora athénienne du 5e siècle avant J.-C. Or, nous voyons monter depuis 20 ou 30 ans, du sommet de l’État jusqu’aux plus petites collectivités locales, une tentation mi-autoritaire, mi-technocratique, qui sape progressivement ce cadre démocratique auquel nous sommes très nombreux à être attachés. 

La loi de 1992 sur les communautés de communes, renforcée sous François Hollande par la loi ALUR, fait que les dossiers d’intérêt local sont maintenant traités loin du terrain, par des élus d’autres communes et des techniciens qui les abordent comme des dossiers abstraits où les chiffres remplacent le contact direct avec les individus. Regardez, pour vous en convaincre, les enregistrements des conseils communautaires de Cap Atlantique ! Il en va d’ailleurs de même dans le monde du travail avec la frénésie des évaluations et la pression parfois exorbitante exercée sur les salariés.

Nos représentants espèrent qu’on leur « foute la paix »

Les opinions ont cessé d’être les bienvenues. Elles sont considérées comme une perte de temps, un frein, un obstacle au vrai « travail », qui est de l’ordre de la « gestion ». Le discours sur la démocratie participative est un vernis : une fois élu, chacun de nos représentants espère qu’on lui « foute la paix », qu’on le laisse « gérer » tranquillement les affaires publiques. Après tout, ils ont été élus sur un programme et sont légitimes pour l’appliquer. Les citoyens, pour leur part, sont invités à penser à autre chose pendant 6 ans, avant d’être à nouveau sollicités. Quant aux procédures de consultation tels que les comités de suivi ou les enquêtes publiques, le débat n’y est pas souhaité : on est là, n’est-ce pas ? pour faire de la « pédagogie »

Comme vous le voyez, le maire de Pénestin, M. Puisay, est loin d’être le seul à rechigner à ce que des opinions s’expriment dans sa commune. Mais pour des raisons qui m’échappent (car cette inflexion politique n’est apparue qu’après son élection et il ne s’en est jamais expliqué), il y met un zèle surprenant. Dans certains courriers que j’ai reçus de lui, sur sa page facebook « Osons Pénestin », dans ses éditoriaux du Bulletin municipal, un même discours revient avec constance : exprimer une opinion, c’est mal, c’est « polémique », c’est du mauvais esprit, ce n’est pas objectif. N’écrivait-il pas, dès son premier édito en juillet 2020 : « j’aurais préféré le silence à la multiplication des remarques » ?

A-t-il vraiment mesuré la portée de cet « aveu », lui qui a ensuite édité des cartes de vœux citant Vaclav Havel ? Havel qui lutta si courageusement et jusqu’en prison face au silence de mort qui s’est abattu sur son pays dans les années suivant la répression du « Printemps de Prague », en 1968, par les chars russes déjà. Un printemps où les « remarques » fusaient certainement dans tous les sens, comme en France la même année, dans une joyeuse cacophonie. L’« aveu » de M. Puisay – j’emploie ce mot à dessein -, c’est qu’il n’a pas beaucoup réfléchi à la valeur de la démocratie, et que celle-ci le dérange, lui fait perdre son temps, l’oblige à se justifier de ses actes. M. Puisay est pétri de bons sentiments, il ne remettrait jamais en cause les principes de la démocratie. Mais il veut lui aussi qu’on lui « foute la paix », et pouvoir dire comme sur Osons Pénestin : « Et pendant ce temps, il y en a qui travaille (sic) ».

Un scandale absolu, une offense faite aux Pénestinois et à la démocratie

Je vous prouve à présent ce que je viens d’avancer :

–  pas d’information – > pas d’opinion – > pas de débat – > pas de démocratie.

Le site de la mairie de Pénestin comporte dans la section « Urbanisme et travaux » une rubrique « Projet de parc d’activités conchylicoles de Loscolo ». Le dernier document qui y a été mis date du 23 juillet 2019. Pourtant, ce projet est classé deuxième parmi les 4 grands projets actuels de Cap Atlantique. M. Puisay qui a à présent cessé de dire qu’il connaît le sujet moins bien que d’autres, sous-entendu M. Boccarossa, ne rate plus une occasion de dire le bien qu’il en pense et la place qu’il lui attribue pour l’avenir de Pénestin. Mais les habitants de la commune sont tenus à l’écart de toute information : mise en place puis abandon d’un comité de suivi, fouilles archéologiques, consultation des professionnels, augmentation des coûts prévisionnels, recours en justice… 

Ce n’est pas une information au compte-gouttes, c’est un véritable black-out. On n’a jamais vu cela nulle part. C’est un scandale absolu, une offense impardonnable faite aux Pénestinois et à la démocratie. Les premiers parce qu’on ne leur laisse que le choix de subir et de se taire : si dans 10 ans, il devient clair aux yeux de tous que le projet était mauvais (je n’entre pas dans les détails) et si les installations de la plage du Maresclé et du chemin du Loup sont livrées aux ronces, ils auront leurs yeux pour pleurer tandis que les initiateurs de tout cela couleront une retraite paisible. La seconde parce que, c’est bien connu, le lien de proximité et de confiance entre les élus locaux et leurs administrés est la base de tout l’édifice du système démocratique.

– Un maire qui ne répond pas à son courrier, voilà le constat que je fais tout comme une multitude d’autres Pénestinois depuis le début du mandat de M. Puisay. Que dire ?! Un manque de respect, un manque d’écoute, un manque d’intérêt. Un lien défait entre le maire et ses administrés. Un maire qui renonce à entretenir le lien de proximité avec la population, qui semble même la mépriser, le mot n’est pas trop fort, car lorsqu’on ne répond pas à l’adresse d’un de ses contemporains, on lui dit de façon sous-entendue : « cause toujours ! », et cela, oui, c’est du mépris.

(Je vous malmène, M. Puisay ? C’est parce que je voudrais de toutes mes forces que vous décidiez de changer quelque chose dans votre « gouvernance ». Les fautes dont vous vous êtes rendu responsable sont lourdes, mais vous occupez le fauteuil. Il vous revient de les corriger.)

Vous n’aimez pas que l’on vous contredise

– Le maire communique cependant, là où il se sent à son aise, parmi les siens. Il répond sur facebook à ceux qui, comme la cour du Roi-Soleil, lui adressent des louanges et lui tressent des couronnes de « likes ». Les voix discordantes, dont la mienne, ont été évincées. Vous m’avez écrit : « Mes abonnés n’attendent de moi que de l’information sans polémique.Vous avez votre tribune, respectez la mienne s’il vous plaît. (…) sachez Monsieur que vous choquez énormément de monde sur la commune. Je n’arrive même plus à trouver cela dommage » (mail 17.1.2022) Chacun sa tribune, c’est votre conception, et évitons que les uns et les autres puissent se croiser : cela risquerait de susciter un « débat », une « multiplication de remarques », peut-être. 

– Ce faisant, vous prolongez, vous approfondissez les lignes de fractures qui séparent en clans la population de la commune. Quand j’ai fait mes 3-jours, on nous disait que « la chambrée à côté, ce sont des nuls ! » Vous allez plus loin que M. Baudrais en son temps. Vous considérez que votre majorité « est » la commune. Les autres, ceux qui n’ont pas voté pour vous, vous ne les considérez pas : vous n’aimez pas l’opposition. Vous n’aimez pas que l’on vous contredise, vous êtes susceptible et autoritaire, Monsieur le Maire.

Au bout de quelques mois, vous avez supprimé les bureaux municipaux dont vous aviez pourtant dit le plus grand bien : créés par M. Baudrais, ils permettaient à la majorité et à l’opposition de discuter ensemble librement pour préparer les conseils municipaux. En lieu et place, vous avez institué, officialisé pour être plus précis, des réunions du groupe majoritaire. Il y a même désormais une pré-réunion de la commission d’urbanisme avant l’arrivée de M. Boccarossa. Oui, justement, je connais votre réponse : vous êtes tombé sur un os, si je puis dire, avec la présence dans la minorité de M. Boccarossa, et c’est ce qui vous a conduit à modifier l’organisation des conseils et à renoncer sans l’avouer à la gouvernance que vous auriez sans doute aimé instaurer.

M. Lebas a une différence avec vous et M. Boccarossa : il accepte la critique

Je vais donc parler de l’opposition à présent. Remarquez que je me ne rends pas la tâche facile et que je prends le risque de me mettre beaucoup de monde à dos. Les trois ex-candidats de 2020, dont vous-même, M. Puisay, sont tous d’un tempérament autoritaire. Dans votre fauteuil de maire, chacun aurait déclenché des conflits qui auraient rendu sa tâche difficile. M. Lebas a cependant une différence avec vous et M. Boccarossa : il accepte la critique. Il l’écoute, réfléchit et modifie ce qui doit l’être. J’ai observé cela à au moins deux reprises. Cela aurait pu constituer pour lui une force, car il était bien entouré. Je n’en dirai pas plus, le connaissant peu. Il n’a pas accepté que je rédige un portrait de lui durant la campagne : il a eu tort, un journaliste écrit toujours du bien de la personne dont il fait le portrait. Il est vrai qu’il ne me considérait pas comme un journaliste. 

Parlons de M. Boccarossa, dont vous m’avez accusé, M. Puisay, d’être le porte-voix. J’ai déjà répondu sur ce point dans un article récent (http://www.penestin-infos.fr/je-nai-pas-a-rougir-de-ce-blog/ ) Lui-même a écrit, avec un peu de maladresse il est vrai, qu’il regrettait parfois « que je ne sois pas à sa botte ». Il faut entendre par là, je suppose, que cela aurait arrangé ses intérêts que les choses fussent ainsi que vous les décrivez. Et aussi sans doute qu’il n’y aurait rien eu de répréhensible en soi à ce qu’il dispose à ses côtés (plutôt qu’à sa botte…) d’un journaliste avec qui il collaborerait. Un autre que moi, évidemment, puisque je n’ai pas l’âme d’un collaborateur ! Mais, c’est vrai, de quel droit certains fixeraient-ils aux autres leurs règles de bonne conduite ? Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre, comme on disait au catéchisme si je me souviens bien.

Concernant les relations de M. Boccarossa avec vous qui sont beaucoup plus intéressantes que celles me concernant, j’ajouterai une précision à ce que j’ai indiqué plus haut. Puisque contrairement à M. Lebas, vous n’acceptez ni l’un ni l’autre la critique, je vous comparerais volontiers à deux aimants qui finissent par donner des coups violents si on essaie de les rapprocher de force. Accepter la critique, c’est s’ouvrir à un discours issu de l’extérieur de soi. C’est s’ouvrir à ce qu’on appelle en philosophie l’altérité. C’est sous cet angle que je vais essayer de donner un aperçu de la genèse du conflit qui vous oppose. 

Peu de personnes connaissent la commune de Pénestin aussi bien que M. Boccarossa

Pendant une période que j’ai dû appeler quelque part « l’état de grâce », vous disiez, Monsieur le Maire, que vous acceptiez 90 % des propositions faites par M. Boccarossa. Maintenant, vous prétendez que l’opposition ne fait que critiquer et n’apporte aucune proposition. Reconnaissez qu’il y a là une contradiction. En réalité, vous avez beaucoup appris au contact de M. Boccarossa, qui est un puits de connaissances dans plusieurs domaines liés à la gestion des affaires publiques. Il travaille beaucoup, dans une petite pièce sans fenêtres remplie de livres et de dossiers. Il ne se contente d’ailleurs pas de cette documentation papier (ou numérique), mais va au contact des gens. Il y passe beaucoup de temps. Sa compétence, loin d’être comme souvent à dominante intellectuelle, y acquiert une coloration étonnamment concrète. Il est aussi un fin observateur de la nature, des travaux, des constructions. Peu de personnes connaissent aussi bien que lui la commune de Pénestin dans sa totalité. Vous vous en êtes probablement aperçu dans les réunions de préparation du PLU qui se sont souvent résumées, à ce que j’en sais, à un dialogue entre lui et le responsable de l’agence d’urbanisme. Il a d’ailleurs obtenu beaucoup, selon ses critères, en soustrayant à l’artificialisation plusieurs dizaines d’hectares de terres de la commune.

Il semble évident que cela pose une difficulté, pour un maire, lorsqu’un des membres des instances délibératives possède une compétence qui surclasse les autres. Et plus encore, bien sûr, s’il est membre de la minorité. Il en joue, me direz-vous. C’est bien possible. C’est un rude débatteur, et lorsque le débat politique vire au combat politique, il fait feu de tout bois. Mais il y a une raison à cela : c’est un homme habité par des convictions fortes. Il a une « morale laïque » selon ses propres dires, et s’étonne lorsque ses interlocuteurs ne lui semblent pas mus par des valeurs ou de principes. Vous avez la malchance, Monsieur le Maire, d’être tombé sur un adversaire intelligent, plus compétent que vous-même et l’ensemble des membres de votre équipe, et décidé à peser sur les décisions prises dans vos conseils municipaux. 

On ne choisit pas ses adversaires. Il faut faire avec ceux que le destin met sur votre chemin

On ne choisit pas ses adversaires, ou ses opposants. Il faut faire avec ceux que le hasard ou le destin, allez savoir, met sur votre chemin. Je disais plus haut que vous avez appris de lui. Mais il est vrai que vous avez continué à vous former à votre métier de maire en vous dégageant de l’ascendant qu’il a pu avoir au début : les occasions ne manquent pas, à Cap Atlantique, au contact d’autres élus… Reconnaissez cependant que cela présente aussi des avantages, par un certain côté, d’avoir un opposant qui fait fonctionner son esprit critique pour améliorer vos décisions, ou qui propose des solutions qui peuvent s’avérer meilleures que celles de vos collaborateurs. Vous l’aviez d’ailleurs fantasmé durant votre campagne électorale. Vous disiez que si Mme Dupé faisait une proposition meilleure que votre équipe, vous m’hésiteriez pas à la défendre contre ladite équipe. Vous ne croyiez pas si bien dire ! Evidemment, sur la durée et quand cela se produit trop fréquemment, cela ne fonctionne plus, ni pour vous, ni pour l’opposant qui finit par avoir l’impression d’être « pillé » et de faire votre jeu. Surtout si vous vous attribuez ensuite ses propositions sans mentionner d’où elles viennent. Déjà un premier motif de dissension.

Je n’ai plus le souvenir très précis du déroulement des faits tels qu’ils m’ont été relatés, mais je crois que la fin de l’état de grâce est survenue à partir d’un affaire plutôt banale (http://www.penestin-infos.fr/des-ganivelles-pour-les-hirondelles-enfin/ ). M. Boccarossa souhaitait que l’on protège les hirondelles de rivage qui nichent à la plage du Maresclé. Il fallait poser des ganivelles afin que les enfants ne soient plus tentés de grimper pour planter des bâtons dans les nids creusés à flanc de falaise, relativement faciles d’accès cette année-là. La décision était prise, mais la mise en oeuvre tardait tandis que les galopins continuaient de tourmenter les oisillons. 

M. Boccarossa décide alors d’aller chercher le matériel au service technique pour l’installer lui-même. Je crois que ceci n’a encore jamais été raconté au public de la commune. M. Lizeul, adjoint aux travaux, insulte M. Boccarossa « qui n’a rien à faire là ». Celui-ci réclame de vous, Monsieur le Maire, que vous demandiez à M. Lizeul de lui faire des excuses, mais vous évitez de prendre parti. Même chose pour un autre conflit, dans la foulée, concernant les techniques de fauchage des fossés, où M. Lizeul rejette toute idée de fauchage raisonné, largement développé pourtant dans les départements alentour. Les hostilités démarrent là. Notez, car il faut tout de même regarder la réalité en face sans crier d’emblée à une présentation biaisée, que c’est bien, en l’occurence, M. Boccarossa qui a été « agressé » et qu’il avait très probablement raison sur le fond. Vous avez sans doute jugé que le soutien de M. Lizeul vous était indispensable, car il connaît la commune mieux que quiconque. Pensez, il était déjà conseiller à l’époque de M. Chesneau dans les années 1980. Tous comptes faits, il ne s’agissait que d’un banal problème de management et on aurait pu s’attendre à ce que votre expérience de directeur d’Ehpad vous aide à savoir comment gérer ce conflit.

Vous avez modifié la gouvernance dans un autre sens que celui pour lequel les gens vous ont élu

Dans les mois qui suivent, le conflit s’élargit à l’ensemble de l’équipe majoritaire et ne fait que s’envenimer. Le climat se détériore. J’ai moi-même assisté à un geste d’humeur inadmissible contre M. Boccarossa de la part d’une conseillère de la majorité. Lui-même, marginalisé, confronté aux soupirs et aux expressions d’agacement quand il prenait la parole, s’est enfermé dans une posture qui peut ressembler à du mépris ou de la condescendance. Oui, il a mauvais caractère, c’est un fait. Heureusement pour lui, à la limite, car il est relativement indifférent aux réactions qu’il suscite, même lorsqu’un groupe entier se ligue contre lui. Mais vous, Monsieur le Maire, qu’avez-vous fait pour résoudre ce problème certes difficile, mais vous êtes un manager chevronné ? Vous avez multiplié les tracasseries, voulu limiter les temps de parole, refusé de répondre aux questions sous prétexte qu’elles avaient été annoncées comme des remarques, et j’en passe… Et vous êtes allé, pour résoudre un problème de management, jusqu’à modifier la gouvernance de la commune, comme je l’ai déjà mentionné, dans un sens qui n’est probablement ni celui que vous souhaitiez vous-même, ni celui pour lequel une majorité d’électeurs vous ont confié leurs voix.

Vous en êtes maintenant à étaler vos désaccords sur la place publique par lettres ouvertes interposées. Lorsque M. Boccarossa répond par une lettre ouverte n°5 à votre réponse à sa lettre n°4, vous écrivez sur Osons Pénestin que vous ne répondrez pas aux « fakes ». Donald Trump n’aurait pas mieux dit. La partie concernant l’achat d’un terrain par la fille de M. Bauchet, premier adjoint, comporte, à ce que j’ai pu constater, quelques imprécisions, et ne répond pas à certains de vos arguments, j’aurai peut-être l’occasion d’y revenir. Mais pour les autres sujets abordés, cette lettre n°5 est assez raisonnablement chiffrée et argumentée. Elle n’a rien d’un « fake », regardons, là aussi, la réalité en face. Vous enchaînez en disant plaindre « cet homme qui ne se nourrit que d’attaques ». Songez que cet homme dont vous livrez une représentation délétère a recueilli 24 % des voix auxquelles s’en ajoutent certainement d’autres, j’en connais, parmi vos électeurs déçus de ce début de mandat et qui se seront reportés vers lui. C’est un élu du peuple, et le respect que vous lui devez vaut aussi pour ses électeurs qui n’ont pas eu l’impression de voter pour un homme inspirant de la pitié.

Personne ne sortira gagnant d’un concours de fléchettes plantées dans le postérieur de l’autre, et certainement pas les citoyens de la commune qui attendent que le débat retrouve sa dignité. Il ne faut pas se boucher les yeux, la situation est grave, la commune dysfonctionne, j’en tiens divers exemple à votre disposition. Il ne sert à rien de continuer à faire semblant, ce sont les Pénestinois dans leur ensemble qui subissent les conséquences de ce huis clos étouffant. Le drame qui se joue est peut-être shakespearien, nous pourrions tous dire : « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. » Sauf que les habitants de la commune n’ont pas souhaité cela. Et les solutions institutionnelles que vous avez mises en place pour tenir à l’écart M. Boccarossa sont une fuite en avant qui ne fait qu’empirer la situation. Déjà le service du contrôle de légalité de la Préfecture du Morbihan et le Procureur de la République ont été saisis concernant l’affaire d’urbanisme déjà mentionnée, et ils auront à étudier l’éventualité d’une complicité de votre part. Ouest-France revient d’ailleurs ce matin sur cette affaire sous le titre « Vente de terrain : signalement au Parquet », considérant peut-être que le dernier article du 16 février dernier donnant exclusivement la version de M. Bauchet devait être rééquilibré face à de futurs développements éventuels de cette affaire.

Jusqu’où irons-nous, Monsieur le Maire, avant que vous preniez la mesure de la situation ? Il n’est pas imaginable qu’elle se prolonge pendant les 4 ans qui nous séparent de la fin de la fin de votre mandat. Il faut en sortir d’une façon ou d’une autre. Il faut reconnaître l’état de crise et lui rechercher des solutions.

* * *

Je vais émettre en conclusion quelques propositions, mais un dernier détour s’impose auparavant. 

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a brutalement modifié notre quotidien et nos perspectives. Les actions de solidarité, notamment l’hébergement de réfugiés ukrainiens, sont d’un grand secours et témoignent par avance des qualités de générosité et d’engagement qui seront certainement les nôtres, le cas échéant, face à l’adversité. Je me suis proposé, moi aussi, auprès de l’accueil de la mairie pour loger chez moi des réfugiés. Je pourrai aussi rendre divers services, par ailleurs, à travers la pratique de langues étrangères. Il va de soi, je pense, que dans un tel contexte, l’unité prime sur tous les désaccords existants.

Nul ne sait de quoi notre avenir proche sera fait. Des faits graves peuvent survenir, tels qu’une pollution radioactive, ou pire, des faits de guerre qui mettraient fin à la longue période de paix que nous avons connue et au relatif confort qui l’a accompagnée. Il est possible que le déroulement de tels faits soit bref, mais que leurs conséquences, par exemple environnementales, s’étalent sur une longue durée. Dans ces éventualités, les maires seraient amenés à prendre des responsabilités importantes, en matière de sécurité civile, et pas seulement.

J’espère bien sûr que ce ne sera pas le cas. Mais si cela devait être, je tiens à vous assurer, Monsieur le Maire, que mon soutien, à la mesure de mes forces, vous sera acquis de façon inconditionnelle. J’aimerais certes que vous partagiez une partie des réflexions que je vous ai suggérées dans ce texte, mais « inconditionnelle », cela signifie que ma loyauté serait, quoi qu’il en soit, absolue.

Jumeler notre commune avec une commune ukrainienne

Dans l’hypothèse très désirable, au contraire, où aucun fait grave ne viendrait nous empêcher de profiter du printemps, puis de l’été qui s’annoncent, je crois que la présence de réfugiés ukrainiens dans notre commune, les récits qu’il nous feront, leurs regards sur notre quotidien, auront une influence sur notre façon de rechercher des solutions aux graves problèmes que j’ai évoqués. Les leurs le sont tellement plus ! Ce serait une belle initiative d’engager des démarches afin de jumeler notre commune avec une commune ukrainienne. Notre solidarité y trouverait à s’exercer de façon plus concentrée : ciblée, concrète et durable. La question est complexe et mérite réflexion. J’espère qu’elle sera débattue. Si cela se faisait, nous découvririons ensemble le maire d’une localité et son équipe. Les maires ukrainiens assument des risques immenses pour aider leur population. Ils sont au centre de toutes les actions de secours et de protection, et représentent des modèles de courage et d’abnégation. 

Nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Lorsqu’une situation est bloquée, on a parfois besoin d’un coup de pouce venant de l’extérieur. On peut appeler cela une médiation. Je rêve peut-être, mais lorsque deux hommes politiques sont devenus rétifs à s’écouter l’un l’autre, sont même réfractaires à la base à écouter « un autre », on peut penser que la présence d’« un autre très autre », très différent par son origine et son expérience, forcera leur écoute, et permettra qu’un processus de « ramendage », ou tout simplement de négociation, s’engage entre eux. On n’a pas besoin de s’apprécier pour négocier lorsque la situation l’exige.

Si vous trouvez que je ne suis pas réaliste de prêter un tel rôle à une personne que nous ne connaissons même pas encore, voici une alternative. Conservez l’idée du jumelage avec une commune ukrainienne. Mais invitez les maires de Frangy et de Taberno à venir passer deux semaines à Pénestin et faire office de médiateurs. Vous savez qu’il y a des méthodes pour conduire une médiation. Nul n’est tenu d’être spécialiste ou de posséder un don particulier pour cela. 

Si cela ne vous plaît pas non plus, faites vous-mêmes d’autres propositions. Lorsque les problèmes sont posés, il devient relativement aisé de leur trouver des solutions. Dans ce long texte que je m’excuse de vous avoir infligé, j’ai essayé de poser les données du problème.

Vous savez peut-être que j’aime beaucoup Sartre. Malgré tout, lorsqu’il dit que « l’enfer, c’est les autres », on peut essayer de prouver le contraire…

5 commentaires sur “Supplique à l’adresse de nos élus”

    1. Peut-être justement la possibilité pour eux de faire des listes précises de ce qui leur serait le plus utile pour qu’on essaie de le leur faire parvenir. Et aussi la possibilité que plusieurs personnes de la même localité se réfugient ensemble chez nous au lieu de se disperser. Et comme je disais, caractère durable des liens, possibilité d’un suivi jusqu’à la paix et la reconstruction, espérons. Je n’ai pas plus de connaissances que vous face à ce genre de situation, il faudrait étudier la question, consulter des personnes expérimentées et des associations caritatives ou humanitaires. Je n’ai aucune certitude, je ne fais que soulever l’idée.

  1. Bravo Gérard ,ce texte devrait faire réfléchir beaucoup de nos concitoyens (du moins je l’espère).
    Fàce à notre égoisme ton idée de jumelage est exellente.

  2. Beau texte . toujours bien argumenté. Et je pense aussi qu’un jumelage avec l’ukraine serait une bonne idée.

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